Description de l'élevageCette exploitation se trouve dans le Nord de l'Italie ; c'est une exploitation
de
1 700 truies qui utilise un systè
me
en trois sites avec
auto-renouvellement.
La seule entrée d'animaux a lieu tous les 4 mois (grands parents et
verrats
terminaux) quoique en Mars-Avril 2001 il se produisit une augmentation
de l'effectif qui passa de 1400 à 1700 truies.
L'exploitation changea pour un système de production en trois sites en
Décembre 2000 ; auparavant c'était une exploitation où
on engraissait une partie de la production.
Les truies sont transférées vers
des cases
(par groupes de 8-9) après les 40 premiers jours de gestation
où elles restent jusqu'à 7-8 jours avant la mise-bas.
L'
aliment est produit et stocké sur l'exploitation,
seul le CMV venant d'une entreprise spécialisée.
L'exploitation est
positive vis à vis des principales
maladies avec des prévalences faibles (actuellement on a pour
objectif de la certifier comme indemne d'Aujeszky et on a arrêté
de vacciner contre APP depuis 4 mois) confirmées par des profils sérologiques
réalisés tous les 6 mois et par des sentinelles introduites une
fois par an.
En même temps que le changement de type de production a été
mené un programme d'éradication de la
gale.
Le programme actuel de vaccination consiste en :
parvovirose et rouget 8 jours après la
mise-bas
maladie d'Aujeszky (vaccin tué) à 80 jours de gestation
rhinite à 100 jours de gestation.
Les primipares sont aussi vaccinées contre
Escherichia coli à
100 jours de gestation.
La production annuelle jusqu'à octobre 2001 tournait autour de
22
porcelets sevrés par truie et par an.
Habituellement dans cet élevage, le
pourcentage
de momifiés se trouvait toujours dans les environs de les environs de 2
%, ce qui constituait un sujet de préoccupation constant étant
donné qu'on n'en trouvait pas la cause.
Description du cas
En Mars 2001 on observa une augmentation du pourcentage de momifiés très
au dessus du taux de 2 % habituel qui devint plus visible et constante à
partir du mois d'Avril.
Comme on le voit sur le graphique, le problème s'aggravait de mois en mois.
Cependant, cette augmentation progressive suit tous les ans une ligne identique
bien que de moindre intensité avec des pourcentages entre 2,5 et 3 %, principalement
pendant les mois d'été (la châleur et l'humidité de
100 % dans cette région ont une grande influence) .
Les momifiés étaient
en grande majorité de très grande taille (> 17 cm) et cela touchait
autant les primipares que les multipares bien que ces dernières l'étaient
dans une plus grande proportion (respectivement 28 % et 37 %).
La courbe de répartition de taille des portées
était la suivante :
(Les deux graphiques portent sur une période allant de Décembre
2000 à Octobre 2001)
Les pourcentages d'avortement comme ceux de truies vides sont restés pendant
cette période à un niveau constant. C'est ainsi que la moyenne du
pourcentage d'avortements fut de 0,5 % avec un pic maximum à 1,5 % au mois
de Février. Quant au pourcentage de femelles vides, il suivit pendant toute
cette période une tendance à la baisse en passant d'une moyenne
de 5-6 % dans les premiers mois de 2001 à des valeurs de 2 % à la
fin de cette même année. Les
retours
peuvent être suivis pour leur part sur le graphique suivant :
Les profils sérologiques réalisés en routine dans l'élevage
indiquaient une prévalence pour la Maladie d'Aujeszky de 0% (intervalle
de confiance de 95 %
alors que pour le SDRP la sérologie
indiquait un % proche de 80 % mais sans symptômatologie associée
(analyses réalisées par méthode ELISA).
Diagnostic et évolution Après avoir étudié toutes les causes possibles,
on
a écarté celles de type infectieux étant donné
qu'à aucun moment on a observé une quelconque symptômatologie
correspondant aux virus les plus communément impliqués dans ce
type de problème. Une symptômatologie associée au SDRP ne
fut observée que dans des cas très ponctuels mais toujours sous
forme endémique. Tous les profils sérologiques réalisés
indiquèrent une faible prévalence des principaux virus.
Parmi toutes les causes non infectieuses pouvant provoquer des problèmes de ce
type, quoique toutes correspondaient à la situation de l'élevage, il faudrait
souligner qu'à aucun moment la taille des portées ne démontra que les primipares
étaient plus particulièrement affectées. En dehors du fait qu'il y ait eu une
augmentation de l'effectif en Mars-Avril, tous les facteurs de risque se répètent
chaque année sans que le pourcentage de momifiés n'ait jamais atteint le niveau
actuel. De plus la taille des momifiés éliminait (théoriquement) le fait que l'origine
du problème soit due à la conduite d'élevage.
Il s'agissait donc probablement d'une cause ponctuelle
et accidentelle.
Finalement on se remit à étudier les documents et les graphiques
étant donné qu'il était logique qu'il devait exister un
facteur déterminant aux mois de Février-Mars. En lisant le registre
d'élevage, nous avons trouvé que la seule modification réalisée
pendant cette période fut l'augmentation de
la dose (trois fois supérieure) de l'antifongique à
base d'acide formique incorporé dans l'aliment.
