Description de l'élevage et appel de l'éleveur
Description générale de l'élevage
et de sa situation sanitaire:
Il s'agit
d'un élevage de 200 truies composé de deux sites:
- un site de naissage avec 690 places de post-sevrage
- un site pour l'engraissement situé à 13 kms |
 |
L'exploitation est située dans une
zone à
moyenne densité porcine dans le grand Ouest de la France.
L'élevage achète ses cochettes à l'extérieur ainsi
que les doses d'insémination.
La conduite est en
7 bandes et le sevrage
a lieu à
28 jours.
Un couple d'éleveurs s'occupe du naissage et un autre de l'engraissement,
il n'y pas de croisement de personnel entre les deux sites.
Statut sanitaire :
| SDRP |
positif depuis 1995,
élevage instable actif |
Actinobacillus
pleuropneumoniae:
|
positif,
signes cliniques en engraissement |
| Maladie d'Aujeszky |
négatif |
| Mycoplasma hyopneumoniae |
positif, signes
cliniques en engraissement |
| Streptocoque
suis 2 |
positif,
signes cliniques en post-sevrage et engraissement |
| E. coli K88 et K82 |
positif, signes
cliniques en post-sevrage |
Prophylaxies effectuées :
E coli K88, K 99, 987P (truies et cochettes)
Clostridium perfringens type C et type A (truies et cochettes)
Parvovirose (truies et cochettes)
Rouget (truies et cochettes)
Maladie d'Aujeszky (truies, cochettes et issues)
SDRP inactivé (truies et cochettes) depuis 3 ans
Mycoplasme 2 doses (issues)
Appel de l'éleveur
En 2001, l'éleveur nous appelle pour nous faire part de sa grande lassitude
et sa difficulté à gérer au quotidien
son élevage :
- fertilité satisfaisante et prolificité très correcte,
- Soucis importants en maternité sur les porcelets se traduisant par
mortinatalité, saignements de cordons, porcelets
chétifs, pertes importantes sur nés vivants (>20%)
- Soucis importants en maternité
sur les truies se traduisant par un appétit très capricieux, des
mises-bas avant terme, des agalacties, des mises bas très longues, des
montées en température,
- Pathologies importantes en post-sevrage et en engraissement
avec des frais vétérinaires élevés (206
euros par truie et par an en 2001)
Visite de l'élevage et examens complémentaires
Visite de l'élevage et recueil des commémoratifs
Depuis toujours, cet élevage est parfaitement tenu.
Quarantaine sur paille
Réception de 10 cochettes toutes les 6 semaines.
Les cochettes proviennent du même département que l'exploitation
et possèdent un niveau sanitaire mal connu : seul
le statut indemne SDRP et Aujeszky est assuré à l'heure actuelle
et depuis environ 1 an.
- Le protocole de vaccination est tout à fait conforme (cf. précédemment
pour le détail)
- contamination par apport de délivres fraîches et hachées
et de déjections de truies après mise-bas 1 à deux fois
avant la mise à la reproduction
En quarantaine, le comportement des cochettes est bon, aucune
symptomatologie particulière n'est observée.
Verraterie-Gestantes
Notons que les cochettes entrent dans le bâtiment verraterie 3 semaines
environ avant la date présumée d'IA.
L'état d'engraissement est correct pour l'ensemble du cheptel, les peaux
sont propres.
Les truies sont alimentées à la soupe, l'hygiène de l'alimentation
est parfaite.
Le dernier contrôle urinaire est bon
: moins de 10 % d'urines troubles et/ou nitrites + sur 50 urines prélevées
dans le dernier tiers de la gestation.
On ne remarque pas de décharges vulvaires à l'IA. Le bâtiment
est très bien tenu.
Par contre, il y a des vagues régulières
de toux sur le cheptel truie et les cochettes à l'arrivée
dans cette salle suivies quelques jours après par des avortements,
des anorexies.
Là aussi le protocole de vaccination est conforme, les truies sont vaccinées
à chaque cycle contre le SDRP 9 à 10 semaines avant mise-bas.
