Description de l'élevage et apparition du cas
Description de l'élevage
Il s'agit d'un élevage de porcs à l'engraissement qu'une entreprise
de production d'aliment du bétail possède en
intégration
en Espagne.
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Il dispose d'environ 2100 places au total, réparti
en 5 bâtiments d'une capacité de 350 à 450 porcs chacun.
• L'engraissement est rempli avec des porcelets provenant d'un élevage
qui fonctionne en bandes toutes les 3 semaines, avec un objectif de 40
mise-bas / 3 semaines. Les porcelets sont sevrés à 28 jours
et quittent l'élevage à 9 semaines d'âge. Il arrive
ainsi 400 porcelets toutes les 3 semaines.
• Les bâtiments ont un couloir central avec des cases de chaque
côté d'une capacité d'environ 18 porcs.
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Au moment du chargement, la logique veut que l'on commence toujours à charger
les plus gros du bâtiment. Souvent, quand le premier bâtiment n'est
pas encore terminé de vider, on commence déjà à charger
les plus grands du deuxième (ils ont 3 semaines de moins, mais ils sont
déjà plus grands que les petits et que les plus faibles du lot précédent).
Parfois, on transfère la vingtaine de porcs les
plus petits depuis le bâtiment qui est désormais pratiquement vide
vers le bâtiment où les porcs ont 3 semaines de moins et où
on a déjà commencé à enlever les plus grands.
De cette façon, on réussit à vider le premier bâtiment
et on peut commencer à nettoyer et désinfecter afin qu'un nouveau
lot arrive le plus tôt possible.
Apparition du cas
Alors que, précisément, un bâtiment a commencé à
être vidé,
de la diarrhée d'aspect
sanguinolent apparaît dans deux cases. Ces 2 cases sont assez
espacées entre elles (l'une en entrant à gauche et l'autre au fond
à droite).
L'aspect de la diarrhée et des animaux touchés est assez alarmante.
La diarrhée est assez liquide et contient indubitablement du sang et du
mucus.
Les animaux atteints ont mauvais aspect, ils sont très apathiques, maigres
et certains ont une diarrhée très profuse.
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Restes
de diarrhée sanguinolente sur les murs |
Porcs maigres et apathiques
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Le reste du bâtiment est examiné avec attention et
aucune
autre case ne semble touchée. Comme pour le moment il n'y a
pas de pertes, des échantillons de fèces de 4 porcs très
atteints sont prélevées pour les envoyer au laboratoire afin de
confirmer nos suspicions.
En attendant le résultat, l'eau de boisson est supplémentée
avec 90 g / 1000 litres de lincomycine 40 % et tous les porcs des deux cases les
plus atteintes sont injectés avec de la tiamuline (14 jours de temps d'attente).
Au bout de 7 jours on reçoit la confirmation de la part du laboratoire
de ce que l'on craignait déjà :
Brachyspira
hyodysenteriae a été détecté
en culture sur les 4 échantillons envoyés. Le diagnostic
différentiel de l'iléite (
Lawsonia intracellularis) est
négatif.
Bien que l'aspect de la diarrhée nous le faisait craindre, le résultat
de laboratoire nous laisse stupéfaits. L'éleveur ne se souvient
pas d'épisodes de diarrhée contenant du sang depuis plus de 10 ans.
Dans les 4 dernières années, les animaux provenaient toujours du
même élevage et on n'a jamais observé de diarrhée avec
du sang. Dans le noyau reproducteur d'origine des porcs, on n'a pas non plus observé
de problème quelconque.
Les mesures de biosécurité de l'élevage
sont assez bonnes. Il est assez isolé, clôturé
et avec des grillages contre les oiseaux sur les fenêtres. Il dispose d'un
bon vestiaire, mais celui-ci est situé à l'intérieur de l'élevage.
Evolution du cas
A la première question, « comment la dysenterie est-elle apparue
dans l'élevage ? », on trouve rapidement la réponse après
avoir discuté un moment avec l'éleveur. On ne va pas entrer maintenant
dans les détails de cette conversation pour entretenir un peu l'incertitude
du cas, mais pour vous mettre sur la piste ,on dira que la clé est dans
la "curieuse" apparition du cas (il commence dans deux cases totalement
séparées).
Notre principale préoccupation est que la dysenterie
ne se propage pas à l'intérieur du bâtiment atteint mais surtout
qu'elle ne se transmette pas à d'autres bâtiments. Comme
on entre des âges différents (et séparés de 3 semaines)
dans chaque bâtiment, si d'autres bâtiments étaient atteints
ce serait un énorme problème .
