Description générale de l'élevage et situation sanitaire
Description générale
Il s'agit d'un élevage breton de
160 truies,
naisseur-engraisseur (50% des porcelets sont engraissés à
façon).
Il pratique une
conduite en bande toutes les 3 semaines
avec sevrage à 28 jours.
Bâtiments
| Bâtiments
anciens |
Bâtiment
récent |
Gestantes : truies bloquées
Maternités : 2 salles sur caillebotis béton
PS : 2 salles sur caillebotis béton
Engraissement : 5 salles sur caillebotis béton
|
Nurserie : 1 salle (6 cases) sur caillebotis plastique |
Organisation:
L'élevage renouvelle par
achat de cochettes
auprès d'un multiplicateur positif SDRP.
Les doses d'insémination sont également achetées.
La
désinfection est correctement
réalisée entre les bandes. L'eau de boisson est
chlorée.
Situation sanitaire
Statut sanitaire
| Aujeszky
|
Indemne |
| SDRP |
Positif |
| Actinobacillus
pleuropneumoniae |
Positif
(B1S2), signes cliniques parfois observés en engraissement |
| Mycoplasma
hyopneumoniae |
Positif |
Prophylaxies effectuées
Plan de vaccination
| Truies
|
Aujeszky,
Parvovirose, Rouget, Rhinite atrophique, colibacillose (K88, K99, 987 P) |
| Cochettes |
Aujeszky,
Parvovirose, Rouget, Rhinite atrophique, colibacillose (K88, K99, 987P),
SDRP (2 injections chez le multiplicateur) |
| Porcelets |
Mycoplasme
(2 injections à 1 et 5 semaines d'âge).SDRP : 1 injection réalisée
à 7-8 semaines d'âge, Aujeszky |
La vaccination SDRP sur les porcelets est réalisée
plus tôt (à 4 semaines d'âge) depuis deux bandes.
En effet, des analyses sérologiques effectuées sur des porcelets
ont montré que la séroconversion apparaissait vers 7 semaines d'âge.
Traitements antiparasitaires
| Truies
|
FLUBENDAZOLE
à l'entrée en maternité.
Pulvérisations d'AMITRAZ 2 fois à 15 jours d'intervalle (2
à 3 fois/an) |
| Porcelets |
FLUBENDAZOLE
dans l'aliment 1er âge. |
Antibioprévention
L'aliment 1er âge, distribué en nurserie, est supplémenté
en colistine (prévention de la colibacillose) et en tiamuline (diarrhées
grises).
Appel téléphonique (J0)
L'éleveur sollicite une visite rapide en raison d'
apparition
brutale de troubles cliniques en maternité et en nurserie.
Maternité : un nombre important
de porcelets présentent des
polyarthrites
à partir de 3 semaines d'âge sur les deux dernières bandes
ainsi que de la
toux.
Nurserie : les porcelets transférés
en nurserie il y a une semaine, ont des
coups de flanc
(en plus de la boiterie). On observe également des amaigrissements
et une augmentation de la mortalité.
L'éleveur a réalisé un traitement au TMP-Sulfa dans l'eau
de boisson des porcelets de nurserie mais celui-ci n'a pas permis d'améliorer
la situation.
Visite de l'élevage et autopsies
Visite de l'élevage (J 1)
La visite est réalisée le lendemain de l'appel. Il n'y a pas eu
de mortalité dans la nuit mais
la situation
en nurserie semble empirer.
Les étapes de la visite ont été les suivantes :
Truies gestantes:
Il n'y a
pas de problème particulier
concernant la reproduction : bonnes venues en chaleurs, pas de baisse de fertilité
(environ 85%).
Les truies ne présentent pas de symptôme particulier (absence de
toux, hyperthermie)
Maternité:
Les mises-bas se passent bien (durée normale, absence de congestion,
comportement normal des truies). Il y a parfois de la diarrhée sur les
portées de cochettes mais il ne s'agit pas d'un problème nouveau.
Les symptômes apparaissent sur des
porcelets
âgés de 3 semaines : toux sur 15% des animaux et boiteries
chez 10% des animaux
La morbidité est assez élevée.
En revanche, il y a peu de mortalité en maternité.
Les boiteries sont liées à des
polyarthrites.
On n 'observe ni coup de flanc ni éternuement Il n'y a pas de lésions
cutanées visibles sur les porcelets et l'éleveur n'a rien changé
à sa conduite :
coupe des dents (pince) et des queues à la naissance,
castration à 8 jours d'âge.
L'hygiène des soins est correcte
La vérification des paramètres de ventilation
(boîtiers, ouverture des trappes) ne montre pas d'anomalie. En outre,
on ne ressent pas de courant d'air dans la salle de maternité.
Les porcelets atteints ont été traités par deux injections
d'amoxicilline LA à 48h d'intervalle mais qui semblent peu
efficaces.
Nurserie:
Une bande rentrée depuis 1 semaine (35 jours d'âge) est présente
en nurserie.
