Les programmes de cessation d’activité et les nouvelles exigences reconfigurent la filière porcine européenne

Amàlia Cordero
07-Sep-2026 (il y a 1 mois 13 jours)

Ces dernières années, plusieurs grandes régions porcines européennes connaissent une profonde transformation structurelle. Les causes, les leviers utilisés et le rythme de cette évolution varient toutefois considérablement d'un pays à l'autre. Les Pays-Bas et la Flandre ont mis en place des programmes publics de cessation volontaire d'activité, tandis qu'en Allemagne, la restructuration du secteur est notamment portée par de nouvelles exigences réglementaires. Le Danemark commence, de son côté, à repenser son modèle de production sur le plan politique, alors que la Suisse a privilégié des mécanismes d'autorégulation de la filière. Tour d'horizon des principales caractéristiques de ces différentes stratégies.

Pays-Bas

Les Pays-Bas constituent sans doute l'exemple le plus avancé d'intervention publique dans la restructuration de l'élevage européen. Depuis le début des années 2000, le pays mène des politiques visant à réduire les émissions d'ammoniac et d'azote liées à l'élevage intensif, notamment dans les régions à forte densité animale et à proximité des espaces naturels protégés.

Un premier tournant intervient en 2013, avec l'entrée en vigueur de la réglementation sur les bâtiments d'élevage à faibles émissions (Besluit emissiearme huisvesting), qui impose aux élevages intensifs d'investir dans des équipements destinés à réduire les émissions d'ammoniac. Pour les éleveurs proches de la retraite ou ne souhaitant pas engager les investissements nécessaires à la mise aux normes de leurs installations, le gouvernement met alors en place des mesures transitoires leur permettant de poursuivre leur activité pendant une période limitée avant de la cesser définitivement.

Le processus s'accélère après la crise de l'azote, déclenchée par une décision du Conseil d'État néerlandais en mai 2019, qui contraint le gouvernement à obtenir des réductions réelles et immédiates des émissions d'azote, notamment de l'ammoniac issu de l'élevage. C'est dans ce contexte que des dispositifs comme le SRV (Subsidieregeling sanering varkenshouderijen), premier grand programme de cessation volontaire spécifiquement consacré au secteur porcin, prennent de l'ampleur. Le dispositif suscite un intérêt bien supérieur aux prévisions initiales. Sur 502 demandes déposées, 407 sont finalement approuvées, conduisant le gouvernement à porter le budget de 180 millions d'euros initialement prévus à environ 455 millions. Les élevages bénéficiaires doivent cesser totalement leur activité, retirer les animaux et évacuer les effluents d'élevage dans un délai maximal de huit mois après l'octroi de l'aide.

Viennent ensuite les programmes LBV et LBV-plus, approuvés par la Commission européenne en 2023 et destinés à réduire les émissions d'azote de l'ensemble du secteur de l'élevage. Le LBV concerne les élevages bovins, avicoles et porcins, tandis que le LBV-plus cible plus particulièrement les exploitations considérées comme fortement émettrices d'azote. Dans les deux cas, les éleveurs perçoivent une compensation financière en contrepartie de la cessation définitive de leur activité et de l'abandon de leurs droits de production. En 2024, la Commission européenne approuve une augmentation des budgets, portant les enveloppes à 1,102 milliard d'euros pour le LBV et à 1,820 milliard pour le LBV-plus. Plus de 1 300 éleveurs demandent à bénéficier de ces dispositifs. En juillet 2026, la Commission donne également son feu vert à un nouveau programme doté de 715 millions d'euros, lui aussi destiné à la cessation volontaire, définitive et irrévocable de l'activité d'élevage. Ce nouveau dispositif s'adresse notamment aux microentreprises ainsi qu'aux petites et moyennes exploitations laitières, porcines et avicoles situées dans des zones Natura 2000 ou dans un rayon maximal de 1 km autour de ces espaces protégés. Les aides couvriront entre 100 % et 110 % des coûts admissibles et seront accessibles pendant cinq ans, avec pour objectif de poursuivre la réduction des émissions d'ammoniac et des dépôts d'azote dans les zones les plus sensibles.

Evolución del censo total (sin reproductoras) y del censo de cerdas reproductoras de Países Bajos. Fuente: 333 a partir de datos de Eurostat.

