Description de l'élevage et appel de l'éleveur:

Il s'agit d'un
élevage naisseur de 400 truies
sur un site dans une zone de moyenne densité porcine dans l’Ouest
de la France.
Organisation de l'élevage
L'élevage produit ses cochettes et achète les doses de semence à
l’extérieur.
La conduite est en 4 bandes et le sevrage a lieu à 21 jours.
L’aliment est également acheté.
L’eau provient d’un puits artésien, elle n’est pas traitée.
L’exploitation est gérée par l’éleveur et trois
salariés à plein temps.
Il s’agit d’un
ancien élevage de sélection
et de multiplication d’une haute technicité et qui a conservé
un statut sanitaire élevé pour un élevage de production à
ce jour.
Statut sanitaire :
| SDRP |
négatif |
| Actinobacillus
pleuropneumoniae |
négatif |
| Maladie d'Aujeszky |
négatif |
| Mycoplasma hyopneumoniae |
positif |
| Gale sarcoptique |
positif |
Prophylaxies effectuées :
- Vaccinations parvovirose et rouget sur les truies et cochettes
- Vaccination mycoplasme 1 dose sur les issues
Appel de l'éleveur
L'éleveur nous appelle pour faire le point sur ces résultats techniques
en vue de les améliorer. C’est le
premier
contact avec ce client que nous ne connaissions pas.
Plusieurs points ne le satisfont pas dans la partie naissage:
- Déroulement laborieux des mises-bas avec mortinatalité
- Agalacties, taux de pertes élevé sur nés vifs
- Mortalités de truies (10%)
- Quelques avortements à tous stades
En revanche, il est tout à fait satisfait des performances du post-sevrage
et de l’engraissement
Visite de l'élevage et recueil des commémoratifs
Visite de l'élevage:
Cet élevage est parfaitement tenu comme précisé dans la description.
Bâtiment cochettes
- Arrivée des lots de cochettes au départ pour l’abattoir
de leur frères et sœurs non labellisées.
- Plusieurs cases sur paille avec niche (1 case par bande). Ce bâtiment
regroupe toutes les cochettes en attente de saillie jusqu’à la mise
bas.
- Alimentation à la soupe et synchronisation des chaleurs après
3 semaines passées dans le local.
- Rationnement à 3,2 kg par jour (formule gestante) jusqu’à
l’IA puis 3,1 kg jusqu’au départ pour les maternités.
- Vaccinations parvovirose et rouget.
Verraterie-Gestante
Salle unique sur caillebotis intégral.
Alimentation soupe diluée à 6l/kg.
L’aspect général des animaux est
très bon (absence de signe de gale avec un index de prurit<0,2,
pas d’abcès à l’encolure ni de rectites).
Le rationnement a été modifié le
jour de la visite :
| - J 0
à J 25 après l’IA : |
2,8 kg |
| - J 25 à J
70 : |
2,7 kg |
| - J 70 à J
114 : |
3,1 |
En fait les rations ont été diminuées de 200 à 300
g par stade.
L’éleveur trouve ces truies un peu grasses
ce qui pour nous semble un euphémisme.
Enfin, notons que nous observons quelques truies (environ 3-4%) présentant
un
écoulement vulvaire.
|
|
|
Truie
grasse |
Décharges
vulvaires |
Croûtes
vulvaires |
Maternité
La conduite semble conforme : réception des truies dans des salles parfaitement
propres, sèches, sans source évidente de stress.
La gestion des truies et de leur suite paraît tout
à fait satisfaisante.
Nous observons une bande en mise-bas. Plus de 30% des truies de tous rangs ont
des mises-bas de plus de 5 h30.
Il n’y a pas de constipation.
Les truies ont une
difficulté à consommer après mise-bas et on note
de nombreuses mamelles flasques. Les porcelets ne présentent pas de signe
de maladie, ils sont hétérogènes et maigres.
Environ 20% des truies font une hyperthermie après mise-bas sans écoulement
vulvaire apparent ni de congestion notable de la mamelle.
Post-sevrage et Engraissement
Aucun élément intéressant nécessaire à la compréhension
de ce qui se passe sur le naissage n’a été noté.
Absence complète de signe de pathologie ni d’erreur de management.