Maternité
Nous ne faisons que constater les éléments
ayant alerté l'éleveur (rappel : soucis importants
en maternité sur les truies se traduisant par un appétit très
capricieux, des mises-bas avant terme, des agalacties, des mises bas très
longues, des montées en température): tous les symptômes
évoqués dans la présentation du cas sont vérifiés.
Les salles de maternité sont parfaitement tenues. Rien n'est à
redire sur le travail des éleveurs.
Post-sevrage
Les porcelets reçoivent pendant 15 jours après sevrage un aliment
supplémenté avec colistine (120 ppm), tylosine (300 ppm) et oxybendazole
(42 ppm) et ensuite un aliment supplémenté avec tylosine (100
ppm).
Les porcelets sont très sensibles à la
diarrhée ce qui oblige les éleveurs à ces préventions
antibiotiques dans l'aliment. De plus, il y a des bandes plus ou moins touchées
par des arthrites (jusque parfois 10% d'un
lot) et par des passages de toux obligeant
les éleveurs à utiliser l'aspirine et parfois là encore
des antibiotiques.
Engraissement
Il n'a pas été visité car l'associé qui s'occupe
de ce site ne le souhaitait pas. D'une manière générale,
les éleveurs ont cité des problèmes
pathologiques d'ordre digestif là encore avec parfois des
passages respiratoires.
Examens complémentaires réalisés
le jour de la visite et résultats
Etant donné la symptomatologie très évocatrice et vu l'historique
de l'élevage, nous réalisons le jour de la visite un
profil sérologique SDRP (test IDDEX). Les résultats
sérologiques individuels sont présentés dans le tableau
ci dessous :
|
RANG
|
Titre
|
Interprétation
|
|
0
|
0
|
Nég
|
|
0
|
0,06
|
Nég
|
|
0
|
0
|
Nég
|
|
0
|
0,05
|
Nég
|
|
0
|
0,14
|
Nég
|
|
1
|
1,51
|
Pos
|
|
1
|
1,51
|
Pos
|
|
1
|
1,68
|
Pos
|
|
1
|
1,11
|
Pos
|
|
2
|
0,76
|
Pos
|
|
2
|
0,29
|
Nég
|
|
2
|
0,36
|
Nég
|
|
2
|
0,94
|
Pos
|
|
3
|
0,1
|
Nég
|
|
3
|
1
|
Pos
|
|
3
|
0,12
|
Nég
|
|
3
|
1,16
|
Pos
|
|
5
|
0,86
|
Pos
|
|
5
|
0,57
|
Pos
|
|
5
|
0,24
|
Nég
|
|
5
|
0,3
|
Nég
|
|
6
|
0,45
|
Pos
|
|
7
|
0,52
|
Pos
|
|
8
|
0,17
|
Nég
|
Mesures prises
Interprétation des résultats et prise de décision
La symptomatologie et les résultats du profil sérologique confirment
plusieurs choses :
· A l'heure actuelle, les cochettes semblent bien provenir d'un élevage
indemne de SDRP
· La contamination a lieu surtout en maternité
et est assez rapide dés le premier cycle reproductif
· Les titres et les taux de séropositives
sont hétérogènes en fonction des rangs de
portées
· Le troupeau est instable et le
taux de séropositives est moyen à élevé (50%)
Dans ce contexte, les éleveurs prennent la
décision d'éradiquer le SDRP car leur lassitude
face aux relances cliniques continuelles et la difficulté à gérer
leur exploitation sont devenues trop importantes. Leur conduite d'élevage
n'étant pas remise en cause, la vaccination montrant ses limites, ils
ne voient pas d'autres alternatives.
Mise en place du protocole
Lorsque la décision d'éradiquer a été prise conjointement
avec les éleveurs, il n'y avait pas eu d'entrée de cochettes depuis
au moins 3 mois.
