L'Espagne passe en tête
Au cours des 5 dernières séances du marché, nous avons
vu que le prix du vif a augmenté de 0,18 euros / kg, ce qui équivaut
à environ 0,23 euros / kg carcasse. Cette augmentation est en elle-même
très importante et significative bien qu'insuffisante pour effacer le
déficit économique qui a été généré
au cours des derniers mois.
Ce mouvement ferme a été suivi avec prudence par nos voisins qui
ont bougé à la hausse mais de façon beaucoup plus mesurée:
dans la même période la France est montée de 0,09 euros
/ kg et l'Allemagne de 0,11. Tous ces changements sont propices pour que l'Espagne
soit le leader notoire concernant le prix européen.
Selon le commentaire français publié le 18 janvier sur “3trois3.com”
(dans la rubrique en partenariat avec le prestigieux IFIP), les abattages allemands
et espagnols ont excédé en 2007 ceux de 2006 de plus de 3 millions
de têtes dans chaque pays. Un total de 6.000.000 de têtes représente
120.000 unités par semaine, élément suffisant en lui-même
pour colmater le marché de l'UE. Il faut chercher la profondeur et l'importance
de la crise actuelle dans l'augmentation de la production sur le territoire
des pays membres.
L'origine du problème étant constatée, on peut imaginer
que sa solution peut seulement venir d'une réduction tangible de l'offre
en vif sur le territoire de l'UE, ce qui doit indéfectiblement se produire
bien que, pour le moment, cette réduction ne soit pas suffisamment significative.
L'effectif européen de truies en production a été réduit
de 5% (selon les chiffres produits par 8 états membres de l'UE entre
Novembre/Décembre 2007) , ce qui est un signal clair dans la bonne direction.
L'importance de la hausse espagnole a favorisé des "importations
chocs" de porcs français pour leur abattage en Catalogne (le différentiel
de prix actuel le permet) à partir de la semaine prochaine. C'est une
réaction prévisible des abattoirs qui ont dû absorber cette
augmentation sur leurs propres deniers sans avoir pu répercuter sur la
viande de hausse significative.
Les difficultés de l'abattoir pour sauver sa marge ont commencé
cette année avec une avance notable par rapport à ce qu'on a l'habitude
de voir chaque année. Si la tendance résolue de notre marché
persistait (des hausses consistantes à chaque séance), il ne serait
pas étonnant que les abattoirs prennent des mesures corporatives comme
cela est arrivé l'an passé.
Il est certain que l'éleveur a désespérément besoin
d'obtenir un prix qui lui permette de rentabiliser ses élevages; il n'en
est pas moins vrai que l'abattoir ne peut abattre sans discrimination s'il entre
en déficit.
Il est clair que le cours espagnol peut être ferme à partir de
maintenant (nécessité oblige) bien que sa consolidation sera indubitablement
liée à ce qui arrivera en Allemagne et en France.
Bruxelles (dans un geste de sagacité) a prorogé les aides au stockage
privé pendant 3 mois supplémentaires, avec le signe clair que
la récupération ne doit pas attendre à plus tard.
Il nous reste seulement à espèrer que la période nécessaire
pour que l'éleveur entre en marge positive ne s'éternise pas.
Mieux vaut la force de la raison que la raison de la force.
Guillem Burset |