Description générale et appel de l'éleveur
Description générale de l'élevage
· Elevage breton de 110 truies en
plein air, naisseur-engraisseur
(tous les porcs sont engraissés sur place).
· Conduite en 3 bandes toutes les 7 semaines (35 à 36 truies par
bande) et sevrage à 28 jours
Plan de l'élevage
Les bâtiments
| |
Post-sevrage
|
Pré-engraissement
/ Engraissement |
| Pré-engraissement |
Engraissement |
| Type |
Récent,
sur paille |
Ancien, sur paille |
Ancien, sur paille |
| Nombre de cases |
3 |
6 |
14 |
| Nombre de porcelets/case |
120 |
60 |
50 |
| Age des animaux début/fin
|
28-70
j |
70-100
j |
100-200
j |
| Alimentation |
A
sec |
A
sec |
A
sec |
Profil sanitaire
Hygiène
- La
désinfection est correctement
réalisée entre les bandes.
- L'
eau de boisson est traitée aux
peroxydes (eau très ferrugineuse)
- L'élevage pratique l'
auto-renouvellement
des cochettes.
- Les
doses d'IA sont achetées.
Statut sanitaire
| Aujeszky |
Indemne |
| SDRP |
Positif, circulation
sur les truies et les porcelets mis en évidence par des analyses
sérologiques. |
| Actinobacillus
pleuropneumoniae |
Positif (B1S11) |
| Mycoplasma hyopneumoniae
|
Positif |
| Rhinite |
Positif |
| Streptococcus
suis |
Positif |
Prophylaxies effectuées
Plan de vaccination
| Truies cochettes |
Aujeszky, Parvovirose,
Rouget (rappels à l'échographie) |
| Porcelets |
Mycoplasme (2 injections
à 1 et 4 semaines d'âge) Autovaccin Actinobacillus pleuropneumoniae
B1S11(2 injections à 7 et 10 semaines d'âge) |
L'autovaccin a été mis en place
en juin 2003 avec une bonne efficacité (réduction importante des
pertes en engraissement et des saisies de coffres à l'abattoir).
Traitements antiparasitaires
| Truies |
Ivermectine
(injections réalisées à l'échographie) |
| Porcelets |
Oxybendazole à
42 ppm dans l'aliment 1er âge |
Antibio-prophylaxie
L'aliment 1er âge distribué en PS entre 28 et 42 jours d'âge
est supplémenté en
colistine et TMP-Sulfa
(prévention de la colibacillose et des streptococcies).
Les pertes sont relativement faibles en post-sevrage (environ 1%).
On observe parfois de la colibacillose après la transition alimentaire
1er - 2ème âge (non supplémenté).
En engraissement, le taux de pertes est en revanche plus élevé (6
à 7%).
Appel téléphonique
L'éleveur sollicite une visite en raison d'
apparition
de syndromes d'amaigrissements en post-sevrage vers 6-7 semaines d'âge.
Les animaux présentent presque tous de la
diarrhée.
La
mortalité a augmenté sur
la dernière bande (environ 5%) et un certain nombre de porcelets souffrent
de
retards de croissance.
Visite de l'élevage
La visite est réalisée le lendemain.
Bien que les symptômes semblent localisés en post-sevrage, nous réalisons
une visite de l'ensemble de l'élevage.
Reproduction
Il n'y a
pas de problème particulier concernant
la reproduction : bonnes venues en chaleurs, pas de baisse de fertilité
(85 à 90%).
Les truies ne présentent pas de symptôme particulier et ont un comportement
normal.
Naissage
Truies : les mises-bas se
passent bien (durée normale, absence de congestion, comportement
normal des truies).
Porcelets : portées bien homogènes,
absence de diarrhée. Les résultats sur la bande restent dans la
moyenne de l'élevage :
| NT (nés
totaux) |
13,5 |
| MN (mort-nés) |
0,8 |
| NV (né vivants) |
12,7 |
| Momifiés |
0,2 |
Le nombre de
sevrés sur la dernière
bande était de
10,5.
Post-sevrage / Pré-engraissement
Symptômes observés :
O
Bande en pré-engraissement (14-15 semaines d'âge)
Amaigrissements observés à partir
de 6-7 semaines d'âge. Les porcelets avaient également de la
diarrhée
n'entraînant pas de pertes brutales mais des retards de croissance.
Augmentation importante de la mortalité
: 4% de pertes en post-sevrage entre 6 et 10 semaines d'âge.
Amélioration depuis le transfert en pré-engraissement mais il subsiste
d'importants retards de croissance (hétérogénéité
marquée) et on observe toujours un peu de diarrhée.
O
Sur la bande en PS (7-8 semaines d'âge)
Début des symptômes il y a environ deux semaines.
Diarrhée grise sur environ 80%
des animaux.
Amaigrissements marqués sur 20
à 30% des porcelets.