La diminution de la dose en septembre coincidant
avec la diminution du taux de momifiés confirma
les suspicions.
Commentaires
Il s'agit d'un cas d'augmentation du pourcentage de momifiés apparue
"accidentellement".
Ce curieux cas apparut par "excés de zèle". Le problème
consista en une augmentation progressive du % de momifiés
jusqu'à atteindre un niveau de 4 %. On considère comme normaux
des niveaux de 1 à 2 %. L'aspect le plus déconcertant était
la taille des momifiés car la moyenne atteignait largement les 15-20
cm.
Tout commenca au mois de Mars 2001 quand on nota une augmentation considérable
du pourcentage de momifiés. Elle ne fut pas ressentie comme d'importance
majeure car on crut qu'il s'agirait seulement d'un problème ponctuel.
A mesure que passèrent les semaines et que les mêmes niveaux élevés
se maintenaient , on commenca alors à faire l'analyse détaillée
de toutes les causes possibles.
On examina les causes possibles d'une telle augmentation tant d'origine infectieuse
que d'origine liée à la conduite d'élevage.
Parmi les causes infectieuses, qui étaient
théoriquement les plus probables à cause de la grande taille des
momifiés (les tailles supérieures à 10 cm faisaient suspecter
des causes infectieuses), on écarta :
- la Parvovirose , étant donné que la symptômatologie
comme la courbe de répartition de taille des portées
n'indiquaient pas son implication.
- la maladie d'Aujeszky : étant donné qu'ici aussi la
symptômatologie était négative et que les deux profils
sérologiques annuels réalisés dans l'élevage indiquaient
une prévalence négative avec un intervalle de confiance de 95
% (la déclaration d'élevage indemne d'Aujeszky est en cours).
- le SDRP : ce fut toujours un doute car, en plus d'observer ponctuellement
une symptômatologie, les profils sérologiques indiquaient une
forte prévalence du virus. De toutes manières, le problème
ne se comporta jamais comme un foyer épidémique mais plutôt
comme de type endémique.
Parmi toutes
les causes non infectieuses possibles , toutes correspondaient
à la situation de l'élevage sauf la taille des momifiés
(tailles souvent inférieures à 10 cm en cas d'origine non infectieuse)
: excés de truies primipares (on avait procédé à
une augmentation de l'effectif entre Mars et Avril), mycotoxines (l'élevage
avait un passé important de problèmes liés aux mycotoxines)
contre lesquelles on utilisait des produits à base de kaolin, taille
de portées élevée et température élevée.
Un autre facteur qui fut toujours suspecté et qui pouvait être
en relation avec le pourcentage élevé de momifiés était
le fait que les truies sont transférées dans les cases à
40 jours de gestation ; de toutes manières, c'est une opération
pratiquée depuis 1992 dans cet élevage sans qu'il n'y ait eu
jusque là de cas identique à celui -ci.
Après toutes ces analyses qui n'aboutirent à aucun résultat,
on décida finalement de
se recentrer
sur les mois pendant lesquels se produisit l'apparition du cas (février-mars)
bien qu'il était clair pour tous qu'il ne s'était produit aucun
changement à cette période.
L'élevage possède un registre sur lequel sont notées toutes
les modifications et situations sortant de la routine. En reprenant tout ce qui
avait été noté pendant le mois de Février, nous avons
trouvé que
la dose d'incorporation d'un produit
à base d'acide formique (antifongique) avait été augmentée
dans des proportions de 1 à 3 , bien qu'en restant toujours
dans les limites recommandées par le fabricant, dans le but d'éviter
les problèmes constants de mycotoxines existant dans l'élevage.
Cette augmentation de dose commenca le 19 Février 2001. La confirmation
de cette suspicion vint avec les résultats d'Octobre où on observa
un retour à 2 % de momifiés. En octobre 2001, la quantité
d'antifongique fut abaissée aux niveaux antérieurs à l'apparition
du cas.
Le fait de posséder
un registre d'élevage
est de grande utilité quand il s'agit de comprendre et de corriger
des situations sortant de l'ordinaire.
L'utilisation de graphiques nous a permis de comprendre quels effets ont eu les
changements pratiqués consciemment ou inconsciemment au niveau de l'élevage.
On ignore le mécanisme qui fit
que l'augmentation de taux d'incorporation de l'acidifiant produit cet effet
alors que les doses recommandées par le fabricant ne furent jamais
dépassées. La seule réponse est que l'acide formique
a une incidence sur l'ingéré des truies ayant pu provoqué
une phase de catabolisme temporaire touchant certains foetus pendant les derniers
jours de la gestation au moment où leurs besoins nutritionnels sont
les plus importants. Le fait que les multipares étaient plus affectées
que les primipares pourrait avoir beaucoup d'explications qui ne resteraient
que des suppositions.
Un tel cas mériterait d'être étudié en profondeur avec
l'appui d'une station de recherches et de chercheurs compétents.