Description de l'élevage et de la situation
Il s'agit d'un élevage
naisseur-engraisseur de 200 truies sur un
site dans une zone de forte densité porcine dans l’Ouest de la France,
en
Bretagne :

Tous les animaux sevrés sont élevés sur le site.
L'éleveur a procédé à l’auto-renouvellement
pendant de nombreuses années. Depuis un an, il a pris la décision
d’
acheter ses cochettes à l'extérieur
afin d’améliorer ses performances techniques (fertilité,
prolificité, sevrés). Il achète également ses doses
d'insémination à l’extérieur.
La conduite est en 7 bandes et le sevrage a lieu à 28 jours.
L’aliment est également acheté et l’eau provient du
réseau
L’exploitation est gérée par l’éleveur et son
épouse
Statut sanitaire
| Maladie |
Statut |
| SDRP |
positif |
| Actinobacillus
pleuropneumoniae |
négatif
pour les sérotypes 2 et 1-9-11 |
| Maladie d'Aujeszky |
négatif |
| Mycoplasma hyopneumoniae
|
positif |
| Gale sarcoptique |
positif |
Prophylaxies effectuées
| Produits |
Animaux |
| Vaccin
parvovirose |
Truies
et cochettes |
| Vaccin rouget |
Truies
et cochettes |
| Vaccin colibacillose |
Truies
et cochettes |
| Vaccin rhinite atrophique
|
Truies
et cochettes |
| Vaccin grippe |
Truies
et cochettes |
| Vaccin vivant SDRP |
Truies et cochettes |
| Vaccin mycoplasme |
Cochettes et issus |
| Ivermectine |
Truies et cochettes |
Appel de l'éleveur
L'éleveur nous appelle pour nous signaler que
ses
résultats de fertilité sont toujours trop irréguliers et
ceci depuis 7 bandes et que même si certains critères
se sont améliorés, la fertilité reste un point noir à
ses yeux.
Visite sur le site
Analyse des résultats techniques
Sur l’année 2006 et sur les 6 mois ayant précédé
la visite, les principaux résultats techniques sont les suivants :
| |
Année
2006 |
2ème
semestre 2007 |
| Nés totaux |
12,81 |
13,65 |
| Nés vifs |
11,86 |
12,6 |
| Momifiés/portée |
0,15 |
0,14 |
| Sevrés/portée |
9,6 |
10,35 |
| ISSF |
10,4
j |
10,2
j |
| Fertilité |
81% |
82% |
| Avortement |
<1% |
<1% |
| Age à la 1ère MB |
378
j |
384
j |
Sur ces périodes, l’éleveur, sur cochettes, a sevré
respectivement
8,6 et 11,87 porcelets par portée
(sur respectivement 73 et 31 portées)
Visite de l’élevage
Quarantaine (isolée des autres bâtiments)
Réception de cochettes négatives SDRP et App sérovar 2 et
1-9-11
Quarantaine sur paille en tout plein - tout vide.
Réception toutes les 6 semaines, contamination avec délivres, déjections
de maternité. Age de 5 mois ½ à l’arrivée.
Séjour en quarantaine de 6 semaines
Aliment gestante.
Les animaux observés ce jour ne présentent
pas
de signe pathologique notable.
Verraterie-Gestante
Sevrage le jeudi en réfectoire bloqué et détection à
partir du lundi soir seulement. 2 bandes sont présentes dans la partie
verraterie jusque l’écho.
Flushing alimentaire jusqu’au dimanche (140% de 2,9 kg)
1 verrat présent bloqué dans 2 des 3 cases recevant des sevrées,
il est parfois en liberté à l’arrière des truies.
IA classique
Raclage matin et soir et apport d’un asséchant.
Flushing de remise en état jusque l’échographie (3,2 kg) puis
ration de base à 2,9 kg. Alimentation soupe.
Les cochettes sont en cases liberté jusque la MB avec ration de base à
2,6 kg
Le troupeau est beaucoup plus
homogène
que lors de la visite précédente.
Il y a eu un passage viral semble-t-il il y a un mois
avec une dégradation plus forte de la fertilité (bandes 1 et 2)
Maternité
L’éleveur travaille avec un aliment gestante plus un complémentaire.
Mises bas déclenchées partiellement (fin de semaine) à 114
jours et prostaglandines et sergotonine systématiques après mise
bas.
Les truies reçoivent depuis 2 bandes de l’acide oxolinique autour
de la mise-bas et au sevrage dans le but d’améliorer le taux de fertilité.
Soins aux porcelets à la naissance : coupe des queues et des dents, injection
de fer
A ce stade, on observe plusieurs améliorations
comme on l’a vu sur la GTTT :
- Augmentation de prolificité et meilleure qualité de porcelet à
la naissance
- Lactation satisfaisante
- Pas de signe clinique anormal sur les truies ou sur les porcelets
|
|
Truie
maigre au sevrage |
Truies
hétérogènes en gestation |
Conclusion suite à la visite
Nous avons avec l’éleveur analysé les résultats et
avons conclu :
• Que
le problème ne nous paraît pas
d’ordre sanitaire. Sa façon d’alimenter les truies
en maternité ne correspond plus du tout à leurs besoins compte tenu
de l’amélioration des critères techniques de sevrage.
• Qu’il faut
analyser davantage les résultats
de fertilité bande par bande et catégorie de truie par
catégorie et ceci en «épluchant» ses fiches bandes.