Les porcelets amaigris sont apathiques et
paraissent fiévreux.
La mortalité est élevée (10
porcelets sur 350 en une semaine) et il s'agit uniquement de cas de dépérissement.
Absence de signe respiratoire.
Prises de température
La température a été prise sur des porcelets amaigris en
PS et en pré-engraissement.
| |
Température |
Moyenne |
| PS |
40,7 - 40,9 - 41
- 40,5 - 41,5 - 41,2 - 40,7 - 41 - 41,1 - 40,5 |
40,9 |
| Pré-engraissement |
39 - 39,8 - 38,5 -
39,2 - 40 - 39,2 - 39,4 - 38,9 - 39 - 38,5 |
39,1 |
Autopsie sur place
2 porcelets sont sacrifiés et autopsiés dans l'élevage. Les
deux animaux présentent les mêmes lésions.
| Aspect
général |
Amaigrissement
marqué
Diarrhée |
| Cavité
abdominale |
Ganglions mésentériques,
inguinaux et poplités pâles et hypertrophiés.
Congestion modérée
de la muqueuse intestinale, contenu liquide grisâtre du côlon
et du rectum.
Néphrite
interstitielle sur les deux reins.
Foie, rate : RAS. |
| Cavité
thoracique |
Poumons : RAS
Epanchement péricardique,
cœur flasque et de taille augmentée. Pas de lésion
macroscopique du muscle cardiaque ni des valvules. |
Des prélèvements de ganglions lymphatiques (médiastinaux,
inguinaux, poplités), reins, côlon et poumons sont réalisés
et placés dans le formol afin d'effectuer un examen histologique.
Vérification du traitement de l'eau
de boisson
Le dosage des peroxydes dans l'eau est effectué en post-sevrage au niveau
des abreuvoirs à l'aide de bandelettes. Nous constatons que
l'eau
est correctement traitée (30 ppm de peroxydes en bout de ligne).
Engraissement
Les animaux en engraissement (qui n'ont pas été affectés
en PS) sont relativement
homogènes.
On observe un peu de toux (sans autre signe) mais c'est un problème assez
fréquent car le bâtiment est ouvert des deux côtés,
ce qui entraîne des courants d'air.
Il n'y a
pas d'augmentation de la mortalité.
Diagnostic différentiel et mesures proposées
Diagnostic différentiel

Les signes
d'amaigrissements brutaux à 6-7 semaines d'âge sur deux bandes consécutives
ainsi que les lésions macroscopiques observées lors de l'autopsie
(hypertrophie des ganglions lymphatiques, néphrite, épanchement
cardiaque et cardiomégalie) évoquent un syndrome de
MAP
(Maladie d'Amaigrissement du Porcelet).
Nous ne pouvons pas toutefois exclure que les amaigrissements soient provoqués
directement par la
diarrhée.
Les porcelets ayant une hyperthermie marquée, l'origine de cette diarrhée
est probablement infectieuse :
Lawsonia, Brachyspira,
E. coli (peu probable en raison de caractère chronique
de la diarrhée).
Mesures proposées
1) Mesures médicales
A court terme
Traitement de la fièvre avec de l'aspirine
(3 g/100 kg/jour de matière active) sur 3 jours consécutifs
1 fois par semaine jusqu'au départ en pré-engraissement.
Traitement de la diarrhée avec de la lincomycine
(5 mg/kg) pendant 10 jours.
Dans un deuxième temps
Supplémentation de l'aliment 2ème âge en
paracétamol
(1000 ppm) et
lincomycine (44 ppm) à
mettre en place sur trois bandes consécutives.
Il est également proposé à l'éleveur de distribuer
de la
vitamine E naturelle par l'eau de boisson
pendant 10 jours avant la transition 1er-2ème âge. L'objectif étant
de stimuler l'immunité générale.
2) Désinfection
Double désinfection du PS à la sortie du lot avec un
désinfectant
virucide à 0,5% (utilisé à 1%) à base de monopersulfate
de potassium, de troclosène et d'acide sulfamique.
3) Prophylaxie
La vaccination Actinobacillose est repoussée à 10 et 13 semaines
d'âge.
En revanche le plan de vaccination mycoplasme n'est pas modifié, les symptômes
survenant 3 à 4 semaines après le rappel.
Résultats d'analyse et évolution du cas
Histologie
| Côlon |
Infiltration
inflammatoire marquée du chorion de la muqueuse. Abondantes bactéries
spiralées (sur 1 des 2 prélèvements) |
| Nœuds
lymphatiques |
Pour un seul prélèvement
: déplétion lymphoïde modérée histiocytaire
modérée avec présence de cellules géantes et
de rares inclusions basophiles intra-cytoplasmiques en grappe. |
| Reins |
Néphrite
interstitielle lymphoplasmocytaire multifocale marquée. |
| Poumons |
Absence de lésion
significative. |
Diagnostic
1)
Colite
chronique marquée (d'origine bactérienne avec spirochétose
au moins dans un cas).
