Présentation de l'élevage et appel de l'éleveur
Présentation de l'élevage
Il s'agit d'un élevage post-sevreur – engraisseur situé dans une zone de faible
densité porcine.
Organisation générale et plan de l'élevage
Réception de 105 porcelets d’environ 7 kg toutes les 3 semaines
Origine unique : le naisseur est situé à 10
km
Alimentation :
fabrication à la ferme
Plan de l’élevage :
Prophylaxie médicale
Truies
et cochettes (chez le naisseur)
|
Parvovirose |
| Rouget |
| Rhinite
atrophique |
| Porcelets |
Mycoplasme: 1 injection
2 semaines après l'arrivée. |
Appel de l’éleveur
Des
amaigrissements apparaissent après la
transition 1
er- 2
ème âge et l’éleveur constate donc des
retards de croissance importants avec de la mortalité. En outre, il reproche au
naisseur de lui fournir des porcelets trop légers.
Suite à cet appel, une visite est organisée chez le post-sevreur-engraisseur et
chez le naisseur.
Visites des élevages
Visite de l’élevage post-sevreur - engraisseur
Signes cliniques observés

Apparition d’une
diarrhée
chronique vers 42 jours (transition). Cette diarrhée n’entraîne pas
de mortalité brutale mais est à l’origine d’une augmentation de l’
hétérogénéité
des porcelets bien visible en fin de post-sevrage.
Les retards de croissance sont importants : le GMQ 8-25 varie entre 350 et 450
g/jour sur les 5 dernières bandes.
Les amaigrissements se traduisent par de la
mortalité
(il s’agit surtout de porcelets euthanasiés). Le taux de pertes est variable en
fonction des lots (
5 à 15 %).
Les symptômes persistent en engraissement mais semblent être moins marqués.
Les prises de
température effectuées sur 10
porcelets de 40 jours sont
normales (< 40°C).
Enfin, l’éleveur nous faisant remarquer que
la consommation
d’aliment 2ème âge est faible, nous essayons alors de faire
une pâtée avec de l’eau (afin de stimuler la prise alimentaire) et constatons
que les animaux vont plus facilement manger mais qu’il reste de l’aliment dans
l’auge après 15 minutes.
Traitements réalisés avant la visite
Le 1
er âge du commerce est supplémenté en TMP-sulfa et colistine. Le
2
èmeâge fabriqué à la ferme est non supplémenté.
Les traitements à la lincomycine ou à la tylosine effectués dans l’eau de boisson
ont une efficacité limitée.
Hypothèses diagnostiques
1)
Origine infectieuse : on peut penser à
Lawsonia intracellularis
ou
Brachyspira.
2)
Origine alimentaire: présence de mycotoxines dans le blé (principal
composant de l’aliment 2
ème âge).
3)
Porcelets trop légers à l’arrivée pour être mis sur paille (6,9
à 7,4 kg sur les 5 dernières bandes). D’autre part, les longueurs d’auge sont
trop courtes (2 x 80 cm pour 50 porcelets).
Prélèvements réalisés
1) 2 porcelets diarrhéiques et amaigris de 15 et 20 kg sont euthanasiés et acheminés
au laboratoire d’analyse dans la soirée.
2) Réalisation d’un échantillon d’1 kg de blé afin d’effectuer une analyse D.O.N.
par ELISA.
Mesures mises en place dans l’attente des résultats
1) Diminuer l’hétérogénéité
Nous allons voir avec le naisseur la possibilité d’
augmenter
le poids des porcelets au sevrage.
Faire
une case de petits et une case de gros
à l’arrivée.
Mouiller l’aliment en début de PS : 3-4 jours
pour les gros et 1 semaine pour les petits.
2) Traitements
-
Supplémenter le 1er âge en tylosine
(200 ppm) et colistine (120 ppm)
- Faire un traitement à la tylosine pendant 7 jours
systématiquement
à la transition 1
er-2
ème âge.
-
Renforcer la teneur en orge du 2ème âge
(jusqu'à 30%).
-
Acidifier l'eau de boisson sur toute la
durée du PS avec des acides organiques.
3) Vaccination mycoplasme
Afin d'éviter de vacciner pendant l'épisode clinique (2 semaines après l'arrivée),
l'injection est avancée à 2-3 jours après l'arrivée.
4) Désinfection
Après vérification des doses de désinfectant utilisées, nous constatons que celles-ci
sont insuffisantes, elles sont donc
réajustées.
Les
couloirs seront également désinfectés
après tout mouvement d'animaux.
Enfin, mise en place de
pédiluves en post-sevrage
entre chaque bande de porcelets.
Visite de l'élevage naisseur
C'est un élevage de 110 truies en conduite 3 semaines.
Les résultats en maternité sont corrects (13 NV ; 10,8 sevrés). Il n'y a
pas
de problème particulier à la mise-bas, pas de diarrhée néonatale. En
revanche, on observe de la
coccidiose à partir
de 10 jours d'âge.
Les porcelets sont sevrés le mercredi et ont 25 jours d'âge en moyenne.
Nous recommandons juste à l'éleveur de
traiter les porcelets
au toltrazuril (20 mg/kg) le lundi après la naissance et de favoriser
la consommation d'aliment sous la mère à partir de 15 jours d'âge en faisant de
la pâtée (sur les portées de petits porcelets).
