L'avenir de la rentabilité en production porcine : Partie 3 – Abattage de précision et courbe de rentabilité par kilo

Lance Mulberry
21-Sep-2026 (il y a 29 jours)

Dans tout système d’élevage, la phase finale de production, qu’il s’agisse de l’abattage ou de la commercialisation, est le moment où le rendement biologique se traduit en réalité économique. Cependant, les décisions de commercialisation sont souvent considérées comme fixes et uniformes, comme si chaque porc apportait la même valeur au kilogramme. Dans la pratique, rien n’est plus éloigné de la réalité.

Les porcs présentant des différences en termes de taux de croissance, d’indice de consommation, d’état sanitaire et de risque de mortalité, chaque kilogramme produit par chaque porc a un coût différent.

De plus, comme les abattoirs appliquent des primes et des pénalités en fonction du poids et de la qualité de la carcasse, chaque kilogramme se vend également à des prix différents.

Le résultat est simple mais sans appel :

Chaque porc présente un profil de rentabilité unique ; par conséquent,

chaque kilo a une valeur unique.

Ce dernier article de la série présente le concept de commercialisation de précision, un système qui vise à envoyer les porcs à l'abattoir lorsqu'ils atteignent leur valeur économique maximale et non pas uniquement en fonction de leur poids vif final, en recourant à :

Pourquoi le bénéfice par kilogramme varie-t-il ?

La pensée traditionnelle part du principe qu’une fois qu’un porc a atteint son poids de commercialisation, chaque kilogramme supplémentaire génère à peu près le même bénéfice. Cependant, trois facteurs contredisent cette hypothèse :

1. Le coût au kilo évolue à mesure que le porc grandit

Au début de l’engraissement, les taux de croissance s’accélèrent, ce qui rend le bénéfice marginal très efficace. À mesure que le porc arrive à maturité, les taux de croissance et, par conséquent, le bénéfice marginal, commencent à diminuer pour les raisons suivantes :

Cela est particulièrement vrai pour les porcs dont les rendements de croissance sont inférieurs à la moyenne, car non seulement les facteurs susmentionnés sont plus importants, mais ils occupent également un espace qui pourrait être attribué à un porc plus performant. Ainsi, un « kilo bon marché » à 110 kg peut devenir un « kilo coûteux » à 130 kg.

2. La mortalité affecte la structure des coûts

Un porc qui meurt en fin d’engraissement représente un coût énorme, car la plupart des dépenses ont déjà été engagées. Les porcs survivants doivent « absorber » ces pertes. Cela augmente le coût au kilogramme du groupe final, souvent de manière significative.

3. Les abattoirs ne rémunèrent pas tous les kilos de la même manière

Les barèmes de primes et de pénalités basés sur les tranches de poids, le pourcentage de viande maigre et l’épaisseur de la couche de graisse impliquent que :

Lorsque l’on combine les coûts variables par kilo et les revenus variables par kilo, on obtient une courbe de bénéfice qui monte, atteint un pic, puis redescend. Même les éleveurs qui ne vendent pas selon une grille de référence continuent de faire face à des coûts variables par kilo ; le bénéfice par kilo est donc lui aussi variable.

L’objectif de la commercialisation de précision est d’identifier ce pic maximal et d’envoyer les porcs à l’abattoir lorsqu’ils l’atteignent.

L'outil essentiel : suivre « l'historique » de chaque porc

La commercialisation de précision repose sur un principe fondamental :

On ne peut optimiser la rentabilité tant que l’on n’a pas mesuré la variation.

Pour commencer, il suffit de disposer :

Grâce à ces données, vous pouvez créer deux outils visuels très utiles : une courbe de limite de rentabilité et une carte d’abattage par porc.

Outil n° 1 : La limite de rentabilité

Une courbe de limite de rentabilité est une courbe qui indique :

Les producteurs peuvent établir une version de base en trois étapes :

Étape 1 : Estimer le coût par kilo pendant l'engraissement

Votre feuille de calcul pourrait ressembler à ceci :

Fourchette de poids IC Coût total par kg de gain
80–100 kg 2,5 Faible
100–115 kg 2,9 Moyen
115–130 kg 3,4 Élevé

Il convient de prendre en compte l'impact de la mortalité en ajoutant un coût calculé au prorata par porc survivant et en établissant une courbe de coût marginal journalier.

Étape 2 : Superposer la courbe de valeur du porc

Celle-ci peut inclure :

<p>Figure 1. Superposer la courbe de valeur du porc.</p>

Étape 3 : Représenter graphiquement le bénéfice par kilo pour chaque poids

On obtient généralement un graphique de la forme suivante :

<p>Figure 2 : B&eacute;n&eacute;fice moyen par t&ecirc;te</p>

Cette courbe représente le point de commercialisation économique, et non le point biologique. Vous pouvez même superposer les résultats de vente réels sur cette courbe pour vérifier dans quelle mesure ils se rapprochent du point optimal (figure 3).