Le cahier des charges de l'éradication a été le suivant
:
- réception de 24 cochettes toutes les 6 semaines
- L'objectif fixé était en effet de renouveler
entièrement le troupeau sur deux rotations, demi-bande par
demi-bande (donc 8 mois de co-existence ancien et nouveau cheptel) sans
aucun arrêt de production
La chaîne bâtiment (deux salles de maternité et de PS par
bande) le permettait sans croisement de l'ancien et
du nouveau cheptel au sein de même salle
Le choix des futurs reproducteurs
Le choix des cochettes s'est fait sur la base du respect
d'un cahier des charges sanitaire défini au préalable.
Ainsi, les futurs reproducteurs devaient provenir d'un élevage :
- indemne de SDRP, de maladie d'Aujeszky et de Peste porcine
- indemne d'Actinobacillus pleuropneumoniae (sérogroupes 1-9-11
et 2 au minima)
- indemne de signes cliniques de MAP, de streptococcie et d'entérite
hémorragique à Lawsonia intracellularis
- de statut documenté vis à vis de la rhinite atrophique et de
la mycoplasmose respiratoire
Le programme de vaccination
En quarantaine, ont été
pratiquées les vaccinations contre la mycoplasmose, la rhinite, l'actinobacillose,
la maladie d'Aujeszky, la grippe, la parvovirose, le rouget et le SDRP.
En gestation, des rappels cycliques
ont été pratiqués contre le SDRP, la rhinite atrophique,
la clostridiose et la colibacillose néonatales, l'Aujeszky, la parvovirose
et le rouget sur les cochettes et sur l'ancien cheptel.
Enfin, les porcelets ont continué
à recevoir les vaccins contre la maladie d'Aujeszky et la mycoplasmose.
L'ensemble de ces vaccinations est indispensable pour limiter les risques de
déstabilisation sanitaire liés à un renouvellement aussi
massif.
Programme de contamination
Pour limiter tout risque potentiel de recontamination interne par le SDRP,
aucune contamination volontaire n'a été réalisée
sur le troupeau de renouvellement.
Conduite du nouveau troupeau
Les cochettes, après leur passage en quarantaine, ont été
élevées dans la seule salle gestante à proximité
de l'ancien cheptel.
Demi-bande par demi-bande, tout le troupeau reproducteur
a été renouvelé sur deux cycles (soit 8 mois de co-existence
ancien et nouveau cheptel).
Toutes les mesures possibles (nettoyage-désinfection,
marche en avant, hygiène des injections et des manipulations, désinsectisation…)
ont été prises pour éviter la transmission du SDRP aux
cochettes.
Résultats et évolution
Evolution de la symptomatologie
L'évolution de la clinique au cours du renouvellement a été
relativement spectaculaire dans la mesure
où les symptômes récurrents perduraient sur les salles de
mise-bas de l'ancien cheptel et ont stoppé net
dés les mises-bas du nouveau troupeau.
A ce jour, depuis la fin du renouvellement, aucun symptôme
évocateur du SDRP n'a été observé.
Dépistage total et conclusion
En octobre 2002, les 185 cochettes et primipares du
nouveau cheptel ont été prélevées (prélèvement
sanguin sur tube sec) individuellement ainsi que 30 issues de 70 jours d'âge.
Seules 3 reproductrices se sont révélées
positives (ELISA SDRP, kit IDDEX) lors de ce contrôle et les
30 issues étaient négatives. Même s'il est fort peu probable
que la positivité soit liée à une infection active, elles
ont été éliminées.
En mai 2003, 91 animaux adultes ont été recontrolés ; 2
sérums ont été testés positifs mais avec des taux
e/p<0,48.
En l'absence de symptomatologie évocatrice, ces animaux ont été
considérés comme faux positifs (en
terme de séroconversion suite à une infection par du virus sauvage).
Dans ce contexte, nous concluons à l'éradication
du SDRP sur le site de naissage.
En engraissement, la marche en avant et les différentes mesures hygiéniques
n'ont pas pu être mises en place. La circulation est toujours présente
même si la séroconversion est plus tardive.
