Description de l'élevage et de la situation, appel de l'éleveur
Description de l'élevage et de la
situation :
Il s'agit d'un élevage
naisseur engraisseur de
100 truies qui conduit en un seul site.
L'exploitation est située dans une zone de faible densité porcine
en
Normandie.
L'élevage achète ses cochettes à l'extérieur, ses
doses d'insémination ainsi que l’aliment pour les animaux de tous
stades.
La conduite est en 7 bandes et sevrage à 28 jours.
L’eau est fournie par le réseau communal.
Statut sanitaire :
| SDRP |
Négatif |
| Aujeszky |
Négatif |
| App |
Négatif |
| Gale |
Positif |
| Mycoplasme |
Positif |
Prophylaxies effectuées :
| Vaccin |
E.
coli K88, K99, F41 (truies et cochettes)
Clostridium perfringens type C et A (truies et cochettes)
Parvovirose (truies et cochettes)
Rouget (truies et cochettes) |
| Antiparasitaire |
Injection d’Ivermectine
(5 ml par truie sous cutané cycle par cycle) |
L’élevage est assez récent et a été créé
comme complément de revenu à coté d’un atelier bovin
laitier pré existant dans le but de faciliter l’intégration
d’un jeune éleveur au GAEC.
Appel de l'éleveur
Depuis sa création, l’élevage n’a jamais eu les performances
de reproduction qu’on pourrait attendre de ce type d’atelier. Sur
les 18 derniers mois
le niveau de fertilité s’est
encore dégradé et oscille entre 40 et 80%.
Non satisfait de son suivi d’élevage, l’éleveur nous
fait appel afin d’avoir un regard neuf sur sa situation.
Analyse des documents préparant la visite de l'élevage
Avant de programmer la visite de l’atelier, nous demandons à l’éleveur
de nous fournir le détail de ses résultats techniques ainsi que
les examens complémentaires éventuellement réalisés
sur les 6 derniers mois
GTTT
Les éleveurs ne disposent pas d’une GTTT.
Après envoi des fiches bandes des 7 dernières bandes inséminées
et échographiées remplies par l’éleveur à notre
demande, nous avons pu noter :
-
Taux de fertilité des primipares et multipares médiocre,
pas d’effet rang.
-
Taux de fertilité des retours largement
en dessous (-20 à 30%) de celui des sevrées
-
Taux de petites portées (<9 NT) important
(> 20%) touchant
tous les rangs de façon
équivalente
-
Taux de mortinatalité (11%) et de
momifiés
(5%)
élevés
Analyses sérologiques
Un profil sérologique (IHA) parvovirose a été réalisé
sur 12 truies de différents rangs de portées il y a 6 mois avec
le résultat suivant :
| N°
sérum |
Rang
de portée de la truie |
Titre
IHA |
| 1 |
Cochette
(sortie quarantaine) |
2560 |
| 2 |
Cochette
(sortie quarantaine) |
5120 |
| 3 |
Cochette
(sortie quarantaine) |
2560 |
| 4 |
Primipare |
2560 |
| 5 |
Primipare |
10240 |
| 6 |
3 |
10240 |
| 7 |
4 |
5120 |
| 8 |
5 |
>20480 |
| 9 |
5 |
10240 |
| 10 |
6 |
5120 |
| 11 |
7 |
>20480 |
| 12 |
8 |
5120 |
Suite à cette analyse, suivant les conseils d’un confrère
considérant qu’on pouvait attribuer les problèmes observés
à la parvovirose, la
totalité du cheptel
a été revacciné avec un vaccin monovalent parvovirose,
deux fois à un mois d’intervalle il y a 5 mois.
Contrôle urinaire et analyse d’eau
Un dépistage a été réalisé 6 mois auparavant
par l’éleveur sur 3
0 truies dans le dernier
tiers de gestation et 5
0% des urines étaient
positives nitrites et/ou troubles.
Suite à ce contrôle à l’élevage, un traitement
à l’acide oxolinique à 400 ppm a été réalisé
sur l’ensemble du troupeau dans l’aliment pendant 3 semaines (fin
du traitement il y a deux mois).
L’eau est conforme tant en bactériologie
qu’en chimie.
Autres points
L’élevage a été complètement
« remis à la terre » dans l’hypothèse
ou tout ou partie des problèmes pouvaient être en relation avec des
problèmes électriques.
Des
hématocrites et des taux de
phosphore
sanguin n’ont rien révélé d’anormal selon le
confrère les ayant prescrits.