Autopsie
d’une truie morte le matin même
Examen extérieur : RAS
Cavité thoracique : RAS
Cavité abdominale :
- Appareil digestif normal, estomac semi-plein sans ulcère;
- Néphrite sur le rein gauche avec présence de pus dans le bassinet
-
Cystite hémorragique avec dépôt
purulent (cf photo ci-contre)
Analyse des résultats techniques
| |
6
derniers mois |
| Nombre de truies présentes
|
398 |
| Nombre de truies productives
|
397,6 |
| Sevrés/truie
productive/an |
25 |
| Nés totaux/portée |
14,13 |
| Mort-nés/portée
|
1,49 |
| Momifiés/portée
|
0,09 |
| Sevrés/portée
|
10,58 |
| Taux de pertes sur
nés vifs |
16,3 |
| Taux de mise-bas |
88,9 |
| ISSF |
13,8 |
| Age à la 1ère
MB |
352 |
La pyramide des âges est en outre normale.
Les résultats observés dans ce tableau confirme une partie des soucis
évoqués. L’ISSF plus long que l’objectif pour ce type
d’atelier est lié à la conduite en bande particulière
qui nécessite un temps improductif long dés qu’une truie fait
un retour. La fertilité est toutefois très satisfaisante.
Axes de recherche privilégiés
La visite de l’élevage de notre point de vue est suffisamment explicite
:
-
Les truies sont particulièrement
grasses (je n’en avais jamais vu de si grasses en 10 ans de pratique)
- Il est fort à parier qu’une des premières conséquences
pathologiques est un
taux d’infections urinaires
élevé.
A l’écoute de notre conclusion, l’éleveur est pour le
moins dubitatif et a du mal à croire à l’importance du phénomène.
En toute bonne foi et vue son expérience, il ne peut pas croire qu’il
a laissé filer les choses aussi vite.
Nous réalisons donc les analyses complémentaires suivantes:
Mesures d’épaisseur de lard dorsal
Pour la qualité pédagogique de l’outil mais aussi pour sonder
le niveau d’état du troupeau et le suivre à l’avenir,
nous réalisons des mesures d’épaisseur de lard dorsal :
| Type d’animaux |
Stade |
Objectif
du schéma |
Moyenne
élevage |
Mini |
Maxi |
| Cochettes |
Saillie |
15-16 |
14,5 |
8 |
22 |
| Cochettes |
MB |
18-19 |
20 |
16 |
27 |
| Truies |
Saillie |
15-17 |
21 |
15 |
26 |
| Truies |
MB |
19-21 |
27 |
20 |
37 |
| % de truies
>23 mm |
MB |
10
max |
88%
|
|
|
Analyses d'urine:
En ce qui concerne le dépistage urinaire, nous réalisons 58 prélèvements
(fin de miction, truies de différents rangs en dernier tiers de gestation).
20 prélèvements sont troubles et/ou nitrites soit
33%
d’urines qualifiées d’anormales (objectif max 15%).
5 urines sont envoyées au laboratoire pour cytobactériologie, bactériologie
et antibiogramme dont le résultat est :
| |
N°1 |
N°2 |
N°3 |
N°4 |
N°5 |
| Comptage bactérien |
>106/ml |
>106/ml |
>106/ml |
>106/ml |
>106/ml |
| Bactérie isolée |
E.
coli |
E.
coli |
E.
coli |
E.
coli |
E.
coli |
| TMP/sulfamides |
R |
R |
S |
R |
R |
| Amoxicilline |
R |
S |
S |
R |
R |
| Ceftiofur |
S |
S |
S |
S |
S |
| Ac. oxolinique |
I |
I |
S |
R |
R |
| Fluméquine |
S |
S |
S |
I |
R |
| Enrofloxacine |
S |
S |
S |
S |
R |
| Marbofloxacine |
S |
S |
S |
S |
S |
Analyse d'eau:
Une analyse bactériologique d’eau est effectuée révélant
une
pollution assez importante :
| Coliformes
totaux (germes/100 ml): |
47 |
| Coliformes fécaux
(germes/100 ml) : |
19 |
| Strepto fécaux
(germes/100 ml) : |
32 |
Conclusions des examens complémentaires, recommandations et évolution du cas
Conclusions et recommandations
Face à l’analyse de ces différents éléments,
nous concluons pour ce cas à
un syndrome
de la truie grasse avec ses conséquences directes et indirectes.
Nos recommandations portent sur les points suivants:
Concernant l'état d’engraissement
La surcharge du troupeau est extraordinaire et l’éleveur à
l’issue des mesures d’ELD est convaincu de l’ampleur du phénomène.
Tous les stades sont concernés. La relative hétérogénéité
observée en cochettes est logique compte-tenue du système d’alimentation
en groupe mais elle est vite gommée en cours de gestation.
