L’OCDE modélise l’impact de la crise d’Ormuz sur les marchés agricoles

6 juillet 2026/ AMIS.
https://www.amis-outlook.org

10-Jul-2026 (aujourd'hui)

Le Moyen-Orient joue un rôle limité dans la production et le commerce agricoles mondiaux, mais les conflits dans la région peuvent avoir des répercussions importantes sur l’agriculture mondiale, principalement en raison de leur lien avec les marchés de l’énergie. Une récente étude de l’OCDE analyse deux mécanismes de transmission par lesquels une hausse du prix du pétrole peut affecter les marchés agricoles : l’augmentation du coût des engrais et la hausse de la demande de biocarburants.

La production d’engrais nécessite une forte consommation d’énergie et est étroitement liée au prix du gaz naturel, tandis que le prix du pétrole influence le transport et la distribution de ces produits. Par conséquent, la hausse des prix de l’énergie peut accroître le coût des engrais et réduire leur utilisation, ce qui pourrait entraîner une baisse des rendements et de la production agricole. Les prix de l’énergie influencent également la demande de matières premières destinées aux biocarburants, telles que le maïs, les cultures sucrières et les huiles végétales, même si cet effet reste plus limité que celui lié à l’augmentation du coût des engrais.

L’analyse compare les projections de référence OCDE-FAO pour la période 2026-2035 avec un scénario alternatif dans lequel le prix du pétrole brut atteint 115 dollars le baril en 2026, soit environ 53 % de plus que dans le scénario de référence. Les résultats montrent un impact modéré, mais différé, sur les marchés agricoles. En l’absence d’autres facteurs, tels que des phénomènes météorologiques défavorables, les prix moyens des matières premières agricoles devraient augmenter d’environ 4,5 % en 2026 et de 8,3 % en 2027 par rapport au scénario de référence, avec les effets les plus marqués dans les pays les plus dépendants des importations d’engrais.

Le principal impact sur les prix des matières premières agricoles en 2027 reflète le temps nécessaire pour que la hausse des coûts de production influence l’utilisation des engrais et les décisions de production. À mesure que les doses d’application diminuent, la production céréalière serait inférieure d’environ 5 % au scénario de référence en Afrique du Sud, de plus de 3 % en Turquie et d’environ 2 % en Inde, tandis qu’en Thaïlande elle reculerait de 3 % en 2026 et de 2 % en 2027. En revanche, dans la plupart des pays de l’OCDE, la baisse de la production céréalière serait plus limitée grâce à une plus grande diversification des sources d’approvisionnement en engrais et à une utilisation plus efficace de ceux-ci.

L’impact d’un choc sur les prix de l’énergie dépend également du moment où il intervient au cours du cycle agricole. De nombreux producteurs avaient déjà sécurisé leurs approvisionnements en engrais avant la fermeture effective du détroit d’Ormuz, ce qui explique l’impact relativement limité sur la production céréalière pendant la campagne 2026. Si la hausse du prix du pétrole était temporaire, les prix des engrais reviendraient progressivement vers les niveaux du scénario de référence et la production céréalière commencerait à se redresser à partir de 2028.

L’étude analyse également un scénario hypothétique d’augmentation des obligations d’incorporation de biocarburants en raison de la hausse du coût des combustibles fossiles. Les résultats indiquent un effet limité sur les prix globaux des denrées alimentaires, bien que l’impact varie considérablement selon les produits en fonction des conditions de marché et du niveau de tension existant. Dans l’ensemble, l’OCDE conclut que le canal des biocarburants exerce un effet beaucoup plus faible sur les prix alimentaires que la hausse du coût des engrais, n’ajoutant que 1,6 point de pourcentage à l’augmentation des prix des matières premières agricoles en 2026. Comme le scénario prévoit un retour des obligations d’incorporation de biocarburants à leurs niveaux de référence en 2027, les pressions supplémentaires sur les prix devraient progressivement s’atténuer.

Bien qu’il s’agisse de projections fondées sur des modèles, l’impact final de la crise du détroit d’Ormuz sur les marchés agricoles dépendra de la durée du conflit et de la persistance des perturbations sur les marchés de l’énergie. Un épisode de courte durée aurait probablement des conséquences limitées à long terme, tandis qu’une période prolongée de prix élevés de l’énergie et des engrais pourrait avoir des effets beaucoup plus importants sur la production agricole, le commerce et la sécurité alimentaire, en particulier dans les régions les plus vulnérables.