Résultats des analyses
 |
 |
Autopsie |
PCR |
Autopsies
| Aspect
général |
Amaigrissement marqué
Anémie
Présence de diarrhée – Abdomen distendu
|
| Cavité abdominale |
Ganglions inguinaux pâles mais de taille normale
Ganglions mésentériques hypertrophiés
Muqueuse intestinale (jéjunum-iléon) congestionnée. Contenu liquide
grisâtre dans le colon et le rectum. Absence de sang
Foie, rate : RAS
Reins : RAS
|
| Cavité thoracique |
Poumons : légère pneumonie sur 1 des porcelets (note de 4/28)
Cœur : RAS
|
A la suite de l ‘autopsie, nous décidons de réaliser une PCR
Lawsonia intracellularis
sur un pool de contenu cæcal des 2 porcelets ainsi qu’une histologie sur
la partie distale de l’iléon d’un des porcelets.
Résultats des analyses complémentaires :
PCR Lawsonia: négatif
Histologie :
Villosités intestinales atrophiées. Le chorion des villosités est diffusément
infiltré par des lymphocytes, plasmocytes et polynucléaires éosinophiles en grand
nombre.
Conclusion: lésions d'entérite atrophique peu spécifiques.
Recherche de D.O.N. dans l’aliment:
L’analyse a mis en évidence
un taux très élevé de
D.O.N. dans le blé : 5200 ppb (partie par billion : 1 ppb = 0,001
ppm)
Conclusion, mesures prises, évolution du cas
Conclusion
Le blé est incorporé à 70% dans l'aliment 2
ème âge, on peut donc penser
que
l'aliment fini contient au moins 3600 ppb de D.O.N..
L'interprétation proposée des résultats du dosage de D.O.N. pour la production
porcine est la suivante :
| < 150 ppb |
Faiblement
contaminé |
| 150 –400 ppb |
Moyennement
contaminé |
| 400 –1000
ppb |
Significativement
contaminé |
| > 1000 ppb |
Fortement
contaminé |
Il est donc fortement probable que le blé soit à l'origine du problème observé.
On ne peut pas toutefois exclure une
surinfection bactérienne
même si les résultats de laboratoire sont négatifs.
Mesures prises
1. Avec de tels taux de D.O.N., l'incorporation de capteurs de mycotoxines serait
une mesure insuffisante même à forte dose.
Il faut donc avoir recours à une dilution avec du blé
non fusarié. Nous proposons à l'éleveur une dilution de 2/3 de blé
sain, 1/3 de blé de l'élevage.
Cette mesure permet de réduire le taux de D.O.N. à environ 1200 ppb et de pouvoir
incorporer des capteurs.
Un capteur de mycotoxines à base d’argiles et de parois
cellulaires de levures est ajouté à l’aliment à forte dose (10 kg/tonne).
2. Les mesures mises en place en 1
ère intention sont conservées.
Evolution du cas
Disparition rapide des symptômes après distribution de
l'aliment 2ème âge traité et enrichi en orge.
Sur les bandes suivantes, les croissances étaient correctes (500 g/jour de GMQ
8-25) et le taux de pertes est passé à 1,5% en post-sevrage.
Les traitements antibiotiques ont été supprimés ainsi que l'acidification de l'eau
de boisson.
Commentaires
Un peu d'histoire
Les mycotoxines sont des affections connues depuis longtemps chez l'homme et certaines
comme l'ergostisme, pouvaient même avoir un caractère épidémique au Moyen-Age.
L'ergostisme, provoquait en effet, certaines années, des épidémies de gangrènes
sur les personnes qui en consommaient de fortes quantités (voir l'illustration
de Bruegel au musée du Louvre : Les Mendiants).
La D.O.N.
La déoxynivalenol (D.O.N.) ou vomitoxine fait partie de la famille des
trichothécènes.
Fusarium est l'espèce de champignon qui la
produit le plus souvent et la contamination est possible avant et après la récolte.
Mécanisme d'action et symptômes
La D.O.N. inhibe en partie la synthèse des protéines
et de l'ADN, entraînant une altération plus ou moins sévère de l'immunité.
D'autre part, la contamination de l'aliment est à l'origine d'une
baisse
de consommation (d'où les retards de croissance), voire d'un refus
total pour des concentrations très élevées (12 000 ppb). Les vomissements ne sont
presque jamais observés car ils surviennent à des concentrations très fortes (vers
20 000 ppb).
Effet de la concentration de D.O.N. sur la consommation alimentaire du porc
(Dr. Mello et al).
Détection des mycotoxines
Elle est
délicate car la contamination de l’aliment n’est
pas homogène. Il est donc préférable de constituer l’échantillon en
prélevant à différents endroits.
Le dosage de D.O.N. est un bon indicateur de la qualité d’une matière première
et peut donc être utilisé même lorsque l’on suspecte une contamination par une
autre mycotoxine (zéaralénone par exemple).
Le test ELISA permet une détection rapide et à faible
coût, la méthode de référence reste toutefois l’HPLC.
Gestion des céréales contaminées
Lorsque les concentrations en D.O.N. sont élevées (> 2000 ppb),
il
est impératif de diluer l'aliment avec une matière première saine.
Par la suite,
l'ajout de capteurs en quantité suffisante
peut être intéressant.
Il existe de nombreux capteurs minéraux comme les aluminosilicates, les zéolites
ou certaines argiles comme la sépiolite et la kaolinite, mais leur efficacité
est limitée sur des mycotoxines comme la D.O.N. ou la zéaralénone.
Les
parois cellulaires de levures et certaines enzymes ont également un pouvoir détoxifiant.