Analyse des fiches bandes et mesures proposées
Analyse des fiches bande
L’éleveur nous a faxé les fiches saillies des 6 dernières
bandes échographiées.
| |
Bande
4 |
Bande
5 |
Bande
6 |
Bande
7 |
Bande
1 |
Bande
2 |
| Fertilité bande |
80% |
54% |
83% |
85% |
67% |
68% |
| Fertilité cochettes
achetées |
100% |
100% |
Aucune |
100% |
33% |
75% |
| Fertilité primipares
achetées |
50% |
43% |
50% |
83% |
50% |
57% |
| Fertilité sevrées |
85% |
70% |
92% |
80% |
75% |
85% |
Au vu de ces résultats, nous pouvons effectivement conclure que :
-
la fertilité est bonne sur les cochettes sauf
la bande 1 où l’éleveur avait remarqué un
syndrome grippal au moment de l’IA
-
un syndrome 2ème portée particulièrement
pénalisant (ces résultats ne concernent que les cochettes
et primipares d’achat) lorsque le nombre de primipares dans la bande est
élevé (par exemple bandes 4, 5, 1 et 2).
-
la fertilité des sevrées est, à
une exception près, toujours supérieure à la fertilité
de la bande.
Révision de la conduite des cochettes
en lactation
Situation de départ
L’éleveur ne distribue que de l’aliment gestante avec un complémentaire
au bout de 10 jours de lactation.
Au pic de consommation, les cochettes sont à 5,4 kg d’aliment gestante
et 0,5 kg de complémentaire.
Il faut rappeler que les cochettes sèvrent 11,87 de moyenne sur le dernier
semestre.
Propositions
Historiquement, l’éleveur a toujours procédé de la
sorte parce qu’il ne disposait que d’un silo mais nous lui avons fait
comprendre que ce n’était p
as compatible
avec des résultats beaucoup plus élevés en sevrés.
Aussi, suite à l’analyse de ces résultats, nous lui avons
conseillé d’
investir dans un autre silo
pour passer à une distribution manuelle d’aliment allaitante.
L’éleveur a choisi une formule classique avec 3200 kCal d’énergie
digestible et 8,5 g de lysine digestible en particulier.
Evolution des résultats et analyse de la situation
La distribution d’aliment allaitante a été possible en pratique
pour l’éleveur et il n’a pas éprouvé de difficulté
à alimenter les cochettes en maternité.
Il a suivi le plan ci dessous:
Ce cas permet de rappeler qu’
il faut toujours
faire évoluer ses pratiques car lorsque l’on modifie
certains critères sans modifier dans le temps sa conduite, cela engendre
de nouveaux problèmes.
Dans ce cas,
l’éleveur est passé
de cochettes d’auto-renouvellement à très faible niveau
de production à des cochettes d’achat, hyperprolifiques avec une
augmentation de plus de 3 porcelets sevrés !!!
Cependant, autant la conduite en gestation avait été assez bien
gérée permettant une qualité de porcelets satisfaisante
à la mise-bas, un bon appétit, une bonne capacité laitière,
autant l’éleveur a continué de les conduire de la même
façon en maternité ce qui a largement pénalisé les
résultats à la remise à la reproduction après sevrage.
Depuis, sur les dernières bandes sevrées,
les
primipares sont en moyenne à 83% de fertilité ce qui
est beaucoup plus encourageant.
Le traitement à l’acide oxolinique a été suspendu
sur ces lots sans dégradation des résultats.
Commentaires
Concernant ce cas clinique traitant de problème de fertilité et
pouvant paraître un peu banal, il est pourtant l’occasion de souligner
en particulier deux points :
1. Analyse des fiches bandes et de la fertilité
par catégorie de truies
Lors d’analyse d’un problème de fertilité, il est
indispensable pour au mieux adapter les mesures proposées de faire un
diagnostic précis et ceci passe avant toute chose par
l’analyse précise des résultats de fertilité
comme présenté dans ce cas clinique.
Il faut analyser séparément :
- taux de fertilité des cochettes
- taux de fertilité des primipares
- taux de fertilité des multipares du sevrage
- taux de fertilité des truies ayant fait déjà un retour
Ainsi, plusieurs cas de figure pourront être distingués avec par
exemple :
- un mauvais taux sur
cochettes évoquant
souvent un
problème d’adaptation ou d’alimentation
en quarantaine (à valider ou pas par les symptômes
observés).
- un mauvais taux sur
primipares comme illustré
dans ce cas.
- un mauvais taux sur les
truies à
retour traduisant des
lésions utérines
et des infections urogénitales qui ne sont pas ou qui sont
mal traitées.
Cette première approche sera ensuite validée ou pas et confirmée
par des analyses complémentaires si nécessaire.
2. Rationnement en maternité
Même quand elle est correctement alimentée pendant la phase gestante
et que l’appétit n’est ainsi pas un souci en lactation,
les
besoins de la truie forte productrice doivent être adaptés à
ses besoins. Malheureusement ces observations restent encore courantes
avec par exemple des observations d’alimentation restrictive, seule parade
trouvée pour limiter l’incidence des diarrhées néonatales.
Pourtant, ces pratiques sont souvent rapidement sanctionnées par les résultats
au cycle suivant (fertilité, prolificité).
L’alimentation en lactation conditionne les
résultats de reproduction à la saillie suivante. Les
besoins de la truie en lactation sont très élevés : une
truie de 240 kg dont les porcelets croissent à une vitesse de 3 kg/jour/portée
devrait ingérer en moyenne 8,3 kg d’un aliment allaitante standard
pour couvrir ses besoins et ce niveau n’est pas si souvent atteint et,
si c’est le cas, c'est seulement en 2ème partie de lactation.
A fortiori dans ce cas où le choix de l’aliment était inadapté
et les quantités insuffisantes,
l’alimentation
de la truie hyperprolifique est un vrai challenge dont il faut connaître
tous les écueils afin de les éviter.
L’article de Nathalie
Perez dans le recueil des RIPP 2008 en est une synthèse pertinente.
Dr Arnaud LEBRET
Vétérinaire
56 - PONTIVY