Description de l’élevage et exposé du problème
Description de l’élevage
Il s’agit d’un élevage
post-sevreur-
engraisseur situé en zone de forte densité porcine.
Cet élevage reçoit, toutes les 8 à
9 semaines, des porcelets de 4 semaines d’âge (une semaine
après sevrage)
provenant d’un atelier de
naissage collectif de 400 truies, distant d’une cinquantaine
de kilomètres.
Les lots livrés comportent 160 ou 260 animaux en fonction de la capacité
des salles d’engraissement pouvant les recevoir.
L’ensemble des bâtiments a un sol en caillebotis type engraissement
et bénéficie d’une ventilation dynamique. Toutefois, le post-sevrage
est de construction beaucoup plus récente.
Les animaux reçoivent un aliment du commerce tant en post-sevrage où
ils sont alimentés au nourrisseur, qu’en engraissement, avec à
ce poste une distribution en soupe.
L’eau de puits est chlorée.
Vaccinations
Les porcelets reçoivent au naissage un vaccin en double injection contre
le Mycoplasme et sont vaccinés au sevrage avec un vaccin vivant modifié
contre le SDRP.
Les truies de l’élevage d’origine ont un plan de vaccination
visant une protection contre la Parvovirose, le Rouget, la Grippe, le SDRP, la
Rhinite et les diarrhées néonatales.
L’élevage post-sevreur- engraisseur s’est contaminé
SDRP au cours du 2ème semestre 2005 suite à l’incendie
du post-sevrage qui a obligé à des allées et venues d’animaux.
Le naissage collectif a été touché
à son tour par le SDRP en décembre 2006 sans que l’origine
exacte de cette contamination soit identifiée.
Cependant, après une année de vaccination, la situation dans l’atelier
naisseur semble stabilisée (la conclusion ne peut toutefois être
formelle car
le diagnostic de stabilité SDRP a
été malheureusement partiel, pas de PCR sur truies de
réforme).
Exposé du problème
En janvier 2008, l’éleveur nous signale que depuis l’automne,
il a de la
toux en engraissement, survenant à
partir de 16-18 semaines d’âge, avec des symptômes
plus ou moins importants (parfois allure grippale) mais sans mortalité.
En effet, le taux de perte en engraissement est de 3 % et il n’y a que très
peu de saisies d’abattoir.
Encore plus que la gravité des symptômes, c’est leur insistance
qui commence à inquiéter notre client, car il est amené à
traiter plusieurs fois avec de l’oxytétracycline et/ou de l’aspirine
sans résultat très net ni durable.
Visite de l’élevage
Post-sevrage
Dans le post-sevrage,
les porcelets sont en bonne santé.
On peut noter une diarrhée liquide et quelques déjections ramollies
mais qui apparaissent sans gravité. L’aliment 1
er âge
est supplémenté avec chlortétracycline 800 ppm, colistine
120 ppm et oxibendazole. Le taux de pertes est de 2,6 % sur les 6 derniers mois,
en raison d’un lot qui a fait une sortie de colibacillose. Habituellement,
la mortalité est de 1,5 %, taux auquel se trouve le lot actuel.
Engraissement
En engraissement, on entend en effet de la
toux d’allure
chronique sur les porcs les plus âgés (lot de 260 sujets)
qui sont dans les salles figurant en vert sur le plan de masse. On observe certains
animaux qui ont visiblement soufferts et sont inférieurs au reste du lot.
Les porcs les plus jeunes, 160 animaux qui ont 15 semaines d’âge ne
présentent pas de symptômes particuliers, sauf un peu d’hétérogénéité
dans certaines cases.
Ces observations sont tout à fait classiques aux dires de l’éleveur
car
l’apparition des symptômes se produit
plutôt vers 16 à 18 semaines.
L’ambiance du bâtiment est un peu lourde, mais ce qu’il faut
surtout noter c’est la répartition des 2 lots entre les 3 salles.
Le lot des porcs de 15 semaines occupe la salle du milieu, entre 2 salles de porcs
de 23 semaines. Il n’y a
pas de véritable
séparation entre les salles.
On a donc quasiment une conduite en continu, et du coup, l’éleveur
ne prend pas de précautions particulières entre les salles. Il regroupe
toutefois dans une même case, les porcs qui ont trop souffert.