Nous recommandons à l’éleveur de
baisser
encore de 100 g supplémentaires ses rations et de continuer
à réaliser des mesures bande par bande à l’entrée
en maternité.
En « urgence » et pour limiter
l’intensité des problèmes sur la bande suivant celle observée
en maternité:
- Un hépatoprotecteur distribué depuis 5 jours avant
à 2 après la mise bas afin de limiter la surcharge hépatique
- Calcium oral l’avant veille et la veille de la mise bas pour
faciliter la mobilisation calcique et pallier à une éventuelle
carence
- Déclenchement systématisé des mises bas avec un
protocole d’assistance approfondi (horloge de mise-bas, programme
vetrabutine-ocytocine systématique après le 1er porcelet…)
pour diminuer le risque de mortinatalité et assister les porcelets
pour la tétée colostrale
Concernant la pathologie urinaire
Sur la rotation des 4 bandes, nous préconisons un
dépistage
individuel avant chaque passage en maternité et un
traitement des truies « positives » avec de la marbofloxacine
injectable aux doses préconisées dans le dossier du produit.
De même, un
traitement général du
troupeau à base de chlorure d’ammonium pendant 1 mois
est mis en place.
Enfin, nous prévoyons de réaliser un nouveau dépistage général
à l’issue du traitement des 4 bandes.
Concernant la qualité bactériologique
de l’eau
Une
chloration de l’eau de boisson est
mise en place ainsi qu’un contrôle bi-mensuel du chlore libre résiduel
en bout de ligne.
Evolution
La bande ayant suivi directement celle observée lors de la visite a connu
encore beaucoup de complications. Une majorité de truies ont été
fouillées et l’assistance soutenue a toutefois permis de limiter
fortement les taux de pertes.
La bande suivante s’est déjà nettement mieux comportée,
les mesures effectuées annoncent un ELD moyen de 22,4 à la mise-bas
(de 19 à 27, 40% de note>23 mm) qui augure de la
bonne
voie engagée.
A l’heure actuelle, le troupeau a retrouvé ses performances
passées et la pathologie urinaire a disparu à l’issue du traitement
proposé.
Commentaires
Ce cas suscite plusieurs éléments de réflexion :
· De la dérive lente et inexorable
d’une situation « parfaite »
On peut toujours se poser la question de savoir
comment
un éleveur doté d’une haute technicité peut laisser
les choses dériver à tel point d’en arriver à une situation
pareille.
Pouvait-on imaginer qu’un troupeau puisse être aussi gras dans un
tel élevage ?
Dans un 1er temps, et tout un chacun a déjà pu le constater, il
est difficile pour un éleveur de faire la part des choses et de juger de
l’évolution de son troupeau (quelque soit le critère à
observer) en le voyant tous les jours.
Aussi, les
visites techniques ou vétérinaires
restent un outil indispensable du suivi d’un troupeau y compris
sans que l’éleveur ne rencontre de souci spécial dans la conduite
de son troupeau.
· L’intérêt de
« nouveaux » outils de diagnostic
Dans notre pratique quotidienne, avec les nombreux types génétiques
rencontrés, il est de plus en plus difficile de se faire une idée
précise de l’état d’engraissement d’un troupeau
et de son homogénéité.
Plusieurs de ces types génétiques ont des niveaux de consommation
très bas proches de 1000 kg par truie et par an en sevrage 28 jours.
Dans ces conditions, j’utilise couramment
les mesures
d’épaisseur de gras dorsal dans ma pratique quotidienne.
Cet outil est d’une
grande utilité diagnostique
voire pédagogique comme dans le cas présenté.
· La complication classique du syndrome
de la truie grasse
Dans le cas que nous avons relaté, il est intéressant de noter que
le symptôme associé le plus courant au syndrome de la truie grasse
était présent.
Dans cet élevage, il était très fréquent d’observer
les truies en « chien assis »,
posture qui contribue à augmenter la pollution vaginale et les contaminations
ascendantes. Par contre, cet élevage ne présentait pas de troubles
locomoteurs importants ce qui reste pourtant plus que fréquent dans ce
genre de situation.
· L'intérêt de la bonne
conduite d'élevage
Enfin, il faut souligner que la correction de cette erreur de management a été
relativement rapide. Ceci est lié au type de conduite en bande qui a l’avantage
de
permettre un grand écart de temps entre les
lots et donc la possibilité d’être suffisamment
réactif et de proposer des mesures correctives dés le lot suivant
un lot à problème.