Arrêtez le monde, je veux descendre

Sara Mazo AncocheaFrancisco Ruiz Camacho
17-Mar-2026 (il y a 14 jours)

Ce début 2026 a démarré sur les chapeaux de roues et, en à peine 62 jours (sans vouloir plomber l’ambiance, mais il y a seulement 61 jours nous étions tous prêts à fêter le Nouvel An, coupe de champagne à la main !), nous avons déjà vu des événements que nous pensions impossibles.

Après « l’opération chirurgicale » au Venezuela, on voit comment Israël a réussi à imposer sa lecture du danger imminent que représenterait l’Iran pour l’État hébreu et les États-Unis. Les deux pays ont ainsi lancé une opération militaire dans la région qui, en quelques heures à peine, s’est étendue aux pays voisins. Non seulement le renseignement américain est parvenu à décapiter le régime en localisant Khamenei et en l’éliminant dès les premières heures du conflit, mais la riposte iranienne n’a pas tardé, avec des frappes visant des symboles mondiaux de stabilité et de luxe comme le Burj Al Arab à Dubaï.

Ce qui, au départ, était présenté comme une opération éclair laisse déjà entrevoir, au fil des heures et des jours, un scénario bien plus long que prévu. Trois à quatre semaines… et on verra bien. Le résultat ? Des marchés boursiers sous pression, un pétrole en hausse, un gaz qui s’emballe et l’un des carrefours stratégiques du commerce mondial à l’arrêt. Reprenons point par point.

Trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. Source : marinetraffic.com

La question est désormais simple : que fait-on ? Comme évoqué, cette campagne ne devrait pas être de courte durée et plus le conflit et les perturbations du commerce mondial s’inscriront dans le temps, plus la pression à la hausse sur les prix sera forte. Cela signifie, une fois de plus, qu’il faut savoir se positionner lorsque le marché offre des opportunités d’achat. En 2026, le maïs a évolué autour de 210 €/t sur les échéances à terme, le blé autour de 216 €/t pour la nouvelle récolte et le soja autour de 315 €/t sur l’ensemble de l’année. Autrement dit, les opportunités étaient là. Mais au niveau local, les incertitudes sur le prix du porc — liées à l’apparition de la peste porcine africaine dans la région de Barcelone et à la baisse de la consommation — ont freiné les achats des producteurs. En Espagne, les pluies continues et les perturbations météorologiques depuis septembre commencent également à inquiéter les agriculteurs. L’arrivée du printemps devrait permettre d’y voir plus clair.

Comme si cela ne suffisait pas, au moment de livrer ces lignes, Trump a menacé l’Espagne de rompre toute relation commerciale, après le refus du président du gouvernement, Pedro Sánchez, de lui permettre d’utiliser les bases de Rota et Morón dans le cadre de l’offensive américaine contre l’Iran.

Reste maintenant le plus difficile : attendre de voir si la situation se normalise ou si le marché a déjà intégré dans les prix la prime de risque liée au conflit et cesse de réagir à chaque nouvelle, comme ce fut le cas lors de la guerre en Ukraine. Car n’oublions pas que les bombardements s’y poursuivent et que le conflit reste une véritable épée de Damoclès pour le commerce mondial des céréales. Mais pour en arriver là, beaucoup d’encre devra encore couler.