Frank Aherne - Alberta Pig Co - Canada
04-Oct-2005 (il y a 20 ans 6 mois 9 jours)
L'objectif de l’élevage des reproductrices est de
produire
systématiquement un nombre défini de porcs sevrés de bonne
qualité à coût réduit. Les données
d'une étude récente indiquent que l'Espagne a des coûts
de production relativement faibles (figure 1) mais elle est moins compétitive
quant au nombre de porcs abattus par truie et par année (figure 2). La
France se situe dans la moyenne mais n’a pas la meilleure productivité.
| Figure 1 |
 |
Figure 2
|
 |
Parmi les facteurs pouvant contribuer à une mauvaise performance d'un élevage
de truies reproductrices, on peut rencontrer les suivants :
| |
• Utilisation
d'un stock de reproducteurs de moindre qualité (choix à partir
d'animaux en engraissement) ou nombreux (portées importantes de porcs
plus petits)
• Mauvaise conduite des primipares.
• Sevrage précoce (moins de 21 jours d'allaitement)
• Elevage de grande taille
• Manque de personnel d'élevage spécialisé, informé
et motivé
• Conditions d’ambiance : température importante, haut
degré d'humidité
• Niveau sanitaire
• Alimentation et gestion de la truie gestante et allaitante |
Notre tâche dans l'élevage de reproduction
se complique aussi par notre sélection d'animaux à croissance rapide
et avec du tissu maigre. Quand nous sélectionnons une croissance
rapide, nous sommes aussi en train de sélectionner une plus grande taille
à l'âge adulte. Par conséquent,
nos
truies sont plus grandes et plus lourdes aujourd'hui qu'il y a 10 ans.
Ces animaux plus grands auront de plus grands besoins d'entretien et sont plus
sujets aux problèmes d'aplombs.
La sélection des plus grandes tailles de portées a aussi supposé
des exigences plus grandes chez la truie en raison d'un plus grand nombre de porcs
à développer pendant la gestation et d'un plus grand besoin en lait
pendant la lactation. Dans beaucoup de génotypes,
l'appétit ne s'est pas adapté au rythme d'une meilleure productivité
de la truie et d'un plus grand besoin en éléments nutritionnels.
Le résultat est fréquemment une fatigue importante de la truie,
en particulier lors des premières mises-bas, et un plus petit nombre de
porcs sevrés par truie tout au long de sa vie.
Dans le tableau 1, on trouve quelques indicateurs de performance d'élevage
enregistrés au Canada. Beaucoup de ces données sont semblables à
celles décrites en Espagne. En outre, le coût de substitution de
truies primipares est 1,7 fois plus important pour un taux d'élimination
de 60% que pour un taux de 35%. Je garantis que ces différences sont similaires
en Espagne ou en France.
| Tableau
1: Effet du taux d'élimination sur le coût du porc sevré |
| |
Remplacement |
Coût |
Taux
d'élimination (%)
|
Coût
de la cochette ($Cdn) |
Coût
par porc sevré* |
35
45
60 |
152,950
197,050 262,500
|
5,46
7,04
9,38 |
*En se
basant sur un coût de la cochette de $350/cochette, dans un élevage
de 1250 truies sevrant 22.4 porcelets/truie/an.
1 $Cdn = 0,65€ |
Dans cet article je discuterai du programme d'alimentation des truies gestantes
et de son éventuelle influence sur la productivité des truies.
Alimentation de la truie gestante
Nous avons tendance à oublier que même les truies d’aujourd’hui,
si on leur en donnait l’occasion, mangeraient ce dont elles ont envie pendant
la gestation et prendraient beaucoup de poids, principalement en matière
grasse, et utiliseraient ensuite cette réserve corporelle accumulée
pour maintenir la production de lait durant la lactation.
Mais nous voulons que nos truies gagnent seulement une quantité de poids
bien définie pendant la gestation et qu'elles arrivent à la mise-bas
avec seulement 18-20 mm de gras dorsal. Durant la lactation nous aimerions que
nos truies ingèrent de grandes quantités d'aliment, produisent suffisamment
du lait et perdent seulement une petite quantité de poids et de gras dorsal.