Visite de l’élevage
Quarantaine
Sur paille, réception de 4 à 6 cochettes toutes les 5 semaines.
Vaccination Parvovirose + rouget (vaccin associé) deux fois à 3
semaines d’intervalle, la 1ère vaccination étant réalisée
juste après l’arrivée.
Pas de contamination, pas de prophylaxie particulière d’adaptation.
4 changements de multiplicateurs depuis 18 mois.
Age à la réception de 5 mois.
Verraterie-Gestante
Etat d’embonpoint satisfaisant dans l’ensemble.
Peaux crasseuses et croûteuses, nombreuses rectites.
2 repas d’aliment et 3 repas d’eau à raison de 2,8 kg d’aliment
par jour en ration de base et 22 litres d’eau.
Le caillebotis est humide et
la salle est sous ventilée
(la visite a été réalisée en décembre), la
température est assez élevée (23°C).
Sur deux bandes observées, 25% des truies présentaient une
vaginite
et les éleveurs ont confirmé l’observation fréquente
d’
écoulements vulvaires purulents
sur truies pleines.
Maternité
Nous observons les truies en semaine mise-bas.
Elles sont toutes
constipées malgré
l’apport d’aliment formule gestante jusque 3 jours après mise
bas.
De l’eau est ajoutée manuellement dans les jours qui entourent la
mise bas (les pipettes sont insuffisamment utilisées).
Les mises bas sont longues et beaucoup de
truies (50%) sont fouillées malgré un protocole lourd et systématique
associant Monzal (2ml), Ocytocine (2ml) et calcium deux fois en cours de mise
bas.
Les animaux sont sujets aux
congestions mammaires.
Lors de la visite, toutes les truies ayant déjà mis bas depuis 24
à 72 h présentaient un écoulement vulvaire purulent.
Seule la sergotonine est injectée aux
truies systématiquement après mise bas.
|
|
Gale |
Ecoulement
vulvaire |
|
|
Croûtes
vulvaires |
Rectite |
Diagnostic, plan d’action et évolution du cas
Diagnostic clinique et conclusions faites aux éleveurs suite à la
visite
Le troupeau est en
mauvais état général
(parasitisme interne et externe).
Les
infections uro-génitales sont prépondérantes
et non maîtrisées. Elles sont cliniquement compatibles
avec les troubles observés.
Le problème ne semble pas venir d’une infection
générale (à notre sens, le profil sérologique
parvovirose présenté au départ ne peut pas être catégoriquement
relié aux troubles rencontrés et bien d’autres points sont
en considérer en priorité. De plus les symptômes et l’évolution
dans le temps ne sont pas compatibles avec des infections telles que SDRP ou leptospirose).
Plan d'action
Etat général du troupeau
Traiter tout le troupeau à l’
ivermectine
en tenant compte du poids estimé de chaque animal.
Le jour de l’injection d’ivermectine,
pulvérisation
des truies et de leur environnement direct avec un acaricide. Ce traitement
local est à renouveler 14 jours plus tard.
Vermifuger toutes les truies par voie orale
avec un anthelminthique et renouveler tous les 4 mois.
Prévention des vaginites
Revoir les consignes du bâtiment gestante (baisse de la température
de consigne) afin d’
augmenter le niveau de ventilation
pour assécher le caillebotis.
Racler deux fois par jour pendant toute la
gestation et toute la lactation.
Après raclage, pulvériser un
désinfectant
à l’arrosoir à l’arrière des truies en gestation
pendant 4 mois.
Désinfecter les places gestantes libérées après chaque
mouvement de truies en gestante.
Réaliser des
lavements vaginaux avec
un gel iodé à l’entrée en maternité et avec
un gel antiseptique non spermicide au sevrage et à l’arrêt
du Régumate sur les cochettes.
Contrôle des cystites et des endométrites
Suite a l’analyse, un nouveau contrôle urinaire a été
effectué par l’éleveur et 3 urines ont été envoyées
au laboratoire de diagnostic avec les résultats suivant :
| N°
urine |
1 |
2 |
3 |
| Germe isolé |
E.
coli |
Staph.
hyicus |
E.
coli |
| Dénombrement |
10
000 000 |
1
000 000 |
10
000 000 |
| Amoxicilline |
S |
S |
S |
| TMP-Sulfa |
R |
R |
R |
| Oxytétracycline |
R |
R |
R |
| Ceftiofur |
S |
S |
S |
| Acide oxolinique |
S |
S |
R |
| Fluméquine |
S |
S |
R |
| Enrofloxacine |
S |
S |
R |
| Marbofloxacine |
S |
S |
R |
Sur une rotation des 7 bandes, il a été décidé de
faire un traitement amoxicilline par voie orale depuis 5 jours avant à
2 jours après la mise bas et de traiter les truies fouillées ou
ayant déjà effectué un retour avec amoxicilline par voie
injectable.
