Joaquim Segalés. CreSA. Université Autonome de Barcelone (Espagne)
10-Déc-2004 (il y a 21 ans 3 mois 22 jours)
Le circovirus porcin type 2 (PCV2) est connu comme l'agent infectieux principal
de la MAP, la maladie d'amaigrissement du porcelet (en anglais, postweaning multisystemic
wasting syndrome, PMWS), maladie aussi appelée circovirose porcine (CP).
En tout état de cause, la CP est un
processus
multifactoriel où la participation de ce virus paraît
absolument nécessaire mais n'est pas suffisante dans la majorité
de cas.
Il existe encore beaucoup de questions non résolues sur la pathogénie
de cette maladie, mais d'autres aspects, comme le diagnostic, paraissent relativement
clairs actuellement. De fait, on considère internationalement que
le
diagnostic de la CP se base sur trois critères :
1) Existence d'un
tableau clinique
compatible avec la maladie (essentiellement retard dans la croissance, troubles
respiratoires et mortalité accrue).
2) Existence de
lésions microscopiques
caractérisées par une déplétion lymphocytaire et une
infiltration granulomateuse d'intensité modérée à
marquée dans les organes lymphoïdes.
3) Présence modérée
à importante du PCV2 dans les tissus lymphoïdes lésés.
Logiquement, et sur la base du troisième critère, on a développé
de multiples techniques pour la détection du PCV2. Parmi celles-ci, il
convient de souligner des techniques basées sur les tissus (immunofluorescence,
immunohistochimie, hybridation in situ, PCR standard et PCR quantitative) ou sur
le sérum ou les excrétions/sécrétions corporelles
(isolement viral, PCR standard et PCR quantitative).
Parmi toutes ces techniques,
la plus largement utilisée
dans différents laboratoires est probablement la PCR standard,
qui permet d'émettre un résultat positif (présence de génome
du PCV2) ou négatif (absence de ce dernier).
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Fig.
1: Moyennes du pourcentage de porcs de différents âges (w
= semaines de vie) positifs au PCV2 par PCR sur sérum. La barre
bleue représente la moyenne de 4 élevages avec CP et la
barre bordeaux de 5 élevages sans CP. Bien que dans les élevages
avec CP il y ait généralement un plus grand pourcentage
de porcs infectés par le PCV2 que dans ceux qui n'ont pas la maladie,
cela ne correspond en aucun cas avec le nombre d'animaux malades.
Graphique extrait de Sibila et coll (Am J Vet Res, 65:88-92, 2004). Les
valeurs sérologiques (données non montrées) indiquent
que 100% des animaux dans les deux types d'élevages se retrouvent
infectants tout au long de leur vie.
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Actuellement il existe de multiples études de comparaison des différentes
techniques de détection du PCV2 et leur corrélation avec la maladie
clinique et la présence de lésions dans des organes lymphoïdes.
La plupart de ces études indiquent de manière évidente, que
l'utilisation de la PCR standard pour le diagnostic
de la CP est très peu adaptée.
Cela est dû au fait que cette technique ne permet pas de faire la différence
entre CP et infection subclinique par le PCV2 (événement qui arrive
chez l'immense majorité des porcs à un certain moment de leur vie
productive, qu'ils soient sains ou malades pour d'autres causes sans rapport avec
le PCV2) (Fig. 1).
Pour cela, un résultat positif en PCR en l'absence d'autres analyses diagnostiques
sur un porc avec retard de croissance peut correspondre aussi bien à un
porc avec CP qu'à un porc dont le dépérissement est lié
à une autre cause et pour lequel l'infection par le PCV2 est concomitante.
Cette situation montre que
la PCR n'est pas une technique
fiable pour le diagnostic de la CP. Cependant, il convient de souligner
que la combinaison de la PCR standard avec d'autres techniques de laboratoire,
comme l'histopathologie notamment, peut garantir dans une plus grande mesure un
diagnostic plus probable de la CP.
Le peu d'utilité diagnostique de la PCR standard pour la CP est due au
fait que celle-ci est une maladie dans laquelle
la quantification
de PCV2 est cruciale. Par conséquent, des techniques qui permettent
de mesurer quantitativement ou semi quantitativement le virus, telles que l'immunohistochimie,
l'hybridation in situ (Fig. 2) ou la PCR quantitative (Fig. 3), sont celles qui
peuvent apporter la
sécurité de diagnostic
souhaitée. Peut-être le plus grand problème est que ces dernières
techniques ne sont pas largement distribuées dans les Laboratoires de Diagnostic
Vétérinaire; il est souhaitable que la mise en oeuvre de ces procédures
se fassent rapidement dans les prochaines années.
Finalement, et en réponse à la question posée dans le titre,
il faut dire que
la PCR est un bon outil pour détecter
une infection par PCV2 (et par conséquent intéressant
pour des études de dynamique d'infection à travers des profils PCR),
mais
un mauvais outil pour le diagnostic de la CP
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Fig.
3: Quantification du génome du PCV2 dans le sérum d'animaux
avec des lésions microscopiques légères, modérées
et importantes de CP. Les premières correspondraient avec des porcs
infectés subcliniquement avec PCV2. Les valeurs a, b et c correspondraient
à différents niveaux de signification statistique entre
les moyennes des différents groupes lésionnels. D'après
ces résultats on a proposé un seuil de 107 génomes
de PCV2/ml sérum pour discriminer des groupes d'animaux avec et
sans CP.
Dans les trois situations lésionnelles, la PCR standard de PCV2
produirait le même résultat (positif), puisqu'elle n'est
pas une technique discriminatoire.
Graphique extrait d'Olvera et col (J Virol Methods, 117:75-80, 2004).
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