Signes cliniques observés :
| |
Prévalence
|
| Porcelets
abattus avec des coups de flanc (dyspnée) |
40
%
|
| Amaigrissements |
15-20
%
|
| Arthrites |
10-15
%
|
Le taux de mortalité est élevé
(5%)
De nombreux animaux ont des difficultés respiratoires
mais il y a peu de toux.
La prise de température sur 10 porcelets montre que ceux-ci sont fiévreux
(>40°C).
L'éleveur précise que les animaux ont été vaccinés
(SDRP) il y a une semaine et que leur état semble s'être aggravé
de manière importante depuis cette vaccination.
Autopsies
Deux porcelets malades sont euthanasiés et autopsiés dans l'élevage.
Aspect général :
amaigrissement marqué, dyspnée
Lésions
observées :
. Articulations : RAS
. Cavité abdominale : RAS.
. Cavité thoracique : péricardite fibrineuse, pleurésie
fibrineuse (pas d'œdème pulmonaire).
|
|
|
|
|
Epanchement
pleural
|
Péricardite
+ pleurésie
|
Poumons
avec dépôts de fibrine
|
|
|
Poumons
avec dépôts de fibrine
|
 |
Aucun prélèvement n'a pu être réalisé car
les porcelets ont été traités.
Hypothèses de diagnostic et mesures mises en place
Hypothèses de diagnostic différentiel
Les lésions observées sont plutôt en faveur d'une
infection bactérienne mais il est très possible qu'il
s'agisse d'une surinfection d'origine virale
Les infections bactériennes suspectées sont :
1 - Haemophilus parasuis
2 - Streptococcus suis.
Concernant l'origine virale, il peut s'agir d'une relance de SDRP (le statut
de l'élevage est positif) ou de grippe : H1N1, H1N2, H3N2
Examens de laboratoire demandés
Nous décidons de faire les prélèvements suivants :
* 2 porcelets vivants si possible non traités présentant des arthrites
et de la toux.
Autopsie + culture bactérienne sur
différents organes.
Tous les animaux présents ce jour étaient traités, c'est
donc l'éleveur qui apportera lui-même les porcelets au laboratoire.
* Prises de sang sur 15 truies afin de réaliser des analyses
sérologiques (SDRP). Ainsi nous pourrons connaître le
statut exact de l'élevage (stable/instable).
|
|
|
|
|
Bactériologie
|
Ensemencement
|
ELISA
|
Mesures proposées.
Nous retenons en premier lieu une surinfection par
Haemophilus parasuis (en raison de l'aspect des lésions).
Les mesures suivantes sont mises en place:
1) Traitement de tous les porcelets à
3 semaines d'âge au Ceftiofur (6 mg / kg) par voie intra
musculaire
2) Arrêt de la vaccination SDRP
pour le moment car les animaux sont malades à 4-5 semaines et le choc
vaccinal peut engendrer une aggravation des symptômes et/ou l'injection
de masse augmenter la pression de contamination . La vaccination mycoplasme
est retardée d'une semaine
3) En nurserie :
- Aspirine (3 g / 100 kg/jour) pendant 3 jours
- Amoxicilline (20 mg / kg / jour) pendant 5 jours
4) Mesures de biosécurité
Mise en place d'un pédiluve en
maternité et en nurserie.
L'entrée est interdite au chien.
Double désinfection de la nurserie
et de la maternité avant l'arrivée d'une nouvelle bande :
Désinfection classique par pulvérisation avec un désinfectant
à la dose d'homologation suivie d'une 2ème désinfection
par thermonébulisation avec un désinfectant contenant des ammoniums
quaternaires et du glutaraldéhyde)
Résultats de laboratoire et évolution du cas
Résultats des examens de laboratoire
1. Autopsies des deux porcelets
| |
1er
porcelet (3 semaines) non traité |
2ème
porcelet (6 semaines) traité |
| Cavité
abdominale |
RAS
|
Rate
hypertrophiée |
| Cavité
thoracique |
Poumons
: hépatisation rouge diffuse
Cœur : normal |
Poumons
: pleurésie fibrineuse, hépatisation grise (14/28)
Cœur : péricardite fibrineuse |
| Articulations |
RAS |
Polyarthrite
fibrino-purulente |
| Bactériologie |
Haemophilus
parasuis à partir des poumons (lésions) |
Mycoplasma
hyorhinis à partir de l'articulation |
Remarque :
Le choix des porcelets apportés par l'éleveur au laboratoire est
peu judicieux.
Le 1er porcelet ne présente pas de lésion articulaire, le 2ème
porcelet était traité (il est quasiment impossible d'isoler Haemophilus
parasuis dans ces conditions).
