Un mois de juin décevant, un avenir inquiétant

Guillem Burset
26-Jun-2026 (aujourd'hui)

Depuis notre dernier commentaire, quatre cotations se sont succédé en Espagne. La première s'est traduite par une hausse de 2 centimes du prix du porc vif, les trois suivantes par des reconductions peu encourageantes. Un mois de juin très décevant.

Le mercredi 10 juin le marché allemand a perdu 10 centimes par kilo de carcasse, une baisse significative. Avant cette baisse, son prix était déjà inférieur au prix espagnol. Ce recul a coupé court à toute possibilité de hausse en Espagne. Le marché teuton conserve son rôle de marché directeur en Europe centrale : ce qui s'y passe a des répercussions dans toute l'Union européenne.

Le prix actuel en Espagne est de 1,31 euro/kg vif. En dessous du coût de production. Ce sera très certainement le prix le plus élevé de l'année. Plus de sept mois se sont déjà écoulés depuis que, à la mi-novembre, la cotation est passée pour la première fois depuis des années sous le coût de production.

À l'heure actuelle, la situation du marché dans l'ensemble de l'Union européenne est préoccupante et inquiétante. La viande est largement excédentaire et la congélation n'est pas une option (les prix de la viande sont condamnés à baisser : il y en a trop).

La Chine traverse une véritable crise de surproduction : ce pays concentre à lui seul la moitié du cheptel porcin mondial. Les porcs chinois valent aujourd'hui la moitié de ce qu'ils valaient en août il y a deux ans (légèrement en dessous de la cotation espagnole actuelle), signe incontestable d'un excès de cheptel. En outre, le pouvoir d'achat des consommateurs chinois pâtit de plusieurs turbulences économiques et la consommation s'en ressent. Le géant asiatique est, de très loin, le premier producteur mondial ; lorsqu'il rencontre des difficultés, comme c'est le cas aujourd'hui, celles-ci se répercutent, d'une manière ou d'une autre, sur les autres pays producteurs de la planète. Plus encore aujourd'hui, dans un monde toujours plus interconnecté.

Alors que la Chine réduit sa dépendance vis-à-vis des importations et que plusieurs pays émergents mènent une politique commerciale agressive (le Brésil et la Russie figurent parmi les plus offensifs), la viande européenne éprouve davantage de difficultés qu'à l'accoutumée pour trouver sa place sur le premier marché mondial, et plus largement en Asie du Sud-Est.

Comme si cela ne suffisait pas, la PPA reste présente aussi bien en Espagne qu'en Allemagne, les deux principaux producteurs de l'Union européenne. C'est un facteur supplémentaire qui pèse lourdement sur le marché. Attention : c'est loin d'être le seul élément défavorable. Nous pensons qu'une multitude de facteurs négatifs se sont cumulés. Le prix espagnol était déjà passé sous le coût de production avant même l'apparition de la maladie.

Nous ne nous souvenons pas d'une situation aussi défavorable pour la filière porcine que celle d'aujourd'hui. Même entre 1986 et 1989 (l'Espagne faisait déjà partie de l'Union européenne, elle ne pouvait pas exporter, alors que les Européens pouvaient vendre sur notre marché), les perspectives ne semblaient pas aussi sombres qu'aujourd'hui. À cette époque, la production espagnole représentait moins de la moitié de celle d'aujourd'hui (22 millions de porcs abattus en 1989, selon 333, contre plus de 50 millions ces dernières années). Le volume du cheptel espagnol ne fait qu'accentuer le problème.

Le prix espagnol reste solidement installé en tête du podium et demeure le plus élevé parmi les pays membres de l'Union européenne (Italie mise à part, qui joue dans une autre catégorie). Voici les prix actuels équivalents en euros/kg vif des principaux pays producteurs :

Espagne 1,31
France 1,30
Belgique 1,19
Pologne 1,18
Allemagne 1,17
Pays-Bas 1,10
Danemark 1,03 (*)

(*) Le prix danois est un prix « à valoir »

Où que l'on porte le regard, sur le Vieux Continent, les prix sont partout inférieurs à ceux pratiqués en Espagne, parfois même très inférieurs. Ce constat confirme que la crise est à l'échelle européenne.

Malgré une offre de porcs vifs mesurée, l'impossibilité de revaloriser le prix de la viande bloque toute hausse du prix des porcs. Les abattoirs n'ont plus de marge et réduisent leur activité.

Il ne semble pas y avoir d'autre solution qu'une réduction significative des cheptels européens. Dans plusieurs pays, des plans gouvernementaux existent déjà, ou sont en cours de finalisation, pour encourager l'arrêt ou la réduction de l'activité. C'est la seule voie possible, mais elle prendra du temps.

Le marché de la viande dans l'Union européenne est totalement saturé et les exportations se heurtent à toutes sortes de difficultés... Il semble inévitable que nous vivions le reste de l'année avec une forte inquiétude. Si bon marché que puisse paraître le porc, qu'il soit vendu vif ou en viande, le pire est à venir et les baisses semblent aussi inévitables qu'assurées.

Nous traversons une crise. Elle est profonde, s'annonce longue et probablement structurelle. Il n'existe pas de recette miracle pour l'éviter : il ne reste qu'à l'affronter et à en limiter les effets.

Nous pensons qu'il est opportun de rappeler un proverbe espagnol : « Il n'est pas de mal qui dure cent ans. » Nous souhaitons également citer cette phrase de Dieter Uchtdorf : « Ce n'est pas l'adversité, mais votre réaction face à l'adversité qui déterminera le cours de votre vie. »

Guillem Burset