Stabilité forcée dans l'UE
Pour la première fois dans l'histoire, le cours allemand s'est répété
pendant 11 semaines. Le MPB français indique un prix invariable (excepté
sur les millièmes d'euro)depuis le 8 Novembre jusqu'à ce jour.
Cette stabilité est interprétée dans les milieux professionnels
comme une dérive vers la "politisation" du prix de marché,
ce qui du point de vue strictement professionnel ne nous parait pas adéquat.
La production européenne traverse une crise qui, par sa profondeur et
son étendue dans le temps, nous semble très grave. Les matières
premières pour les aliments ont augmenté de façon débridée
et l'offre importante d'animaux empêche les cours du porc de monter en
parallèle.
Une fois passées les semaines critiques des fêtes de fin d'année,
les abattages espagnols continuent à un bon rythme mais cela n'a pas
suffi pour faire bouger d'un iota le cours à la hausse. La réalité
et les faits sont têtus: le marché ne se réactive pas (la
rentrée de Janvier est passée avec plus de peine que de gloire!)
sur aucune des places européennes, l'offre d'animaux à l'abattage
est arrivée aux plus hauts niveaux pour tous les pays significatifs de
l'UE et les stocks augmentent malgré la volonté vendeuse des opérateurs.
Il est très probable qu'en Espagne le cours augmente légèrement
en Février; cette hausse se fera aux dépens de la marge de l'abattoir
et elle ne peut pas être importante si le reste de l'Europe ne suit pas.
Il n'y a pas de doute sur une prochaine pénurie d'animaux qui entraînera
une hausse consistante de leur cours...le problème réside sur
le fait qu'à mesure que les semaines passent, le pronostic du moment
et de la façon dont cela se produira devient de plus en plus incertain.
L'OCDE prévoit les augmentations suivantes de la demande de viande de
porc sur la période 2007 – 2014: Union Européenne = 4%, USA =
7%, Chine = 14%, … ce qui indique une brillante perspective ! La FAO prévoit
une augmentation de la demande de viande de porc pour les pays non membres de
l'OCDE de 48% (!) entre 2006 et 2016. Espérons que ces chiffres se confirment
et aident à soutenir le prix à un niveau correct.
Les restitutions accordées par Bruxelles servent peu s'il n'y a pas d'intérêt
pour acheter (tant la Russie que le Japon opèrent avec l'UE à
des niveaux minimas) et, pour finir, il arrive que la viande offerte sur le
marché dépasse de loin la demande d'un mois de janvier avec un
encéphalogramme plat.
En l'attente de l'éclosion haussière que tout le monde prédit
(sans pouvoir préciser quand), le seul remède est de rester confiants.
En paraphrasant l'illustre D. Juan Negrín, il faudrait dire “Résister
c'est vaincre.”
On peut seulement imaginer et désirer que l'attente soit brève.
Dieu met la pression mais ne noie pas
Guillem Burset |