Evolution dans le premier bâtiment
touché
Les séparations des cases du bâtiment se
montrent très inefficaces dans le cas d'une maladie transmise
par les fèces : elles n'atteignent pas le sol, laissant un espace de communication
entre les cases.
 Comme
on peut l'observer ici, il y a un espace libre sous les séparateurs
des cases. |
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Comme on pouvait s’y attendre, le traitement maintient plus ou moins la
situation sous contrôle, mais
au bout d'une semaine,
d'autres cases sont trouvées atteintes (mais pas de façon
aussi grave).
On continue d'envoyer les animaux à l'abattoir. Les porcs qui partent le
plus tard sont ceux injectés à la tiamuline pour respecter le temps
d'attente. Le bâtiment est vide au bout de 2 semaines environ après
le début de la maladie.
Une fois le bâtiment vidé, il est
parfaitement
nettoyé et désinfecté pour essayer de réduire
au maximum les possibilités de réinfection du lot de porcs suivant
qui va arriver. L'éleveur responsable de l'élevage est très
méticuleux et réalise le travail à la perfection.
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Il prête beaucoup d'attention à ce qu'il n'y ait plus de
restes de fèces, en insistant sur les coins, les jointures des
grillages, les trémies, ...
• Les fosses sont nettoyées et désinfectées
en levant les grilles pour avoir un meilleur accès.
• Une fois le bâtiment séché, le sol et les
murs sont passés à la chaux jusqu'au niveau où les
animaux peuvent accéder.
• Le bâtiment est laissé vide 2 semaines.
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Evolution dans les autres bâtiments
Depuis l'apparition des premiers symptômes, des mesures sont mises en place
afin d'essayer que la diarrhée ne soit pas transmise aux autres bâtiments..
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• Pour essayer
de minimiser la transmission à partir des chaussures, une
paire de chaussures est destinée seulement aux déplacements
en dehors des bâtiments. Pour entrer dans chaque bâtiment
on utilise des bottes spécifiques au
bâtiment (on met des bottes neuves dans chacun des
5 bâtiments).
• De la chaux est jetée
aux entrées des bâtiments
•
Le contrôle des rongeurs sur
l'élevage est assez bon, mais toutes les précautions nécessaires
sont augmentées. Les bâtiments sont très proches
les uns des autres, mais le moindre espace extérieur de l'élevage
est totalement désherbé (il est couvert de gravier) et
débarrassé de tout objet. Cela peut limiter le mouvement
de rongeurs entre les bâtiments.
• Dans les 4 autres bâtiments, aucun type de traitement
médicamenteux n’a été mis en place, ni dans
l'aliment, ni dans l'eau, précisément pour éviter
que les symptômes ne soient masqués au cas où un
autre bâtiment serait déjà contaminé.
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Dans ces 4 autres bâtiments on n'observe aucun symptôme pendant au
moins les 2-3 semaines suivant l'apparition des troubles. Mais, après un
moment, dans l'un des bâtiments (où les animaux ont entre 50 et 60
kg) u
n foyer de diarrhée avec sang commence dans
une salle.
Evolution dans le second bâtiment atteint
On ne saura probablement jamais comment la maladie s'est transmise du premier
bâtiment au second. Cependant, l'hypothèse la plus probable est que
la maladie était déjà installée
lorsqu'on a pris les mesures pour éviter la transmission entre les bâtiments.
La période d'incubation de la dysenterie porcine peut être très
variable (de 2 jours à 3 mois), mais normalement la maladie se développe
entre
10 à 14 jours après le premier contact.
Donc,
au moment où on a observé les premiers
symptômes, les animaux du premier bâtiment atteint étaient
déjà infectés depuis plus de deux semaines.
Cela concorde parfaitement avec le moment où on a introduit la plus que
probable voie de contamination (que nous n’allons pas encore dévoiler).
Pendant ces 2 semaines au cours desquelles on n’a pas observé de
symptômes, mais où les animaux étaient déjà
infectés, ni l'éleveur, ni le vétérinaire n’ont
pris de mesures particulières pour éviter la transmission de la
maladie entre les bâtiments. P
endant ce temps,
la maladie est passée probablement au bâtiment suivant par les chaussures
contaminées.
La case atteinte est la 3ème à gauche (3 i) d'un bâtiment
de 12 cases dans la longueur.
Ensuite il y a une autre case et tout de suite après les 2 autres cases
laissées pour l'infirmerie (avec peu d'animaux présents).

Avec l'expérience du bâtiment précédent dans lequel
la diarrhée a "circulé" par-dessous les séparations
en touchant presque tout le bâtiment, on décide alors d'installer
une sorte de barrière.
