Une fois de plus mai a été fatal aux producteurs français.
Alors que tous les pays du Nord ont enregistré des hausses significatives, en
France le MPB a perdu 2 centimes.
Dès que les abattoirs ont suffisamment de marchandises, quelle que soit la conjoncture
des marchés européens, les prix restent sous pression.
Faudra-t-il que la France diminue sa production de 10 à 20 % pour éviter ce
phénomène, ou peut-on espérer que la nouvelle politique sur le travail redynamise
les outils d'abattage ? Ce qui est certain, c'est que le fonctionnement actuel
ne permettra pas de maintenir notre auto suffisance.
Mois
après mois, les trésoreries en élevage se dégradent en même temps que le moral
des éleveurs.
Ce n'est pas la modification de la grille de paiement applicable au 4 juin qui
va rassurer la production.
Si on mesure l'impact de ces modifications sur la plus-value totale, à partir
des statistiques d'Uniporc, il n'est pas significatif. L'élargissement du cœur
de gamme à 97 kilos représente 0.19 centimes et la moindre pénalisation des
TMP 55 à 52 améliore la plus value du même montant. La réduction de 1 centime
des porcs classés 64 et plus, entraîne une perte de 0.075. Au final, c'est donc
0.3 centimes de mieux pour la moyenne, mais ce n'est pas ce geste de compensation
qui comblera l'écart de nos prix de vente avec nos voisins européens.
En faisant le point après 21 semaines d'utilisation
de la nouvelle grille, l'écart de prix comparé au kilo vif payé à l'éleveur
dans l'éconoporc, par rapport à la moyenne pondérée des principaux pays européens
s'est dégradé de plus de 2 centimes ramenés au kilo de carcasse. De
– 4.8 centimes en 2006, cet écart est en valeur moyenne cumulée passé à –6.4
centimes depuis le 18-12-2006. Cela revient à dire que
le
marché n'a pas su compenser la différence de base de 3,3 centimes
surtout si l'on considère que la dégradation
de la plus-value n'a pas été prise en compte dans ce calcul comparatif
.
Ainsi, pour revenir sur les propos de monsieur Riou dans le dernier Porc Magazine,
je cite : "considérer qu'une baisse de plus value est une perte de revenu pour
les producteurs est une escroquerie intellectuelle", et que "seul un marché
croissant d'offre au MPB peut permettre de fixer le juste prix", ils méritent
pour le moins quelques commentaires. Certes des apports supplémentaires au MPB
permettraient de mieux identifier les besoins en limitant les pré attributions
incompatibles avec la fluidité du marché, mais son raisonnement qui consiste
à séparer la plus value de la valeur du marché est mise à mal par les chiffres
constatés.
Non, le changement de base du 18-12-06 n'a pas été intégré dans le prix du marché
"L'escroquerie" n'est pas qu'intellectuelle, et le
fait que personne parmi les représentants des éleveurs dans les structures n'ait
manifesté cet état de fait, montre à l'évidence qu'une profession aussi organisée
soit-elle ne peut fonctionner efficacement sans un solide contre-pouvoir. On
peut regretter que la FNP ne joue pas le rôle syndicaliste qui s'imposerait
dans de telles circonstances.
Monsieur Riou a tort de s'offusquer des réactions d'associations, comme Les
Eleveurs Associés ou Aproporc, qui ne font que dénoncer les dysfonctionnements
du système au-delà de leurs structures dès lors qu'elles ne portent pas leurs
revendications. Si ce type d'organisation a vu le jour, c'est en réaction à
un trop grand immobilisme des organisations en place. Ignorer ou mépriser les
réactions spontanées d'un nombre croissant d'éleveurs est anti démocratique,
surtout dans l'environnement politique actuel propice à une remise en question.
Personne ne peut nier aujourd'hui que l'organisation globale de la production
et de la transformation dans notre pays basée sur la coopération est inefficace
face à la grande distribution dont le fonctionnement est diamétralement opposé.
D'un côté, l'ultralibéralisme des GMS omniprésentes en France à la recherche
permanente d'une marge maximale, et de l'autre, 95 % de la production organisée
en coopératives qui fonctionnent toutes sur le même modèle. Celles-ci ayant
pour la plupart prolongées leur activité jusque dans la transformation. Ce fonctionnement,
à priori intéressant, souffre de 2 maux majeurs:
1)
L'uniformité dans le fonctionnement des groupements
de producteurs ne permet pas de mettre en évidence les carences structurelles
de ce type d'organisation. Peut être faudra-t-il accepter l'idée
que la plupart des éleveurs, administrateurs de coopératives, n'ont le plus
souvent ni le temps, ni la formation, ni les compétences pour imprimer à leur
direction une politique commerciale claire et efficace. Il serait sans doute
nécessaire de former et indemniser les plus compétents et disponibles d'entre
eux pour défendre en vrai manager les intérêts de tous les adhérents.
2)
La structure de transformation qui est censée valoriser
le produit de base n'est nullement engagée dans la plus value finale des adhérents
actionnaires des outils d'abattage ou de transformation. Ces outils
n'ont à justifier que leur propre rentabilité. Ainsi, puisque leurs contraintes
à l'achat sont quasi inexistantes, comment s'étonner de les voir rechercher
leur marge là où elle est la plus facile à obtenir. Il est dommage que les trois
quarts des abattoirs à capitaux coopératifs ne profitent pas de leur situation
dominante pour rapprocher le prix français des plus hauts européens, car les
autres acheteurs seraient obligés de suivre et, marge oblige, les distributeurs
en conséquence.
Cela ne relève pas de l'utopie mais de la
nécessité
de modifier les objectifs et les moyens du système coopératif français en production
porcine. Le profil des nouveaux responsables et le choix des motivations
y compris financières devraient être au cœur de tous les débats.
Hilaire Herbert
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NDLR: ce commentaire a été l'objet dune légère
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