<p>Figure 3 : B&eacute;n&eacute;fice par t&ecirc;te &ndash; repr&eacute;sentation graphique des porcs individuels. Remarque : les stries sur les points de donn&eacute;es sont dues &agrave; la classification des caract&eacute;ristiques de la carcasse, telles que le pourcentage de viande maigre ou l&rsquo;&eacute;paisseur de la graisse dorsale.</p>

Outil n° 2: Carte d'abattage par porc

Cet outil repousse les limites en localisant chaque porc au sein de la grille, et affiche :

Poids de carcasse (kg) - Ajustement des prix à l'abattoir
≤49 50 55,1 60,1 65,1 70,1 75,1 80,1 85,1 ≥90,1

Épaisseur de la graisse dorsale

≤6 77% 86% 86% 97% 100% 100% 100% 91% 77% 53%
7 77% 86% 86% 97% 100% 100% 100% 91% 77% 53%
8 77% 86% 86% 97% 100% 100% 100% 91% 77% 53%
9 77% 86% 86% 97% 100% 100% 100% 91% 77% 53%
10 77% 86% 86% 97% 100% 100% 100% 91% 77% 53%
11 77% 86% 86% 97% 100% 100% 100% 91% 77% 53%
12 77% 86% 86% 97% 100% 100% 100% 91% 77% 53%
13 72% 81% 86% 86% 100% 100% 100% 81% 72% 53%
14 72% 81% 86% 86% 100% 100% 100% 81% 72% 53%
15 67% 77% 81% 81% 91% 91% 86% 72% 63% 53%
16 67% 77% 81% 81% 91% 91% 86% 72% 63% 53%
17 67% 77% 81% 81% 91% 91% 86% 72% 63% 53%
18 67% 77% 77% 77% 81% 81% 81% 72% 53% 53%
19 67% 77% 77% 77% 81% 81% 81% 72% 53% 53%
20 67% 77% 77% 77% 81% 81% 81% 72% 53% 53%
≥21 63% 72% 77% 77% 81% 81% 77% 72% 53% 53%

Poids de carcasse (kg) - Nombre de porcs
≤49 50 55,1 60,1 65,1 70,1 75,1 80,1 85,1 ≥90,1

Épaisseur de la graisse dorsale

≤6 1 1 6 12 30 22 9 1
7 13 32 124 146 31 4
8 5 40 182 261 94 17 1
9 1 4 38 204 333 122 23 4
10 6 43 171 360 144 26 4
11 1 7 29 135 300 112 28 6 2
12 2 18 139 235 107 18 4
13 1 13 154 347 136 27 3 1
14 2 27 40 32 9 3 2
15 2 19 42 24 3 1 1
16 3 13 31 18 4 1
17 1 9 19 17 7 1
18 4 16 6 3 1
19 1 7 2 1
20 1 2 4 1 1
≥21 5 1
Poids de carcasse (kg) - Bénéfice moyen par tête ($)
≤49 50 55,1 60,1 65,1 70,1 75,1 80,1 85,1 ≥90,1

Épaisseur de la graisse dorsale

≤6 -130,67 -44,99 -67,20 -8,39 13,35 34,85 36,10 -14,88
7 -53,83 -6,73 12,81 29,36 39,44 14,79
8 -47,80 -16,05 16,19 30,93 45,59 17,31 6,40
9 -105,80 -23,20 -8,64 21,15 33,99 47,45 18,08 -6,07
10 -50,89 -2,13 23,02 37,15 48,75 37,22 9,50
11 -64,60 -62,60 1,22 24,93 38,94 50,49 38,81 -0,48 -76,07
12 -31,30 -2,15 26,49 41,15 54,73 28,48 -9,72
13 -96,96 -39,97 23,28 42,10 56,69 2,48 -24,76 -88,53
14 -34,34 20,11 40,46 44,30 -1,99 -7,81 -100,44
15 -37,49 -5,22 14,55 5,73 -27,71 -67,00 -107,92
16 -43,18 2,65 15,50 -0,45 -26,39 -48,81
17 -91,03 -0,48 17,74 12,86 -29,77 -34,20
18 -32,75 -19,47 -14,83 -31,40 -81,98
19 -28,14 -4,20 -9,88 -66,90
20 -26,75 -40,25 -19,99 17,77 -19,31
≥21 -16,74 -34,88

Pour l'élaborer :

  1. Enregistrer le poids et la qualité de la carcasse de chaque porc à l'abattoir.
  2. Recenser les porcs appartenant à chaque catégorie
  3. Estimer le coût par porc en fonction de son historique de croissance ou de la moyenne du lot
  4. Soustraire ce coût des bénéfices ajustés en fonction des primes ou des pénalités.

On constate rapidement :

Même en l'absence d'une grille de paiement officielle de l'abattoir, cette méthodologie reste valable car le coût au kilo n'est jamais uniforme.

Transformer l’information en action

Une fois ces graphiques établis, la commercialisation de précision devient un outil pratique d’aide à la décision.

Les éleveurs acquièrent ainsi la capacité de :

En résumé, la commercialisation de précision transforme l’information en rentabilité en concentrant le plus grand nombre de kilos possible dans la zone de rentabilité maximale.

Réflexion finale

Dans la 1re partie, nous avons appris que ce que l’on gagne avec les porcs dépend de ce que l’on investit en eux.

Dans la 2e partie, nous avons montré que les outils de précision amplifient la valeur de cet investissement.

Dans la partie 3, la commercialisation de précision relie ces deux concepts en garantissant que l’on tire pleinement parti de la rentabilité obtenue au prix de tant d’efforts.

Car lorsque chaque porc grandit différemment, chaque kilogramme a une valeur différente, et c’est l’éleveur qui reconnaît cette réalité qui parvient à capter une plus grande part de la valeur déjà présente dans son système de production.