Revenir à des niveaux plus rationnels d’eau à savoir
15-17
litres/truie/jour.
Management des mises bas
Arrêter les interventions systématiques
avec Monzal, ocytocine et calcium et surtout diminuer les doses d’ocytocine
utilisées à savoir maximum 1 ml par truie et deux fois par mise
bas.
Supprimer la
constipation en apportant des
sels de magnésium avant mise-bas.
Ces mesures doivent
limiter de façon
importante
le nombre de truies nécessitant une
fouille.
Enfin, la mise en place d’une injection de
prostaglandines
36-48h après mise bas doit permettre de renforcer l’immunité
locale et de faciliter la vidange de la matrice.
Incorporation des cochettes
La vaccination parvovirose est réalisée
trop précocement compte tenu de l’âge à la
livraison (la primo vaccination est à faire strictement après 6
mois d’âge).
Faire une
contamination avec des déjections de
truies de maternité, délivres et momifiés à partir
de 10 jours de présence puis le plus souvent possible jusqu’à
la mise à la reproduction. Même si le parvovirus ne semble pas directement
en cause, ces éléments sont des fondamentaux de l’élevage
et visent à
immuniser contre tous les entérovirus
à tropisme génital.
Fixer pour un long terme un multiplicateur correspondant
aux impératifs techniques et sanitaires de l'élevage.
Suivi reproduction
Continuer à remplir les fiches reproduction en
analysant les résultats de fertilité séparément des
cochettes, des truies du sevrage et des truies en retour.
Réformer les truies quel que soit le rang à
partir
de 2 retours.
Evolution du cas
Très rapidement les résultats se sont progressivement
améliorés le temps de réformer les truies historiquement
à problème, de sevrer des truies ayant reçu le protocole
préventif complet en maternité puis en gestante et de réaliser
une incorporation satisfaisante des cochettes.
Actuellement, 18 mois après la visite de l’élevage,
la fertilité est régulièrement au-dessus de 90 %
et jamais sous 80%.
Le taux de petites portées est descendu à 6% et celui de mortinatalité
à 7%.
Commentaires
Ce cas décrivant
un problème multifactoriel
de reproduction illustre plusieurs points qui méritent d’être
discuté :
- Le diagnostic parvovirose et les moyens
de lutte
A mon sens, le profil sérologique effectué ne permet pas de conclure
à une responsabilité du parvovirus dans les problèmes observés
(les cochettes arrivant semble-t-il parfaitement immunisées).
En tout état de cause, plutôt que revacciner d’urgence le troupeau,
il semblait important de souligner avant tout :
- que l’adaptation des cochettes était inexistante alors que c’est
la clé de la gestion de la circulation des entérovirus,
- de
revoir déjà
le
protocole vaccinal de base : primo vaccination trop précoce
- de
revoir l’état général
du troupeau ne permettant pas d’obtenir une efficacité
certaine de toutes les vaccinations effectuées (parasitisme en particulier)
- Le suivi du troupeau
L’éleveur voulant trop bien faire et essayant de sortir seul de ses
problèmes de mortinatalité en est arrivé à multiplier
les interventions : en schématisant,
trop d’ocytocine=tétanisation
du muscle utérin=arrêt de la mise bas=fouille=risque très
élevé de métrites.
En éliminant la constipation et en ayant
des truies
« en forme », la qualité des mises bas s’est
très vite améliorée.
De même, il a été récemment relaté des cas d’élevages
à cystites en liaison avec des quantités d’abreuvement trop
importantes et cet élevage a pu en être aussi l’illustration.
22 litres l’hiver sont forcément exagérés.
Dans cet élevage, tous les éléments, à l’exception
d’un excès d’embonpoint, étaient regroupés pour
« favoriser » au mieux le développement d’infections
uro-génitales.
- L’analyse des résultats techniques
Dans ce genre de cas, il semble important de mettre en place
un
suivi bande par bande permettant :
- de réaliser un 1er diagnostic en comparant les taux de fertilité
des cochettes, des sevrées et des retours et en calculant le taux de petites
portées (tous les ingrédients dans ce cas allaient dans le sens
d’une origine infectieuse locale).
- de suivre l’évolution des résultats des mesures mises en
place