Description de l'élevage et apparition du cas
Description de l'élevage :
Nous
sommes en Bretagne.
Il s'agit d'un élevage de 150 truies,
naisseur-engraisseur.
La conduite est en 3 semaines et le
sevrage à 28 jours.
Les maternités comportent 6 salles de 10 places, les porcelets
restant en maternité 3 semaines après sevrage
( donc 2 salles sont l’équivalent d’une nurserie, ce
que nous avons noté PS sur le plan de masse ).
L'élevage renouvelle par achat de cochettes
avec toutefois une incorporation assez irrégulière dans
les bandes.
L’élevage fabrique son aliment
pour les truies et les charcutiers. Il achète le 1er et le 2ème
âge.
Il utilise une eau de puits chlorée.
Statut sanitaire :
Elevage
négatif en Aujeszky, positif SDRP,
protocole gale insuffisant ( truies qui se grattent ).
Prophylaxie:
Le plan de
vaccination est
le suivant :
Au niveau des truies :
Elles reçoivent les vaccins contre l'
Aujeszky,
la
Parvovirose, le Rouget et la
Rhinite
atrophique ainsi qu'un
auto-vaccin contre
le Streptocoque suis.
La vaccination SDRP qui était pratiquée sur les cochettes n'est
plus faite car l'éleveur ne la juge pas efficace.
An niveau des porcelets :
Les porcelets sont vaccinés contre le
Mycoplasme
et contre l'
Aujeszky
Autres éléments de prophylaxie
:
Les truies sont
vermifugées 3 fois
par an.
Les porcelets reçoivent une injection d'amoxicilline à la naissance
et du Baycox leur est administré en 1ère semaine de vie.
Apparition du cas (J 0)
Les éleveurs sollicitent une visite en raison d'
apparition
brutale de diarrhées néonatales sur tous les rangs de
portée et d'écrasements. Ils ne peuvent maîtriser ces diarrhées
par les traitements classiques ( injections antibiotiques de spiramycine à
la truie ; colistine en pâte orale ou injection d'Amoxicilline aux porcelets
). Les truies ne leur semblent pas malades mais ont des difficultés à
"monter en lait".
Visite de l'élevage et premières mesures prises
Visite de l'exploitation (J 1)
L'élevage tourne bien dans le secteur de la reproduction avec un
taux
de fécondité très satisfaisant et une prolificité
autour de
14 nés totaux.
Les truies mettent bas à leur terme spontané sauf en fin de semaine
où l'éleveur déclenche les mises-bas.
Les maternités sont relativement anciennes
et du fait d'abreuvoirs défectueux dans certaines cases, le cloisonnement
a été enlevé pour permettre aux porcelets de boire.
Le nombre de sevrés est bas (9) en raison de montées
en lait moyennes et de la survenue des diarrhées néonatales.
Ces diarrhées apparaissent vers
3 jours d'âge
de façon très intense. L'allure des porcelets est " spectaculaire
" tant la diarrhée les colore en
jaune
et tant leur peau est plissée par la
déshydratation.
Dans le secteur PS et engraissement où les bâtiments ne permettent
pas de travailler en bande unique par salle ( problème de cohérence
dans la taille des salles ), on a des symptômes d'allure MAP avec du
dépérissement
qui apparaît en fin de post-sevrage ou début d'engraissement. On
observe également beaucoup de rhinite et de toux en engraissement ainsi
que des diarrhées " marrons ".
Autopsie ( J 1)
Deux porcelets
sont autopsiés sur place :
Sujets avec estomac vide
Peu de lésions macroscopiques au niveau intestinal.
Cependant, il y a un important œdème
du mésocolon. |
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Mesures prises dans l'élevage en l'attente
du résultat du laboratoire :
- Prélèvement de l'
eau de forage pour analyse.
-
Amélioration de la surveillance des mises-bas
pour un meilleur contrôle de la prise colostrale
- Injection de
tiamuline à la mise-bas sur les
porcelets à la place de l'amoxicilline ( car suspicion de Clostridium
difficile en raison de l'œdème du mésocolon et d'antécédents
de ce germe dans l'élevage sur un épisode diarrhéique l'année
d'avant )
- Administration de
marbofloxacine aux truies à
la mise-bas en raison des problèmes de lactation et des écoulements
vulvaires signalés par les éleveurs.
Analyses et diagnostic de laboratoire :
Deux
porcelets sont envoyés au laboratoire.