Les effets de ces mesures sur la structure de la production commencent à être visibles. Selon l'office statistique néerlandais, le cheptel porcin est passé en 2025 sous la barre des 10 millions de têtes pour la première fois depuis 45 ans. Dans le même temps, le nombre d'élevages est tombé à 1 900, soit une baisse de 7,1 % en un an. Depuis 2015, le nombre d'élevages porcins a reculé de près de 46 %, tandis que leur taille moyenne a progressé pour atteindre environ 5 000 animaux par exploitation.

Belgique

La Flandre, qui concentre 94 % du cheptel porcin belge, a adopté une stratégie similaire, mais exclusivement axée sur le secteur porcin. Afin de réduire sensiblement les émissions d'ammoniac dans la région, l'objectif fixé est de diminuer de 30 % le cheptel porcin flamand d'ici à 2030.

Dans cette optique, la Commission européenne autorise en mars 2023 un programme doté de 200 millions d'euros destiné à indemniser les éleveurs qui choisissent de réduire ou de cesser complètement leur activité. Lors du premier appel, seuls 156 des quelque 980 éleveurs initialement éligibles demandent à bénéficier du dispositif. Les autorités flamandes décident alors d'assouplir les conditions d'accès en abaissant le seuil du score d'impact de 0,5 % à 0,025 %. Cet indicateur mesure les dépôts d'azote générés par un élevage sur les espaces naturels voisins et constitue le principal critère permettant de déterminer l'éligibilité au programme de cessation volontaire. L'abaissement du seuil porte à environ 3 000 le nombre d'éleveurs susceptibles d'en bénéficier. À l'issue du deuxième appel, 366 élevages participent finalement au programme : 156 au titre de la première phase et 210 de la seconde.

Selon la Vlaamse Landmaatschappij (VLM), les mesures mises en œuvre ont entraîné une réduction d'environ 370 000 places porcines.

Evolución del censo total (sin reproductoras) y del censo de cerdas reproductoras de Bélgica. Fuente: 333 a partir de datos de Eurostat.

Cette évolution s'inscrit dans un recul plus général du secteur porcin flamand. Supérieur à 6 millions de têtes en 2012, le cheptel est tombé à environ 5 millions de porcs en 2024, l'un des niveaux les plus bas observés au cours des dernières décennies.

Allemagne

La situation est différente en Allemagne. Le pays ne dispose actuellement d'aucun programme public spécifiquement destiné à financer l'arrêt de la production porcine comparable à ceux mis en place aux Pays-Bas ou en Flandre. Le secteur connaît néanmoins une profonde transformation structurelle, sous l'effet du durcissement des exigences en matière de bien-être animal, des investissements nécessaires pour adapter les bâtiments, de la pression environnementale, des conséquences de la PPA et de l'augmentation des coûts de production depuis la pandémie et la guerre en Ukraine. À cela s'ajoute un autre enjeu majeur : le manque de relève générationnelle.

Concernant les bâtiments d'élevage, l'un des principaux moteurs de cette évolution a été la mise en œuvre progressive des recommandations issues de la commission dite Borchert, chargée de réfléchir à l'avenir de l'élevage allemand et à l'amélioration des conditions de vie des animaux.

Le 3 juillet 2020, l'ordonnance allemande sur la protection des animaux d'élevage (TierSchNutztV) a été modifiée. La réglementation prévoit qu'à partir du 9 février 2029, les truies devront être logées en groupe entre le sevrage et l'insémination, avec notamment une surface minimale de 5 m² par truie. Par ailleurs, les cases de mise bas devront être aménagées en cases liberté offrant au moins 6,5 m² par truie, la contention de la truie étant limitée à cinq jours au maximum, d'ici au 9 février 2036.

De nombreux éleveurs estiment que les investissements nécessaires sont difficiles à amortir dans un contexte marqué par une forte incertitude réglementaire et des marges serrées.

Evolución del censo total (sin reproductoras) y del censo de cerdos reproductoras. Fuente: 333 a partir de datos de Eurostat.

Au 3 mai 2026, le cheptel porcin allemand s'établissait à environ 21,0 millions de têtes, soit près de 23 % de moins que dix ans auparavant, même s'il affichait une légère hausse de 0,6 % par rapport à la même période de l'année précédente. Le nombre d'élevages suit une évolution encore plus marquée : en dix ans, il a reculé de 40 %, passant de 24 500 en 2016 à 14 700 en 2026. Parallèlement, la taille moyenne des élevages continue d'augmenter : d'environ 1 100 porcs par exploitation en 2016, elle est passée à près de 1 400 dix ans plus tard.

