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Marché des matières premières pour l’aliment sous tensions

Après une année 2025 marquée par un repli des prix des matières premières et de l’aliment, les tensions géopolitiques perturbent à nouveau les marchés et soutiennent les cours.

La hausse des prix des matières premières depuis le conflit au Moyen-Orient reste limitée par rapport à celles de 2022 et 2024. Au premier trimestre 2026, le prix du blé sur le marché européen a progressé de 10,7 €/t en moyenne contre 38,4 €/t au 2e trimestre 2024. Pourtant, les tensions actuelles ne sont pas sans effet sur les marchés. Elles entretiennent l’incertitude et soutiennent les cours au travers des prix de l’énergie, du transport et des intrants, dans une période sensible pour les producteurs. Cet effet sur les coûts pourrait se répercuter à court terme sur la campagne en cours, mais aussi peser durablement sur les récoltes 2026 et sur les semis d’automne si la situation perdure.

Perspectives pour les céréales

Le blé est pour l’instant davantage épargné par la hausse des prix des intrants. Sur le marché européen, la hausse du prix du blé au début du conflit a en partie été corrigée en avril avec un blé Euronext qui s’échangeait alors à 196,1 €/t. En cette seconde moitié de campagne, les perspectives pour les récoltes à venir sont plutôt positives. Dans l’hypothèse d’un apaisement du conflit avant l’automne, la baisse devrait l’emporter, avec l’arrivée des récoltes de l’hémisphère Nord au cours de l’été, la concurrence internationale soutenue et des stocks de fin de campagne satisfaisants. Les conditions météorologiques aux Etats-Unis seront à suivre en cette période cruciale pour les cultures. À l’inverse, dans l’hypothèse d’une persistance du conflit, le maintien de prix élevés de l’énergie et des intrants pourrait soutenir les cours du fait de la hausse du coût de production pour les cultures d’hiver. Le prix du blé devrait donc rester contenu à court terme, mais pourrait repartir à la hausse si les tensions s’installent.

Pour le maïs

Le maïs est plus exposé que le blé aux tensions actuelles, comme en témoigne la stabilisation des cours autour de 210 €/t sur le marché européen depuis février. Contrairement au blé, la hausse des coûts de l’énergie et des intrants est survenue juste avant les semis dans l’hémisphère Nord, remettant en question les assolements prévus. Dans ce contexte, un repli des surfaces est attendu dans plusieurs grands bassins de production, notamment aux États-Unis où de nombreux producteurs pourraient arbitrer en faveur du soja, moins consommateur d’engrais, mais aussi dans l’Union européenne, où le secteur anticipe une baisse de 10 à 15 % des surfaces. À cela s’ajoute le dynamisme des biocarburants aux États-Unis, qui soutient les cours sur le marché américain. Cette combinaison d’une offre à venir potentiellement réduite et de demande énergétique soutenue devrait maintenir les prix à un niveau élevé sur le marché américain et européen. Seule l’arrivée des récoltes sud-américaines pourra modérer cette hausse.

Pour le soja

Après un recul au premier semestre 2025, les prix du tourteau de soja sont repartis à la hausse dès l’automne 2025, progressant de 13,1 % entre octobre et novembre sur le marché américain (+37,5 €/t sur le marché français). Cette inversion de tendance est due à la reprise des expéditions de soja américain vers la Chine. Les prix sont ensuite restés soutenus sous l’effet de la hausse du prix du pétrole. Pour les prochains mois, en cas d’un apaisement au Moyen-Orient à court terme, les prix pourraient se replier avec l’arrivée des récoltes sud-américaines, attendues à un niveau record avec 186 Mt pour le Brésil et 50 Mt pour l’Argentine (respectivement +16,3% et +34,4% par rapport à la moyenne quinquennale). La hausse attendue des surfaces emblavées aux Etats-Unis constitue également un facteur de baisse de prix. Ce repli sera toutefois limité par l’utilisation accrue de soja en biocarburants. Sur le marché européen, les prix pourraient aussi se renchérir avec l’application du règlement EUDR prévue pour la fin d’année. Si le conflit se prolonge, la dynamique actuelle se poursuit. Comme pour le maïs, le soja reste soutenu par la hausse de la demande en biocarburants, par des prix du pétrole et de l’énergie élevés et par un contexte inflationniste.

Prévision du prix de l’aliment pour porc charcutier

Prévisions prix de l'aliment Ifip porc charcutier (€/t). Source: IFIP.
Prévisions prix de l'aliment Ifip porc charcutier (€/t). Source: IFIP.

À court terme, une reprise est attendue en lien avec le décalage du calcul du prix de l’aliment (par l’Ifip) par rapport à l’évolution des prix des matières premières. En cas d’apaisement prochain du conflit, ce rebond serait ensuite en partie corrigé, mais le repli resterait limité par la hausse des coûts de fabrication et logistiques supportés par les fabricants, ainsi que par le contexte inflationniste. En cas de poursuite du conflit au Moyen-Orient, le prix de l’aliment resterait durablement à la hausse, sous l’effet de la hausse du coût de production des céréales et des oléagineux, auxquelles s’ajouterait un risque de concurrence entre usages. Au vu de la récolte 2026, ce second scénario est privilégié.

Par Léa Dulon, agroéconomiste Ifip

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