Description de l'élevage et apparition du cas
Description de l'élevage
Il s’agit d’un élevage
naisseur-engraisseur
sur un seul site de 750 truies dans le centre du Mexique, situé
dans une zone de faible densité porcine.
L'élevage possède :
1 bâtiment de saillie,
1 bâtiment
de gestantes,
5 salles de maternité (4 de 32 places et 1 de 16 places dans lesquelles
on pratique le système tout plein-tout vide)
,
8 salles de sevrage avec une capacité de 350 porcs par semaine (tout
plein-tout vide),
7 salles d'engraissement avec une capacité de 700 animaux chacune
et une salle avec une capacité de 350 animaux (on y pratique le vide
total).
L'élevage reçoit le cheptel de renouvellement d'un fournisseur avec
un niveau sanitaire élevé. Le cheptel est vacciné contre
le SDRP, la parvovirose, la leptospirose, le rouget, le
Mycoplasme hyopneumoniae
(
M. hyo) deux fois pendant
la période
de quarantaine qui dure de 8 à 10 semaines.
Les doses de semence sont élaborées dans un
centre
d'insémination artificielle propre à l’élevage qui
est situé à 10 km. Tous les verrats sont indemnes de SDRP, M.hyo,
Aujeszky, peste porcine classique et influenza.
| Statut
sanitaire |
| SDRP |
positif
stable (paramètres de reproductions corrects et production de truies
négatives au sevrage) |
| M.hyopneumoniae |
positiF |
| Haemophilus
parasuis |
postf
(sans serotypage) |
| Actinobacillus
pleuroneumoniae |
négatif |
| Aujeszky |
négatif |
| Peste porcine classique |
négatif |
Influenza
|
négatif |
| Programme de prophylaxie
médicale et vaccinale |
Reproductrices
Vaccination 2 fois par an contre : Parvovirose – Leptospirose - Rouget,
SDRP, M.hyo, E. coli 3 et 5 semaines avant mise-bas et H. parasuis
4 semaines avant mise-bas. |
Sevrage
100 ppm de tiamuline + 600-800 ppm d'oxytétracycline de 5 a 15 kg.
de poids vif |
Historique récent
Après
deux années de sérieux problèmes
de SDRP (baisse significative de la reproduction, hausse de la mortalité
des animaux en maternité de 15 %, en sevrage de 10 % et en engraissement
de 8 %), il a été décidé de vacciner massivement tout
le cheptel avec un vaccin vivant modifié.
Après cette vaccination,
l'élevage s'est
stabilisé et les paramètres de production, tant en reproduction
qu’en engraissement, ont retrouvé les niveaux espérés.
Apparition du cas

Environ
3 mois après la stabilisation, une
mortalité
brutale est survenue en sevrage sur des animaux âgés de 7 à
10 semaines.
La première semaine les animaux sont morts de manière subite (5
% de mortalité, comparée aux 2 % que l'on avait déjà
il y a 10 semaines).Aucun des animaux ne présentait de lésions à
l'autopsie.
La semaine suivante, les mortalités subites ont continué mais on
commença à voir des animaux avec
méningite,
cyanose, respiration difficile et fièvre (40.5-41°C) et
la mortalité s'éleva à 10 % et
la morbidité commença à atteindre
20-25 % sur des animaux de 5 et 10 semaines d'âge. A l'autopsie
les animaux présentaient de la cyanose, une légère polysérosite,
un œdème cérébral grave.
Pendant ces deux premières semaines, on a recommandé de
revoir
les conditions d’ambiance et de conduite d’élevage (température,
gaz, courants d'air, propreté des salles, respect du tout plein/tout vide,
etc.).
On commença les
traitements injectables sur
les porcelets qui présentaient des signes cliniques et sur tous leurs compagnons
de la même case. Le choix du médicament a été contre
les «
suis » : pénicilline à la dose de 50.000
UI/kg et un anti-inflammatoire. Toutefois
le traitement
individuel était difficile à appliquer parce que beaucoup
d'animaux ne présentaient pas de signes cliniques avant de mourir.