L’éleveur qui a demandé quelque temps auparavant un contrôle
pulmonaire à l’abattoir par l’intermédiaire de son groupement,
a eu oralement l’information qu’il y avait
des
lésions de pneumonie « classique », c’est-à-dire
sans abcès ou nécrose.
Prélèvements
Nous décidons d’effectuer des prises de sang sur 7 porcs de 15 semaines
et 7 porcs de 23 semaines, dans l’esprit d’un
mini-profil
sérologique.
Nous demandons au laboratoire une analyse sérologique vis-à-vis
du
Mycoplasma hyopneumoniae (Idexx) et des grippes (LSI) car ces deux
pistes nous semblent cohérentes avec les symptômes observés.
Nous aurions été plus qu’intéressés de faire
des investigations sur le
SDRP, malheureusement,
les animaux étant vaccinés, la démarche n’est guère
envisageable (même si elle est possible à condition de disposer d’un
budget pour des éventuelles PCR et des séquençages). Ceci
dit, compte tenu de l’historique de cet élevage et de la contamination
du naissage jusqu’à une époque récente,
la
présence de ce virus ne peut être écartée.
Il est également décidé de faire des
prélèvements
à l’abattoir lors du prochain départ. Les prélèvements
de poumons à l’abattoir ont été effectués une
dizaine de jours après notre visite.
Dans l’attente de tous les résultats,
je propose en cas de déclenchement de la toux sur les porcs de 15 semaines,
de faire un traitement à base de tylosine.
Résultats des analyses de laboratoire
Analyses sérologiques
| Age |
Grippe
(LSI) |
Mycoplasma
hypneumoniae (Idexx) |
| 15 semaines |
6
négatifs
1 douteux
|
6
négatifs
1 positif |
| 23 semaines |
7
positifs |
6
positifs
1 douteux |
Les résultats sont donc
franchement positifs Mycoplasme
et Grippe chez les porcs de 23 semaines !
Prélèvements de poumons
L’analyse bactériologique révèle la
présence
de Pasteurella multocida.
| Aminosides |
| Gentamycine (10 UI) |
Sensible |
| Bêta-lactamines
Aminopénicillines |
| Amoxicilline |
Sensible |
| Bêta-lactamines
de 3ème génération |
| Ceftiofur |
Sensible |
| Divers |
| Tiamuline (indication
CEVA) |
Sensible |
| Tulathromycine |
Sensible |
| Fluoro
Quinolones |
| Marbofloxacine |
Sensible |
| Enrofloxacine |
Sensible |
| Macrolides |
| Tylosine |
Intermédiaire |
| Spiramycine |
Intermédiaire |
| Tilmicosine |
Sensible |
| Macrolides
Lincosamides |
| Lincomycine |
Sensible |
| Phénicoles |
| Florfénicol |
Sensible |
| Quinolones
de 1ère génération |
| Fluméquine |
Sensible |
| Sulfamides
et association |
| Triméthoprime + sulfamides |
Sensible |
| Tétracyclines |
| Doxycycline |
Résistant |
| Tétracycline |
Résistant |
L’antibiogramme montre donc que le germe est
résistant
à la famille des tétracyclines et qu’il est
intermédiaire
à la tylosine, deux produits bien utilisés dans l'élevage
Nous avons donc plusieurs agents en cause dans la pathologie respiratoire de cet
élevage, il est donc décidé d’envoyer les prélèvements
pour analyse histologique.
Histologie
1ère
coupe:
Pneumonie catarrhale avec alvéolite séro cellulaire polymorphe
étendue, riche en plasmocytes
Inflammation péribronchiolaire mononuclée prenant parfois
un aspect nodulaire
Autres coupes:
Même aspect avec plus de nodules lymphoïdes, obstruction d'une
bronchiole par un fragment de tissu végétal |
La conclusion est la suivante :
lésions en faveur
de la pneumonie enzootique.
Diagnostic et mesures mises en œuvre
Diagnostic
Pathologie respiratoire multifactorielle avec prédominance de lésions
mycoplasmiques, sur un fond de non respect des contraintes de biosécurité.
Mesures mises en œuvre
Avec l’éleveur, nous décidons de
travailler
sur plusieurs axes :
•
Modification de la prévention vaccinale
contre le mycoplasme: dans un premier temps, les porcelets seront
vaccinés avec un vaccin mono- injection en fin de post-sevrage.
