Fin de la fête : des baisses en cascade se profilent à l'horizon

Guillem Burset
22-Jun-2021 (il y a 4 ans 9 mois 9 jours)

Pour la première fois en 20 ans, la cotation espagnole a baissé en juin. Nous sommes dans une situation extrêmement exceptionnelle qui devra être corrigée le plus rapidement possible.

Au moment de la rédaction de ce texte, les prix de référence sur les marchés européens (qualités équivalentes) sont les suivants :

Espagne 1,54 €/kg vif quai exploitation
Allemagne 1,15 €/kg vif quai exploitation
France 1,36 €/kg vif quai exploitation
Danemark 1,34 €/kg vif quai exploitation
Pays-Bas 1,22 €/kg vif quai exploitation

En regardant cette liste, on remarque immédiatement qu'entre le prix espagnol (premier producteur européen) et le prix allemand (deuxième producteur européen), il y a une différence stupéfiante et vertigineuse de 0,39 €/kg vif.

Au cours des mois de janvier, février et mars, la Chine a acheté en Espagne l'équivalent en viande de plus de 400.000 porcs par semaine à des prix luxueux et enviables. Ces dernières semaines, la Chine a acheté à peine 10% de cette quantité et ses prix sont au niveau des moins chers en Europe.

Tout porte à croire que la Chine a effectivement ramené son effectif aux niveaux antérieurs à la PPA. Les autorités chinoises ont rendu public le fait que l'État réapprovisionne son stock stratégique avec de la viande chinoise (démontrant clairement l'abondance de la viande autochtone).

Comme nous l'avons dit, la situation est tout à fait exceptionnelle et doit être corrigée. Voici une liste des facteurs et des circonstances qui, à notre avis, nous ont conduits à la situation actuelle :

La réalité pure et simple est que les abattoirs espagnols abordent la semaine 25 (qui a commencé ce lundi) en sachant que, quelle que soit leur efficacité, ils vont perdre environ 25 euros par porc travaillé. Cette perspective et cette réalité doivent nécessairement refroidir autant que possible leur "envie de tuer".

Comme nous l'avons souligné dans notre précédent commentaire, en l'absence de la Chine, aucun facteur différentiel ne justifie que l'Espagne paie 39 centimes de plus pour les porcs que l'Allemagne. Cette anomalie doit être et sera corrigée.

En l'absence de la Chine (et sa réapparition semble bien lointaine), le porc espagnol ne peut rien faire d'autre que de baisser. Et descendre, continuer à descendre et continuer à la baisse. Et la vitesse de la baisse dépendra de la radicalité de l'abattoir quant à l'application des réductions d'abattage. Abattre moins est essentiel pour la survie même des abattoirs.
Comme nous l'a dit un opérateur important : "les situations désespérées exigent des solutions désespérées". Dans ce cas, la seule solution en vue est de réduire l'abattage sans complexe. Il n'y a pas d'autre moyen. Les porcs doivent descendre et pour cela il faut laisser quelques lots non abattus chaque semaine.

L'absence de notre premier marché (au cours des deux dernières années, la Chine a été - de loin - notre premier client) provoquera une catharsis et une profonde révision stratégique des objectifs dans l'ensemble de la filière porcine espagnole. En fait, cette réflexion est déjà en cours dans de nombreux cas.

Au vu de la situation, le moment est peut-être venu de nous poser quelques questions :

Nous terminerons sur deux maximes tirées des dictons espagnols :

Celui qui ne regarde pas en avant, reste en arrière
Le passé s'est effacé, le présent, vis-le, et le futur, pense-le.

Guillem Burset