2) Présence pour un animal de discrètes lésions compatibles
avec une
circovirose.
Bilan : l'histologie ne nous apporte pas beaucoup d'éléments concernant
l'étiologie de l'affection.
Evolution du cas
Bande atteinte (en PS) lors de la visite
Le traitement mis en place a permis une
réduction
marquée de la diarrhée et des cas d'hyperthermie. Néanmoins,
les porcelets amaigris n'ont pas récupéré entièrement
et les retards de croissance ont subsisté en pré-engraissement et
en engraissement.
Le taux de pertes sur cette bande en PS était de
4% environ.
Trois bandes suivantes
L'éleveur n'a pas observé de cas de dépérissement.
Toutefois, l'élevage est resté
sensible
au niveau digestif (diarrhées
grises sous le 1er âge et cas de colibacillose après la transition).
L'éleveur a également choisi de
changer
de génétique mâle (passage à de la semence
Piétrain) avant de retirer les traitements mis en place.
Retour à un aliment 2ème âge
non supplémenté
Il n'a pas été observé de problème
particulier lors du retrait du paracétamol et de la lincomycine
de l'aliment 2ème âge.
Nous avons décidé de mettre en place une
acidification
de l'eau de boisson sur toute la durée du PS (acides lactique,
formique et propionique) afin d'obtenir une amélioration au niveau digestif.
Cette mesure a été efficace sur la diarrhée chronique. En
revanche, on constate toujours sur certaines bandes des cas de colibacillose.
Commentaires
Apparition du cas
L'élevage a déjà connu des épisodes de type MAP il
y a plusieurs années. Il pourrait très bien s'agir d'une "relance"
peut-être en raison d'une baisse de l"immunité générale
du troupeau vis-à-vis du (ou des) agent(s) responsable(s) de ce syndrome.
La suspicion de MAP reste l'hypothèse principale
malgré les résultats quelque peu décevants de l'examen histologique.
Il est en effet peu probable qu'une affection digestive puisse expliquer à
elle seule la totalité des lésions observées (notamment la
cardiomégalie et la néphrite interstitielle).
Sur le diagnostic
L'observation et la description des symptômes sont
très importantes dans ce genre de cas car le traitement est
essentiellement symptomatique. La prise de température permet de bien localiser
l'affection (l'hyperthermie est souvent transitoire et correspond bien à
l'apparition des signes cliniques) et présente également l'avantage
d'avoir un effet pédagogique sur l'éleveur.
Il n'est malheureusement pas toujours facile de trouver un thermomètre
qui marche en post-sevrage ou en engraissement !
Le recours à l'
examen histologique
peut être intéressant (même si ce ne fut pas le cas ici) et
peut permettre d'orienter le diagnostic.
Enfin,
on peut regretter de ne pas avoir accès
en France à la PCR circovirus II quantitative qui semblerait
être un élément essentiel du diagnostic dans d'autres pays
comme en Espagne.
La PCR qualitative peut toutefois avoir un intérêt dans le but d'exclure
une suspicion de circovirose si elle est négative (mais ce n'est pas souvent
le cas en Bretagne).
Sur les mesures mises en place
Le traitement par des AINS semble être essentiel
car l'hyperthermie est en partie responsable des signes observés.
Le paracétamol est particulièrement indiqué car il permet
de traiter sur une période longue (supérieure à 10 jours)
sans risque de provoquer des ulcères. Cette molécule ne pouvant
être incorporée que dans l'aliment, elle ne permet malheureusement
pas de traiter les cas urgents et nous devons donc avoir recours à de l'Aspirine.
La vitamine E naturelle est très utilisée
dans certains pays comme au Danemark. Celle-ci a l'avantage par rapport à
la vitamine E synthétique, de pouvoir être concentrée dans
le plasma (les globules rouges possèdent un récepteur pour le d-alfa-tocophénol
naturel). La vitamine E a un rôle de protection des leucocytes et des macrophages
lors de la phagocytose et, en association avec le Sélénium, contribue
à l'amélioration des réponses immunitaires (humorale et cellulaire).
Sur le changement de génétique
L'éleveur a décidé de changer de génétique
mâle de son propre chef (non pas sur le conseil du vétérinaire).
Il est vrai que dans certains cas semblables, on a pu observer une amélioration
en modifiant la génétique mâle (passage au Piétrain),
il faut toutefois, dans le cas présent, rester prudent.
Les mesures prises ont permis de baisser la pression d'infection sur 3 bandes
consécutives, ce qui suffirait à expliquer que lorsque le traitement
a été retiré, les signes ne soient pas réapparus.
Il n'est toutefois pas exclu que de telles "relances" puissent encore
survenir même avec une génétique 50% Piétrain et
il
faut donc rester vigilant.