On laisse une case libre
pour essayer que la maladie n'évolue pas dans toute l'installation.
Cette case est obtenue en réunissant les 2 servant d'infirmerie.
• Etant juste à côté de celle atteinte, les cases 4i
et 2i se trouvent condamnées.
• Les animaux de la 6i (infirmerie 1) sont transférés dans
la 5i (infirmerie 2), de telle manière que la 6i reste vide, faisant ainsi
office de barrière.
• Avec ce plan, on condamne toutes les cases du côté gauche
jusqu'à la cinquième, mais le but est d'éviter ou de retarder
au maximum l'infection du reste des cases (si elles ne sont pas déjà
infectées …).
• On pourrait aussi installer la barrière dans la case 5i en joignant
les infirmeries dans 6i, mais on préfère "assurer le tir",
en considérant les porcs de la case 5i (à 2 cases seulement du foyer)
comme infectés.
On injecte toutes les cases atteintes et les cases voisines
avec de la tiamuline et on supplémente aussi l'aliment à la tiamuline
pour prévenir l'infection du reste de bâtiment. Dans ce
cas, on ne traite pas par l'eau de boisson car le nombre de salles touchées
est faible et le traitement de l'eau est très coûteux pour traiter
moins de 5% de porcs atteints.
On suppose qu'en injectant les animaux les plus malades, le traitement par l'aliment
pourra contenir la situation.
Les mesures pour éviter la transmission entre les bâtiments sont
maintenues.
Evolution finale du cas
La situation est celle à laquelle on s'attend, puisque comme prévu,
toutes les cases du côté gauche jusqu'à
la 5ème se trouvent progressivement atteintes.
Nous avons cependant une certaine satisfaction de voir que, malgré le temps
qui passe,
la diarrhée n'évolue pas dans
le bâtiment et ce qui est plus important, on n’observe pas non plus
de cas dans les autres bâtiments.
Mais, au bout d'environ de 2 à 3 semaines de la première apparition
dans ce deuxième bâtiment, tout à coup tout s'écroule.
Du jour au lendemain plusieurs cases sont touchées
à différents endroits du bâtiment. De la diarrhée est
même observée dans les cases de la rangée droite du bâtiment.
Curieusement, parallèlement à ces symptômes, les animaux toussent
et ont arrêté de manger.
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Il se pourrait qu’un petit passage de grippe
induise la manifestation clinique d'une maladie qui se trouvait momentanément
sous contrôle à cause du traitement mis en place.
• La toux a aussi coïncidé avec une période de
grandes variations de température entre le jour et la nuit. Le
stress environnemental pourrait avoir affecté la réponse
immunitaire des porcs.
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Le traitement médicamenteux dans l'aliment et dans l'eau de boisson a été
revu afin de garder la dysenterie sous contrôle dans ce bâtiment et,
pendant un moment, on a réussi à éviter
la transmission aux autres bâtiments. Mais, au bout d'environ un mois, on
a observé de la diarrhée contenant du sang dans une case du bâtiment
de porcs 3 semaines plus jeunes.
Le cas se complique à nouveau et plus le temps passe, plus les chances
de voir plus d'un bâtiment atteint augmentent. Les traitements devront être
permanents et coûteux.
L'erreur d'un jour va coûter
beaucoup d'argent.
Mais quelle a été l'erreur
initiale ?
On a déjà expliqué que de façon très occasionnelle
on déplaçait les animaux les plus faibles d'un lot vers le précédent,
afin de finir de vider le premier bâtiment.
L'élevage
ne dispose pas de couloirs de transfert entre les bâtiments et,
par conséquent, ces enlèvements se font avec le propre camion de
la société. Cependant 2 semaines avant que n'apparaisse le premier
cas, le transfert a été réalisé par
un
camion extérieur qui se charge d'habitude du transport d'animaux
à l'abattoir pour d’autres élevages. Profitant du fait qu’il
venait charger animaux, il a réalisé le déplacement d'environ
30 porcs plus faibles qui occuperont 2 cases du bâtiment avec des porcs
de 3 semaines de moins.
L'une de ces cases était à l'extrémité du bâtiment
et dans le couloir droit. La seconde à l'autre extrémité
et dans le couloir gauche. Bizarrement,
c'était
exactement les 2 cases dans lesquelles l’épisode de dysenterie est
apparu
Ce cas démontre que :
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•
Les camions ne reviennent pas aussi propres et
désinfectés de l'abattoir qu’on pourrait le penser
ou si c'était le cas, Brachyspira hyodysenteriae est un
micro-organisme réellement résistant.