Visite de l'élevage et premiers résultats d'analyses
Visite de l'élevage

À
la fin de la seconde semaine, on a visité entièrement l'élevage
et on n'a trouvé
aucune condition anormale pouvant
entraîner la mortalité.
Pour contrôler la mortalité on a recommandé de traiter l'eau
avec de
l'amoxicilline (20 mg/kg PV), en attendant
les résultats de laboratoire.
On a envoyé au laboratoire des porcelets morts et aussi des animaux non
traités qui commençaient à présenter la symptomatologie
clinique décrite.
On a en outre envoyé des échantillons de sérum de porcs de
3, 5, 7 et 10 semaines d'âge. les prélèvements ont porté
sur 10 animaux par âge par "pool" de 5 pour PCR SDRP, parce qu'on
a pensé que l’élevage était redevenu instable.
Résultats de laboratoire
Les résultats furent :
PCR SDRP: négatif dans tous les cas.
Bactériologie : positive à
Streptococcus suis sur les porcelets morts et négative
sur les vivants avec signes cliniques.
Mesures mises en oeuvre et diagnostic définitif
Mesures mises en oeuvre
Avec le diagnostic de laboratoire et les observations faites sur le terrain,
il a été décidé de
traiter
le cas comme s'il s'agissait de Streptococcus suis.
Le médicament recommandé a été l'
amoxicilline
dans l'aliment (20 mg/kg PV) depuis la réception au sevrage
(5 kg, 21-23 jours d'âge jusqu'aux 18 kg 6-7 semaines d'âge).
La mortalité s'est arrêtée
1 semaine après que l'on ait donné le traitement dans les nouveaux
lots qui entraient au sevrage, mais a continué dans les lots qui étaient
déjà touchés.
Résultats et diagnostic définitif
Deux semaines après, avec une nouvelle mortalité de 2 %, on a décidé
de retirer le médicament dans l'aliment et une semaine après,
la
mortalité a commencé à augmenter de nouveau mais
cette fois sur des
animaux âgés de 5 semaines.
À cette occasion, les lésions observées à l'autopsie
évoquaient clairement la présence d'
Haemophilus
parasuis (polysérosite marquée, pneumonie, pleurésie
et arthrite fibrineuse).
En suivant les recommandations d'un spécialiste en
H. parasuis,
on a à nouveau envoyé des porcs au laboratoire de diagnostic.
On a envoyé
des porcs qui présentaient seulement
de la fièvre. Le diagnostic a été
Haemophilus
parasuis sur 100 % des porcs envoyés.
Traitement et évolution du cas
Stratégies de traitement

Étant donné la difficulté que présente
Haemophilus
parasuis pour son isolement et sa culture, il a été décidé
de
vacciner les truies par bande avec un
vaccin commercial trois semaines avant la mise-bas.
Pendant le sevrage de leurs porcelets, on a maintenu le traitement dans l'eau
et on espérait une diminution de la mortalité dans la 6ème
semaine après la vaccination en bande. On n'a malheureusement pas vu
de résultats positifs par cette méthode, puisque
la morbidité et la mortalité ont continué.

Par conséquent
on a choisi d'isoler, de cultiver et de préparer un
inoculum
contenant la souche pathogène d'Haemophilus parasuis (isolements
à partir de lésions systémiques). Cet agent pathogène
devrait être appliqué aux porcs vers les 5-7 jours d'âge
en maternité.
Théoriquement cette stratégie devrait aboutir à ce que
tous les porcelets soient infectés en présence d’anticorps
maternels les empêchant de présenter des signes cliniques ; en
se mélangeant pendant le sevrage,
il ne devrait
pas y avoir de porcs négatifs et la mortalité devrait s'arrêter.