Cette évolution se traduit par une forte diminution du nombre d'élevages porcins et par une concentration progressive de la production dans des exploitations moins nombreuses, mais plus grandes et disposant d'une capacité d'investissement plus importante.

Danemark

Le Danemark, l'un des principaux exportateurs mondiaux de viande porcine, a amorcé un virage stratégique sans précédent. Sous la pression des objectifs climatiques et des attentes en matière de bien-être animal, la filière porcine danoise s'engage dans un processus de restructuration qui prévoit une réduction et une reconversion de la production ainsi qu'un net coup de frein au développement de l'élevage industriel intensif.

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La particularité du cas danois tient au fait que le modèle de production porcine s'est invité au cœur de la dernière campagne électorale. Parmi les conséquences de ce débat, le nouveau gouvernement de coalition a supprimé le ministère de l'Agriculture pour créer un ministère de la Nature et du Bien-être animal. Il a également conclu un accord politique, connu sous le nom de « Det politiske grundlag for firkløverregeringen », qui définit plusieurs orientations stratégiques pour l'avenir de la production porcine.

Parmi les principaux éléments du texte figure l'objectif, à long terme, d'orienter davantage la production porcine danoise vers l'élevage d'animaux destinés à être valorisés au sein du système alimentaire national. Cette formulation traduit une volonté de mieux intégrer production et consommation intérieure, sans toutefois préciser à ce stade les mesures concrètes ni le calendrier de mise en œuvre.

Dans ce contexte, le document prévoit également le lancement d'une « firepartsaftale », autrement dit un processus de concertation quadripartite sur l'avenir de la production porcine. Celui-ci réunira des représentants du secteur agricole, des organisations environnementales et de protection animale, ainsi que des acteurs concernés du monde du travail et du secteur alimentaire.

L'accord prévoit par ailleurs plusieurs mesures en matière d'aménagement du territoire et de réglementation environnementale susceptibles d'affecter indirectement la production porcine. Le rôle des municipalités sera notamment renforcé : elles pourront refuser l'agrandissement d'élevages porcins existants ou l'implantation de nouvelles exploitations en fonction de leur impact sur la nature, l'environnement et les communautés locales.

Le texte prévoit également de renforcer les politiques de bien-être animal dans le secteur de l'élevage, notamment à travers un contrôle accru et un meilleur respect de la réglementation. Les mesures envisagées portent entre autres sur les pratiques de production, les conditions d'élevage et le contrôle administratif, dans un contexte de durcissement des exigences réglementaires.

Dans son ensemble, cet accord dessine donc une nouvelle orientation politique, combinant des objectifs stratégiques à long terme, un renforcement du cadre réglementaire et davantage de concertation avec les acteurs concernés, sans définir pour autant, à ce stade, un modèle définitif de transformation de la production porcine danoise.

Suisse

La Suisse constitue un cas à part par rapport aux quatre exemples précédents. Il ne s'agit pas ici d'un programme environnemental ou de bien-être animal porté par les pouvoirs publics, mais d'un mécanisme d'autorégulation de la filière destiné à faire face à une offre excédentaire.

Au début de l'année, la filière porcine suisse a elle-même mis en place un dispositif d'autorégulation afin d'endiguer l'excès d'offre qui pesait sur les prix et dégradait la rentabilité des élevages. Lancée par Suisseporcs et soutenue par le conseil d'administration de Proviande, l'interprofession suisse de la filière viande, la mesure reposait sur un prélèvement de 0,20 franc suisse par kilogramme de carcasse sur les porcs abattus. Les sommes ainsi collectées alimentaient un fonds géré par Proviande destiné à « désengorger le marché ». Parmi les mesures envisagées figuraient le soutien aux exportations et le versement de primes aux éleveurs acceptant de réduire leurs capacités de production, afin de mieux ajuster l'offre à la demande intérieure. Cette dernière proposition n'a toutefois pas été adoptée lors de l'assemblée extraordinaire de Suisseporcs du 27 mai 2026, où elle a été rejetée de justesse.

Evolución del censo total (sin reproductoras) y del censo de cerdas reproductoras de Suiza. Fuente: 333 a partir de datos de Eurostat.