Il est évident que
les objectifs de la truie et
les nôtres sont très différents. Par conséquent,
l'alimentation et la conduite de la truie actuelle doivent s'adapter en tenant
compte de ces différences si nous voulons optimiser la productivité
et la longévité de la truie.
Pendant la gestation, le niveau d'alimentation et les besoins nutritionnels de
la truie devront être déterminés en fonction :
| |
• du poids
de la truie au moment de la reproduction
• du niveau de gras dorsal au moment de la
saillie et de la quantité de poids et de gras dorsal que
la truie a besoin de constituer de façon à ce qu'elle ait
18-20 mm d'ELD au moment de la mise-bas. |
De toutes façons, notre objectif est de
ne pas
suralimenter ou sous-alimenter les truies.
Les truies ayant plus de 20 mm d'ELD (P2) à la
mise-bas ont été suralimentées. Ces truies auront
une consommation moindre d'aliment en lactation, ce qui peut se traduire par une
perte excessive de poids, entraînant ainsi ultérieurement une mauvaise
performance de reproduction.
D'autre part,
les truies avec moins de 12 mm d'ELD P2
à la mise-bas ont été sous-alimentées.
Il est probable que ces truies perdront un peu de gras durant la lactation et
arrivent au sevrage avec une ELD inférieure à 10 mm. Ces truies
pourraient avoir
de plus longs intervalles du sevrage
aux chaleurs, de plus mauvais taux de saillies fécondantes et de plus petites
portées à l'avenir. En outre, les truies avec moins de
12 mm d'ELD au moment de la reproduction retrouvent très difficilement
une bonne condition corporelle. Elles ont des niveaux d'activité beaucoup
plus élevés et passent davantage de temps debout. Des études
effectuées à l'Université de Kansas (USA) ont démontré
que
le temps passé debout des truies peut varier
entre 80 et 500 minutes par jour. Les dépenses énergétiques
des truies maintenues debout pendant 80 minutes seraient d'approximativement de
0.35 Mcal d'énergie métabolisable (EM) par jour (1.46 M joules)
alors que l'énergie dont a besoin une truie lorsqu'elle est debout pendant
500 minutes par jour serait de 2.15 Mcal EM /jour (9 M joules). Par conséquent,
pour une truie qui consomme 2 kg d'aliment par jour (6 Mcal EM), (25.1 M joules),
l'énergie consommée pour l'activité variera entre 6 et 36%
de la consommation énergétique.
Ces truies maigres (avec moins de 12 mm d'ELD) peuvent constituer 20% ou plus
du troupeau et auront besoin de plus de 3 kg d'aliment par jour pour obtenir les
18-20 mm de gras dorsal à la mise-bas.
Dans la
pratique, certaines d'entre elles ne récupéreront jamais leur bon
état corporel et devront être réformées.
Pour mettre en place un plan d'alimentation il peut être utile d’
estimer
la manière dont la truie gestante consomme l'aliment qu'elle
reçoit. Comme on peut le voir sur la figure 3, une consommation alimentaire
de plus de 1,5 kg d'aliment par jour a un effet minimal, sinon nul, sur le nombre
de porcs nés sur une portée ou sur le poids de naissance. Toutefois,
plus la truie consomme d’aliment, plus elle prend de poids. Ceci est dû
au fait que la portée en développement a une demande de nutriments
très faible et une priorité très importante pour les nutriments
disponibles. Dix nouveaux-nés d'1.5 kg chacun équivalent à
15 kg, dont 80% d'eau. Par conséquent,
les niveaux
d'alimentation pendant la gestation devraient être très faibles pour
qu'ils arrivent à avoir un effet sur la réduction de la taille de
la portée ou du poids à la naissance. De même,
avec les niveaux de protéines de la ration (figure 4), un niveau au-dessus
de 11% de protéine diététique a un faible effet sur la performance
de la truie.
| Figure 3 : Effet de la consommation durant la gestation
sur la productivité de la truie |
 |
| Figure 4 : Effet de
la consommation de protéines sur la productivité de la truie. |
 |
Dans un prochain article j'établirai un programme d'alimentation qui aidera
à réduire les variations de l'état corporel au moment de
la mise-bas.