•
Démarche
de stabilisation de l’élevage vis-à-vis du SDRP
par la vaccination de masse :
==> nous voulons
éliminer cette source potentielle
d’immunodépression et pouvoir rentrer à terme des
porcelets non vaccinés SDRP
==> cela donne l’
obligation d’améliorer
la biosécurité et à la gestion des salles (rentrer
moins de porcs de façon à ne plus être contraint d’avoir
un lot entre 2 salles de porcs d’un autre lot), ce qui sera très
positif pour lutter contre les autres pathogènes
•
Utilisation du triméthoprime-sulfa
en intervention pour combattre les surinfections bactériennes
• Nous n’avons pas de vrai moyen pour travailler la question de
la grippe, qui était
peut-être
un phénomène ponctuel sur ce lot, d’autres investigations
seront à faire.
A ce jour, la
double vaccination (vaccin SDRP vivant
modifié) de l’ensemble des porcelets et charcutiers a
été effectuée, sans réaction vaccinale particulière.
La décision est prise de
modifier la taille des
lots livrés pour gérer séparément la salle Est et
les deux autres. La salle Est peut recevoir 130 porcs, les 2 autres
salles (qui sont sur la même fosse) peuvent héberger 156 et 125 porcs.
L’entrée des porcs du « grand lot » pourra se faire par
la porte ouest. Ainsi le circuit des animaux et des personnes permettra de respecter
la marche en avant.
Commentaires
Ce cas traitait d'un
e pathologie respiratoire multifactorielle
avec prédominance de lésions mycoplasmiques, sur un fond de non
respect des contraintes de biosécurité.
Apparition du cas
Un cas plutôt classique et même banal, avec une pathologie qui évolue
à bas bruit au départ, qui n’inquiète pas trop ni l’éleveur,
ni il faut bien le reconnaître, le vétérinaire !
Ce sont les frais vétérinaires qui montent
et ces quelques porcs plus malades que les autres qui incitent l’éleveur
à se manifester.
Visite de l’élevage
La structure des bâtiments est vraiment inadaptée
à une conduite rigoureuse. Cet épisode est de nature
à remettre en cause des pratiques qui n’avaient que le seul intérêt
de remplir au maximum les salles.
La prise de conscience de l’éleveur a permis de réétudier
les possibilités de recevoir des lots de taille différente de celle
initialement prévue. Il restera tout de même à voir si la
réception d’un petit lot de 130 dans un post-sevrage surdimensionné
ne posera pas trop de problème. Il faudra peut-être envisager un
cloisonnement.
Tout cela montre que
les choix de bâtiments qui
n’intègrent pas d’emblée le sanitaire se révèlent
très compliqués à gérer. C’est d’autant
plus dommage ici que le post-sevrage est récent.
Pourquoi s’occuper du SDRP dans cet élevage ?
Il ne nous était pas possible de faire un diagnostic fiable du SDRP dans
cet élevage pour les raisons déjà exposées.
Dans la mesure où l’éleveur faisait rentrer systématiquement
des porcelets vaccinés,
il nous a paru logique
de proposer une double vaccination de masse pour très rapidement
en arriver à rentrer des porcelets non vaccinés.
Nous avons
un double but : améliorer le sanitaire
dans cet élevage et arrêter totalement la vaccination SDRP des porcelets
dans le naissage. Il est en effet possible que la vaccination SDRP
et le rappel mycoplasme faits le même jour aient diminué l’efficacité
de l’un et/ou de l’autre.
Le premier lot non vacciné SDRP sera suivi par prises de sang sur porcelets
identifiés, toutes les 3 à 4 semaines, jusqu’à l’abattage.
Evolution du cas
La situation respiratoire semble actuellement plus calme
alors que la météo est loin d’être favorable. Est-ce
l'impact de la vaccination de masse SDRP ? C’est difficile à dire
pour l’instant.
Les porcelets qui auront reçu et la double vaccination SDRP et la vaccination
Mycoplasme mono-dose en fin de post-sevrage rentreront dans la phase critique
au mois de juin, mais ce n’est qu’à l’automne 2008 que
nous pourrons juger de la réelle efficacité de l’ensemble
des mesures.