Evolution technique et économique
Dans le tableau ci dessous, les gains liés aux économies alimentaires
et de santé sont présentés ainsi que le surcoût lié
à l'augmentation du renouvellement sur deux rotations.
|
IC
Global
|
-
0,037 €/kg carcasse
|
|
Dépenses
de santé
|
-
0,0455 €/kg carcasse
|
|
Renouvellement
|
+
0,0055 €/kg carcasse
|
|
Somme
des gains/surcoût (économie)
|
-
0,077 €/kg carcasse
|
Ainsi, dés la première année ayant
suivi le renouvellement, le retour sur l'investissement lié au renouvellement
a été important. De plus, nous n'avons pas chiffré
l'augmentation de productivité observée dés le 1er cycle
des cochettes du fait de la diminution importante des pertes sous la mère.
Commentaires
Ce cas suscite plusieurs éléments de réflexion :
Interprétation d'un profil sérologique sur animaux vaccinés et utilisation du
vaccin inactivé dans un protocole d'éradication.
Pour les troupeaux indemnes, il est établi que la vaccination des truies avec
un vaccin inactivé n'induit pas ou peu de séroconversion jusque 3 injections vaccinales.
Après la 4ème injection, le taux de séroconversion est beaucoup plus élevé mais
la décroissance des anticorps est rapide et les animaux redeviennent négatifs
après environ 8 semaines. Aussi, et comme l'a montré le cas présenté,
l'utilisation du vaccin SDRP inactivé n'est pas un frein à la mise en place d'un
protocole d'éradication et il peut être utilisé dans ce cadre.
Le profil réalisé dans l'élevage vacciné présenté est
interprétable car la vaccination ne remet pas en cause le caractère
très hétérogène des résultats et par la même la classification d'instable.
Taux de faux positifs
Comme tout test analytique, la sérologie ELISA IDDEX
est à interpréter avec précaution. Avec la 2ème génération du test
utilisée actuellement, le taux de faux positifs retrouvé lors du 1er dépistage
(1,6%) et du 2nd (2,2%) n'est pas surprenante. Dans le cadre d'un protocole d'éradication,
cette limite doit être connue.
En ce qui concerne la qualification des élevages (selectionneurs et multiplicateurs),
c'est une source de litige importante qui
oblige parfois à avoir recours à d'autres techniques analytiques.
Evaluation du risque de la technique (déstabilisation, contamination
aérienne…)
Comme toute démarche de ce type, les risques associés étaient multiples :
Risque de déstabilisation sanitaire
Pour limiter ce risque, il a été mis en place un plan
de vaccination lourd visant à limiter toute contagion brutale du nouveau
cheptel.
D'autre part, le respect des mesures proposées aux éleveurs pour limiter tout
transfert de germe de l'ancien au nouveau troupeau a garanti le succès de l'opération.
Il est évident qu'une telle démarche ne doit pas être
mise en place sans le consentement total des éleveurs.
Risque d'échec de l'éradication
La réussite de notre protocole remet en cause l'importance de la contamination
aérienne.
A quoi attribuer cette réussite ?
o effet fermeture de l'élevage pendant 3 mois
ce qui a permis de stabiliser et peut-être suspendre la circulation virale ? Dans
ce cas, comment expliquer que les symptômes récurrents en maternité persistaient
dans les mises-bas de l'ancien cheptel quand ils ont cessé dés les premières mises
bas de cochettes ?
o effet protection vaccinale qui suffit
à limiter ou stopper la contagion des cochettes
o effet propre à la contamination par aérosol qui
dans les conditions du terrain serait très limitée
Il est très difficile de mettre le doigt sur les véritables points ayant contribué
au succès et peut-être n'est ce pas le propos ici que de se poser trop de questions.
Mesures de bio-sécurité à mettre en place
En tout état de cause, des mesures strictes de biosécurité ont été mises en place
après l'éradication dans le but d'éviter ou de repousser au maximum la recontamination.
Conclusion
Il est clair et connu que l'éradication du SDRP de façon individuelle et non régionale
dans des zones à forte densité porcine présente un risque élevé lié à la recontamination
du troupeau. Cependant, cet exemple montre que le retour
sur investissement est exceptionnel par son ampleur et sa rapidité.
Aussi, dans des cas tels que celui présenté, l'éradication de cette maladie doit
être une des alternatives à proposer, avec ses limites, dans le cadre du suivi
d'un élevage.