Les résultats des analyses sont les suivants :
Recherche bactériologique: isolement d'Escherichia
coli non hémolytique et de Clostridium
perfringens à partir de fécés |
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Recherche de facteurs de virulence et de facteurs d'attachements d'
Escherichia
coli :
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STa
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STb
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K99
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987P
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F41
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Négatif
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Négatif
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Négatif
|
Négatif
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Négatif
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ELISA rotavirus: négative (ELISA sur fécés)
ELISA Clostridium difficile.(toxine) : positive
PCR toxines de Clostridium perfringens :
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Toxine
alpha
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Toxine
Béta
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Toxine
Béta 2
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Positif
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Négatif
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Positif
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Analyse bactériologique de l'eau : potable
Des prises de sang réalisées en PS, engraissement et truies pour
connaître le
statut vis-à-vis du SDRP
Il y a bien une circulation virale dans cet élevage que l'on
peut
qualifier d'instable. La c
ontamination des
cochettes est précoce, les charcutiers sont très positifs.
Traitement mis en place et évolution
Protocole thérapeutique mis en place
Porcelets : injection de ceftiofur
ou tiamuline ( pour comparaison ) systématique à la naissance.
Truies : injection de marbofloxacine
après la mise-bas pour les éventuels problèmes de lactation.
Intervention injectable avec tiamuline sur les porcelets lors de l'apparition de
symptômes.
Prévention
Mise en place de la
vaccination anti-clostridienne
.
Recommandation de
reprendre la vaccination SDRP au
moins sur les cochettes ( ce qui ne sera pas mis en place tout de suite )
Résultats obtenus et évolution du cas
Les bandes ayant suivi le protocole antibiotique et la vaccination anti-clostridienne
n'ont
pas un comportement nettement meilleur
que les précédentes et nous sommes perplexes tout en attribuant
peut-être une
part de responsabilité au
SDRP.
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Comme les maternités sont anciennes et
sont difficiles à désinfecter, il est décidé
à titre d'essai de faire bénéficier les éleveurs
d'une désinfection par thermonébulisation
avec un désinfectant à base de péroxydes
( désinfection faite par nos soins ) en
complément de la désinfection au canon à mousse avec
un désinfectant à base de glutaraldéhyde et ammoniums
quaternaires.
Les premiers résultats sont spectaculaires et les autres
salles sont également désinfectées selon le même
protocole.
Les diarrhées deviennent très rares
et cela se maintient alors même que l'éleveur n'a
pas pu acheter le thermonébulisateur et a donc repris le protocole
classique ! Au fil du temps, quelques nouveaux cas sont apparus notamment
sur porcelets de cochettes, mais se sont avérés nettement
mieux maîtrisables que lors des premiers épisodes. |
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Diagnostic
En conclusion, le diagnostic définitif est :
diarrhées
à dominante clostridienne ( sans doute aggravées par le SDRP ), avec
probablement une importante contamination des porcelets liée à la persistance
des spores dans le milieu extérieur.
Commentaires
Apparition du cas
Le cas apparaît alors que
l'ensemble de l'élevage
est déstabilisé sauf la partie reproduction ( avec
cependant une irrégularité dans les résultats d'une bande
à l'autre ). La survenue du problème " diarrhées "
est brutale et spectaculaire mais finalement, la mortalité des porcelets
n'est pas aussi importante que leur aspect pouvait le laisser prévoir.
Par contre, pour les éleveurs, cela représente un stress évident
car il n'y a
aucune maîtrise de l'événement.
Visite de l'exploitation
L'ensemble de l'exploitation a été visitée
ce qui a permis de constater la présence de "soucis" dans d'autres
secteurs de l'élevage tels que les sorties de MAP et la probable circulation
du SDRP.
La visite met l'accent sur le
non respect global des
principes de limitation de la contamination ( plusieurs portées
ensemble en maternité, 2 bandes dans une même salle de post-sevrage
etc..)
Les éleveurs étaient tout à fait
conscients du problème mais étaient freinés
dans l'attente d'autorisation administrative et également freinés
par la charge de travail, tout devant être fait en auto-construction.
L'aspect des animaux et l'autopsie même si on pouvait s'orienter vers
Clostridium difficile au vu des lésions d'œdème du mésocolon,
laissait penser que le laboratoire mettrait en évidence une association
de germes.
Mesures prises:
Les mesures sont classiques avec la mise en route de la vaccination clostridienne
qui nous a donné satisfaction dans un certain nombre de cas. L'administration
de tiamuline est issue d'expériences terrain où cela a été
la seule molécule efficace contre Clostridium difficile. Depuis, différentes
expériences me porteraient à traiter plutôt la truie avec
tiamuline par voie orale autour de la mise-bas dans un tel cas.
L'effet de la thermonébulisation a été
spectaculaire, bien au delà de la confiance que j'y mettais
!
Evolution du cas
Une situation aussi dramatique au plan des diarrhées
néonatales ne s'est pas produite à nouveau. L'éleveur a maintenu une
vaccination anti-clostridienne de sécurité. Des épisodes diarrhéiques suite à
la naissance de porcelets faibles se produisent lors des passages SDRP qui restent
fréquents et importants dans cet élevage.