Evolution du cas
6 semaines après avoir utilisé cette méthode, le
premier
groupe a passé l'âge critique de mortalité, il
y a actuellement une mortalité de 1,7 %, mais nous devons attendre au
moins 4 à 5 semaines pour nous assurer que cette stratégie est
efficace.
Commentaires
Ce cas a lieu dans un élevage naisseur-engraisseur de 750 truies dans
le centre du Mexique. L’élevage a présenté de graves
problèmes de
SDRP pendant environ
deux ans. Il a été décidé d'appliquer une vaccination
massive avec un vaccin vivant modifié avec lequel
nous
sommes parvenus à stabiliser l'élevage.
Quelques trois mois plus tard,
une augmentation de
la mortalité au sevrage s'est produite ; au début,
des morts subites se sont déclarées puis des animaux avec méningite,
cyanose, respiration forcée et fièvre ont commencé à
apparaître. A l'autopsie les animaux présentaient de la cyanose,
une légère polysérosite, un œdème cérébral
grave. A ce moment, les diagnostics différentiels portaient sur :
Haemophilus
parasuis (
H. parasuis)
, Streptococcus suis (S.
suis),
Actinobacillus suis (
A. suis) et
Erysipelothrix rhusiopathiae
(
E. rhusiopathiae).
Les
résultats de laboratoire initiaux furent
positifs à Streptococcus suis, c'est pourquoi nous
avons appliqué un traitement à base d'amoxicilline. Deux semaines
plus tard, le niveau de mortalité étant redevenu stable, on a
retiré le médicament, et une nouvelle mortalité s'est produite
avec présence de lésions nettes d'infection par
H. parasuis.
Les analyses de laboratoire ont confirmé
l'infection
par Haemophilus parasuis.
Plus tard, lors d’une conversation avec un spécialiste d’
H. parasuis, il fut confirmé q’il s’agissait bien
là d’une situation banale.
Quand on envoie des porcelets morts ou en phases avancées
de la maladie, le diagnostic est positif à S. parasuis. Cependant,
en faisant attention de prendre des animaux en phase de début de maladie,
le diagnostic est positif à H. parasuis.
Les options de traitements étaient:
1. Continuer la médication dans l'eau ou dans l'aliment sur une période
indéfinie.
2. Vacciner les porcelets, mais compte tenu de la précocité de
la maladie, on n’avait pas le temps de faire deux vaccinations, en espérant
aussi que le vaccin commercial contenait le sérotype de l’élevage
(à ce moment, le sérotypage n’avait pas été
fait)
3. Vacciner les reproducteurs et espérer que les porcelets négatifs
seraient contaminés au sevrage avant que l'immunité passive diminue.
4. Essayer une exposition moyenne contrôlée entre 5 et 10 jours
d'âge avec un inoculum contenant la souche pathogène de
Haemophilus
parasuis.
La vaccination des reproducteurs avec un vaccin commercial n'a pas donné
de bons résultats. Finalement
l'application
d'un agent pathogène avec la souche autogène de H. parasuis
donne de bons résultats.
Conclusion
1. Devant un problème semblable à ceci,
il est important de penser aux deux possibilités : S. suis et
H parasuis.
2. Chaque jour on signale de
nouveaux cas de H.
parasuis après la stabilisation du troupeau contre le SDRP
3. Devant un problème qui montre la présence de
H. parasuis
ou de
S suis, il est important d’
envoyer
un nombre suffisant de porcelets bien choisis au laboratoire pour
obtenir un diagnostic différentiel.
4. L'idéal est d'obtenir le
sérotypage
de la souche pathogène de
H. parasuis. Normalement ces sérotypes
se trouvent dans les lésions systémiques.
5.
Après un problème d'instabilité
de SDRP, nous devons nous attendre à rencontrer des problèmes
bactériens qui, avant la stabilisation, n'étaient pas
prioritaires et nous devons établir un programme de diagnostic adéquat
pour résoudre les problèmes.