• En plus de cette résistance, il est vraiment
contagieux, car en seulement 5 minutes de séjour dans
le camion, 2 porcs au minimum seront infectés (la maladie a commencé
dans deux cases avec des porcs transférés).
• Les mesures de biosécurité
sont fréquemment laissées pour compte car "il ne se
passe rien d’habitude". Mais le problème est que quand
quelque chose se passe, la répercussion économique est souvent
brutale. |
Commentaires
Il s'agit d'un cas de diarrhée en fin d'engraissement dû à
Brachyspira hyodysenteriae
Epidémiologie : source de l'infection
Il existe différentes souches de B
rachyspira hyodysenteriae, avec
différents degrés de virulence. Dans le cas clinique décrit
ici,
la souche était très pathogène,
en présentant des animaux atteints de graves symptômes cliniques.
Dans la plupart des élevages,
les cas de dysenterie
que l'on observe aujourd'hui sont beaucoup plus virulents que ceux d'avant.
La transmission de la dysenterie se fait par
voie oro-fécale.
Dans ce cas, elle s'est faite par l'utilisation d’un camion qui avait auparavant
amenés des animaux infectés à l'abattoir. Si le camion avait
seulement chargé les animaux pour l'abattoir, il ne se serait probablement
rien passé. Le problème fut que ce camion a été utilisé
pour transporter des animaux à l'intérieur même de l'élevage.
Brachyspira hyodysenteriae est
un micro-organisme
terriblement résistant dans l'environnement, surtout dans les fecès
et le lisier. On ne connaît pas la qualité du nettoyage
et la désinfection faite dans le camion mais on ne peut pas non plus accuser
le chauffeur. Il est impossible de garantir qu'un camion qui a chargé des
animaux porteurs de dysenterie, soit à 100% indemne de risque de contamination
au bout de peu de temps (même avec un nettoyage parfait, une désinfection
et un temps de repos).
La faute est celle du responsable de l’élevage
mais il faut aussi comprendre la situation. Cela coûte beaucoup d'argent
d’entretenir un bâtiment de 20 animaux "en retard" en attendant
de les envoyer à l'abattoir. On sait que mélanger des animaux d'âge
différent est dangereux, particulièrement en fin d'engraissement.
Cependant, ces animaux n'ont pas d'autre issue possible si ce n'est en acceptant
un prix "sacrifié" à l'abattoir. Il est clair que cette
option aurait été la plus économique mais cela est vu à
posteriori.
Contrôle de la dysenterie dans un élevage
en continu
Le problème majeur de ce cas est qu'il survient dans un élevage
d'engraissement où on réalise des entrées de porcelets provenant
de la même origine toutes les 3 semaines.
L'engraissement
travaille en tout plein - tout vide par bâtiment, mais évidemment
pas au niveau de l’élevage.
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En ayant 5 bâtiments d'une capacité variable (entre 350 et
450 porcelets), on dispose d'espace pour 5 lots productifs, ce qui équivaut
à 15 semaines de rotation (5 lots x 3 semaines).
• Ce temps de rotation est trop juste pour engraisser et nettoyer
correctement, c’est pourquoi un lot d'animaux (et parfois 2) doit
être engraissé sur un autre élevage.
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Les porcelets sont élevés sur le même élevage depuis
9 semaines d'âge jusqu'à l'abattage, par conséquent
dépeupler
l'élevage demande beaucoup de temps d’arrêt d‘exploitation.
Contrôler une maladie comme la dysenterie dans une situation comme celle-là
est compliqué. Les rongeurs sont porteurs de la maladie (et même
les chiens, les oiseaux et les mouches de façon saisonnière), par
conséquent il est très facile d'avoir
une
transmission permanente entre les bâtiments.
Il serait possible de baisser la pression d'infection et de minimiser l'expression
de la maladie :
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Il faut réaliser des traitements de tous
les animaux de l'élevage en même temps.
• Il faut appliquer des mesures extrêmes
de nettoyage et de désinfection des salles entre les
lots.
• Il faut assurer la réduction de la pression d'infection
en réduisant la matière fécale
présente.
• Il faut assurer le nettoyage et la désinfection
du matériel, des bottes, des tenues de travail, ...
de tout ce qui entre en contact avec les animaux.
• Il faut mettre en place un contrôle
des rongeurs et des mouches.
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Réussir à éradiquer la dysenterie
sans dépeupler l'élevage sera réellement difficile. Maintenir
la maladie sous contrôle coûtera beaucoup d'argent et de temps.