2. Analyses sérologiques SDRP
|
Truies
|
Rang
de portée SDRP (IDEXX)
seuil de positivité : 0,4
|
|
0
|
2,54
|
|
0
|
2,60
|
|
1
|
3,43
|
|
2
|
4,41
|
|
3
|
2,67
|
|
3
|
4,32
|
|
3
|
1,75
|
|
3
|
4,80
|
|
4
|
3,77
|
|
4
|
2,71
|
|
6
|
5,48
|
|
7
|
3,53
|
|
7
|
0,22
|
|
8
|
5,70
|
|
8
|
0,83
|
L'élevage est donc instable et les
taux d'anticorps sont très élevés
sur la quasi-totalité des truies (avec toutefois une truie de rang 7
négative).
On peut donc estimer qu'il y a eu une relance récente
de SDRP sur l'élevage (les symptômes classiques observés
sur les reproducteurs n'ont cependant pas été constatés
dans le cas présent).
Bilan diagnostique
Il est fortement probable que la cause du problème soit une relance
de SDRP sur les truies (bien que celles-ci n'aient pas présenté
de symptômes). Les porcelets issus de truies infectées ont été
contaminés "in utero" ou
dès la naissance et ont exprimé des symptômes au sevrage.
Les signes cliniques résultent d'une surinfection
(Haemophilus parasuis et/ou Mycoplasma. hyorhinis).
Evolution du cas
Sur la bande atteinte (en nurserie
lors de la visite) : les porcelets n'ont pas vraiment réussi à
récupérer et les résultats sont très mauvais (GMQ
8-25 : 250 g/j ; mortalité : 25%)
Sur les deux bandes suivantes :
quelques porcelets ont été malades (arthrites) mais globalement
il y a eu très peu de pertes (1%) et les croissances étaient normales
(450 g/j).
Aujourd'hui, plusieurs questions
se posent :
ð Faut-il arrêter le " traitement "
au Ceftiofur à 3 semaines d'âge ?
ð L'isolement d'Haemophilus parasuis à partir d'une lésion
pulmonaire a t-il une signification ? Envisageriez-vous de l'incorporer dans
un autovaccin (truies) ?
ð Faut-il reprendre la vaccination SDRP
?
ð Faut-il revoir l'origine des cochettes
(+ en SDRP) ?
Commentaires
Ce cas clinique décrit une relance de SDRP avec
des signes cliniques résultant d'une surinfection
par Haemophilus parasuis .
Apparition du cas
Les signes cliniques apparaissent sur les porcelets au sevrage alors que l'ensemble
du cheptel truie est dans un état instable vis-à-vis du SDRP (taux
d'anticorps très élevés).
Il peut sembler étrange que les truies n'aient pas présenté
de symptômes mais ceci est peut-être lié à la
faible pathogénicité de la souche virale sur les reproducteurs.
Il n'y a d'ailleurs jamais eu d'épisode clinique grave de SDRP sur les
reproducteurs dans cet élevage.
Une forte proportion des porcelets nés de ces truies ont donc été
contaminés "in utéro" ou peu
après la naissance. D'autre part, ils sont mal protégés
car les truies sont récemment infectées.
Enfin, ces porcelets ont probablement développé des infections
secondaires à Haemophilus parasuis (ou Mycoplasma hyorhinis)
autour du sevrage.
Quelle importance accorder à ces germes secondaires
? Haemophilus parasuis a été isolé à partir
d'une lésion pulmonaire et non pas
d'une articulation ou d'un épanchement péricardique.
L'animal où a été isolé Mycoplasma hyorhinis
avait été traité, ce qui réduit terriblement les
chances de retrouver Haemophilus parasuis.
Traitements et prévention
Dans un 1er temps, il faudra arrêter le Ceftiofur
dans 2 à 3 bandes tout en surveillant bien les porcelets après
3 semaines d'âge (apparition d'arthrites, toux).
Dans un 2ème temps :
1) Si les symptômes ne reviennent pas, il sera nécessaire de suivre
l'évolution des taux d'anticorps sur les truies par un contrôle
sérologique (dans 6 mois). La vaccination SDRP avec un vaccin inactivé
pourra être envisagée si les taux d'anticorps sont hétérogènes
(risque de relance). D'autre part, nous pourrons reprendre
la vaccination SDRP des porcelets après avoir refait un profil
(5 prises de sang à 7, 10, 13 et 20 semaines d'age).
Cette vaccination ayant en effet été suspendue car les animaux
étaient malades mais elle conserve tout son intérêt lorsque
l'épisode clinique sera passé.
2) Les symptômes sont toujours présents : on devra refaire des
prélèvements de porcelets vivants non traités
(avec arthrite et toux) afin d'isoler un germe vraiment significatif.
Concernant le SDRP, il n'est pas nécessaire de vacciner pour le moment
puisque toutes les truies sont très positives.
Par la suite, il faudra réfléchir sur le rôle de l'introduction
de cochettes positives dans la relance du SDRP.
Je suis personnellement favorable à l'achat
de cochettes négatives à condition de les adapter convenablement
aux conditions de l'élevage avant leur introduction, à savoir
:
Vaccination dès leur arrivée et rappel à la 1ère
gestation,
Quarantaine longue (12 semaines),
Contamination en quarantaine.