Joaquim Segalés. CreSA. UAB. (Espagne).
04-Jun-2007 (il y a 18 ans 9 mois 28 jours)

Le circovirus porcin de type 2 (PCV2) est
un virus ubiquiste
qui a été trouvé dans tous les pays où il a été
recherché, que ce soit sur le porc domestique ou sur le sanglier. Ce virus
a été initialement décrit en 1998, après le séquençage
"d'un circovirus porcin" isolé sur des porcs avec une maladie
apparemment nouvelle, le syndrome de la MAP (ou PMWS, postweaning multisystemic
wasting syndrome, PMWS), actuellement aussi connue sous le nom de circovirose
porcine (CP). Les études rétrospectives effectuées jusqu'à
présent ont démontré que le PCV2 est un agent ubiquiste depuis
de nombreuses années, c'est pourquoi
son existence
est très antérieure à la description initiale de la CP.
Pendant de nombreuses années, cette étrange situation épidémiologique
s'est heurtée frontalement aux éventuelles explications considérant
le PCV2 comme pouvant être l'agent responsable d'une maladie. Cependant,
aujourd'hui, il existe suffisamment de consensus sur lequel
la
CP est une maladie plurifactorielle où l'infection par le PCV2 est un événement
totalement nécessaire mais non suffisant pour la génération
du tableau clinique. De plus, on a décrit certains facteurs
de risque pouvant aider "à déchaîner" la maladie
sur des porcs infectés par le PCV2.
Par ailleurs, dès le début des études sur ce virus, on a
évoqué la possibilité que l'existence de différentes
pathogénicités entre des souches du PCV2 pourrait expliquer certaines
interrogations qui aujourd'hui, subsistent par rapport à l'épidémiologie
de l'infection par ce virus.
La propagation de souches
virales les plus pathogènes permettrait d'expliquer l'éclosion mondiale,
continentale, nationale ou régionale des maladies associées à
l'infection par le PCV2, et plus concrètement la CP. Cependant,
la similitude nucléotidique très importante entre les différentes
souches de PCV2 détectées partout dans le monde (homologies supérieures
à 94%) a empêché l'étude en détail de cette
possible variabilité pathogénique.
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Détection
de l'ARN du PCV2 par PCR et RFLP |
La ré-émergence de la CP comme
une maladie
très significative au Canada et l'
importante
extension de l’épidémie aux Etats-Unis a ravivé
l'intérêt pour déterminer l'existence de souches de PCV2 plus
pathogènes que d’autres. Il existe actuellement deux études
qui s'orientent vers cette direction.
L'une d'elles correspond à une étude épidémiologique
effectuée au Canada, dans laquelle, à partir de 2004 (début
de l'épizootie de CP la plus importante dans ce pays depuis la description
de la maladie),
on détecte plus fréquemment
une souche avec un certain profil éléctrophorétique
(par RFLP, restriction fragment length polymorphism,) associée à
des cas graves de la maladie.
La seconde étude, de type expérimental, a permis de détecter
des degrés lésionnels différents
sur des porcs infectés par deux souches de PCV2, théoriquement
de faible et haute virulence (isolés d'élevages sans et avec de
la circovirose porcine) ; cependant, dans aucun cas, on n’a produit expérimentalement
la maladie clinique sur les animaux inoculés.
La polémique par rapport à cette possible différence de virulence
des souches du PCV2 est ravivée par des études phylogénétiques
et de biologie moléculaire. Comme il a été déjà
commenté, les différentes souches du PCV2 présentent une
homologie nucléotidique supérieure à 94%, ce qui indique
une similitude très grande entre les différents
isolats au niveau mondial. Des études phylogénétiques
effectuées en France, en Hollande et l'Espagne ont montré qu'
il
n'existe pas de marqueur de virulence dans le génome du virus,
puisque des souches pratiquement égales génétiquement peuvent
être isolées d'élevages avec et sans CP.
D'autre part, une étude expérimentale a démontré qu'une
souche de PCV2 isolée d'un porc sain d'un pays qui, au moment de l'isolement
du virus (1993), n'avait pas décrit de cas de CP (Suède) est capable
de produire la maladie clinique dans des conditions expérimentales (avec
un modèle de co-infection avec le PCV2 et le parvovirus porcin). Par conséquent,
à la suite de ce travail, on a conclu que, probablement,
toute souche de PCV2, dans les conditions adéquates, est potentiellement
capable de produire la CP.
En conclusion,
la possible variabilité de la pathogénicité
entre des souches de PCV2 est encore un sujet ouvert et suscitant de
nombreux débats, qui continue à être largement étudié
actuellement et qui sera probablement résolu lors des prochaines années.