La production porcine aux États-Unis (II) : Produire plus avec moins – stratégies en matière de production intensive

Roberta LeiteJackson Zenatti
26-Oct-2026 (aujourd'hui)

Dans l'article précédent, nous avons montré comment le groupe Tosh allie productivité et vision stratégique pour se démarquer dans le secteur de l'élevage porcin aux États-Unis. Nous nous rendons désormais dans l'élevage pour présenter les technologies mises en œuvre et expliquer comment cette efficacité se traduit concrètement.

L'élevage visité sèvre 34 porcelets par truie et par an, un chiffre supérieur à la moyenne de l'entreprise (32,5), et ce malgré un effectif réduit et une surveillance nocturne moindre. Avec un taux de mortalité de 10 % en maternité et 15,3 porcelets nés vivants par mise bas, cet exemple démontre qu'il est possible de maintenir des performances élevées avec des équipes plus réduites : un objectif également courant en Amérique latine.

Installations et ambiance

En raison des conditions climatiques extrêmes aux États-Unis, tous les élevages sont climatisés. En hiver, le défi consiste à maintenir la température idéale, grâce à un chauffage assuré par des turbines à gaz intégrées au système de ventilation. En été, on utilise la ventilation, la brumisation et le refroidissement par évaporation.

Dans les maternités, le système diffère de la norme latino-américaine : des entrées d’air (inlets) au plafond et des extracteurs latéraux favorisent le renouvellement et le refroidissement de l’air grâce à un plafond isolé, efficace en hiver, mais présentant des limites lors des journées les plus chaudes.

Gestion de la naissance au sevrage

La castration chirurgicale est pratiquée au bout de cinq jours. En cas de cryptorchidie unilatérale, on évite de couper la queue afin de faciliter l’identification de ces animaux au moment du sevrage. Si le testicule n’est pas descendu, l’abattoir peut refuser l’animal ou appliquer des pénalités.

Le sevrage a lieu à 21 jours, une pratique courante aux États-Unis visant à accélérer la rotation des salles et à optimiser la production, contrairement au Brésil (24 jours en moyenne) et à l’Europe (28 jours minimum, conformément à la législation).

Le nettoyage des salles est assuré par un employé dédié et suit le calendrier des sevrages. Les truies gestantes arrivent environ quatre jours avant la mise bas.

Nutrition et gestion de l'alimentation

En raison de la pénurie de main-d'œuvre, la gestion de l'alimentation est fortement simplifiée et automatisée : un opérateur s'occupe de 300 reproductrices, ce qui exige une efficacité maximale. Les aliments sont livrés en vrac par camion, stockés dans des silos, puis distribués à l'aide d'une ligne hélicoïdale et d'un système de chaines à disques (chain disc).

Points spécifiques :

Programme sanitaire

Aux États-Unis, le SDRP est endémique et constitue l’un des principaux problèmes sanitaires. Les épidémies peuvent entraîner une baisse de 4 à 6 porcelets sevrés par truie et par an, ce qui affecte considérablement la productivité. C’est pourquoi d’importants investissements sont consacrés à la vaccination et au contrôle sanitaire, et le taux de renouvellement peut atteindre 60 % en raison de la forte pression pathogène.

Les cinq principales maladies auxquelles ils sont actuellement confrontés sont le SDRP, la DEP (diarrhée épidémique porcine), la circovirose porcine (PCV2), la grippe et le sénécavirus. Aucune d’entre elles n’était signalée aux États-Unis dans les années 80. L’augmentation de la taille des élevages et de la densité animale a compliqué la gestion sanitaire et accru les risques de propagation, ce qui exige des protocoles de plus en plus rigoureux.

En cas d’infection par Actinobacillus pleuropneumoniae (APP), le protocole de vaccination est entièrement adapté. S’agissant d’une bactérie imprévisible et très agressive, sa présence est l’un des critères permettant de décider de l’abattage du cheptel, en particulier lorsqu’elle est associée à d’autres maladies telles que le SDRP ou la DEP.

La vaccination contre la salmonellose est également effectuée à titre préventif.

Biosécurité

L'élevage visité est isolé, clôturé et dispose d'une zone de biosécurité clairement délimitée. Pour les visites, il est exigé une période de 48 heures sans contact avec d'autres élevages, une inscription préalable et une autorisation par mot de passe d'accès, une mesure qui renforce le contrôle des entrées dans l'unité (Figure 1 - à gauche). En descendant du véhicule, les visiteurs enfilent des couvre-chaussures jetables jusqu’à l’entrée de l'élevage. À cet endroit, ils doivent retirer leurs chaussures et pénétrer dans la zone propre en ne portant que des chaussettes (Figure 1 – à droite).

<p>Figure 1. Portes d&#39;acc&egrave;s &agrave; l&#39;&eacute;levage dot&eacute;es d&#39;un syst&egrave;me d&#39;entr&eacute;e strictement contr&ocirc;l&eacute; par mot de passe (&agrave; gauche). Couvre-chaussures jetables pour acc&eacute;der &agrave; l&#39;&eacute;levage (&agrave; droite).</p>

Tous les employés laissent leurs chaussures dans la zone sale avant d'accéder à l'élevage (Figure 2 - à gauche). Les toilettes sont individuelles, extrêmement propres et bien entretenues (Figure 2 - à droite), à raison d'une toilette pour quatre employés du même sexe (Figure 3 - à gauche).

Chaque employé dispose d’un uniforme et d’une serviette identifiés individuellement (Figure 3 – à droite). Les bottes sont réservées à un usage interne et ne sortent pas de l'élevage. Pour accéder à des zones telles que le bureau, tout le monde circule uniquement en chaussettes, ce qui témoigne de la rigueur sanitaire de l’exploitation.

<p>Figure 2. Les chaussures du personnel sont laiss&eacute;es dans la zone sale (&agrave; gauche). Toilettes individuelles (&agrave; droite).</p>

La biosécurité est un pilier essentiel de la santé animale et de l'efficacité de la production. La rigueur des protocoles mis en place par l'élevage renforce l'engagement en faveur de la prévention des maladies, du maintien de la productivité et de la qualité sanitaire de la production.

Conclusion

La visite de l'élévage du Groupe Tosh a permis de découvrir un système de production hautement professionnel alliant technologie, rigueur en matière de biosécurité et utilisation efficace de la main-d'œuvre. Même face à des enjeux sanitaires complexes, l'élévage maintient des taux de production élevés et s'impose comme un modèle pour la production porcine moderne, en particulier pour les pays d'Amérique latine qui cherchent à faire évoluer leurs systèmes en mettant l'accent sur la durabilité, le bien-être animal et la rentabilité.