Historique de l'élevage et tableau clinique
Historique de l'élevage
La Ferme Miranda (le nom est fictif) est un élevage de
1800
truies situé dans l'Ouest de l'Etat du Minnesota aux Etats-Unis.
Cette exploitation a été
récemment
dépeuplée pour être repeuplée avec des animaux
négatifs en SDRP et en
Mycoplasma hyopneumoniae pour servir d'élevage
de multiplication.
L'élevage comporte
un site (Site 1) où
se trouvent les salles de gestations, saillies, mise-bas et sevrages.
Le centre d'insémination se trouve aussi sur le même site.
Les salles de mise-bas et de sevrage ont une ventilation dynamique. Les salles
de gestation ont une ventilation naturelle en été et dynamique en
hiver.
Les engraissements (Sites 3) sont situés en dehors
de l'exploitation, à 30 kilomètres de distance.
L'élevage comporte aussi une
unité de quarantaine
située à 1 kilomètre. Dans cette unité
de quarantaine, on pratique les saillies et des femelles gravides à différents
stades de gestations y sont logées
Les élevages de porcs les plus proches sont les suivants:
| Nord-Ouest |
5 km
|
Centre d'insémination |
| Est |
8 km |
1000 porcs à
l'engrais |
| Sud-Ouest |
11
km |
1000 porcs
à l'engrais |
Tableau clinique
Les premiers symptômes
cliniques ont été observés le 12 Juillet sur le Site
1 lorsqu'on a retrouvé deux femelles avec des avortements
à terme
et deux autres avec tous les porcelets morts-nés.
La mortalité avant sevrage
avait augmenté légèrement et quelques portées
avaient de la diarrhée et des articulations inflammatoires. Les porcelets
répondaient bien aux traitements antibiotiques.
Le 14 Juillet, il y eut 10 truies qui cessèrent de manger et, à
ce moment. Les diarrhées
et les problèmes d'arthrites
ne répondirent plus aux traitements antibiotiques. |
Résultats
de production
|
| |
1er
Juillet |
7
Juillet |
14
Juillet |
21 Juillet |
| Taux de mise-bas |
91,4
|
88,3
|
80,8 |
75,4
|
| Nés vivants/portée |
10,8
|
10,7 |
10,5 |
9,7 |
| % morts-nés |
6,3 |
11,2 |
8,8 |
13,3 |
% momifiés
|
1,4 |
1,9 |
2,9 |
1,4
|
Diagnostic
Le 15 juillet, des
avortons ont été
envoyés au
laboratoire. Les résultats
des analyses ne furent pas concluants puisque aucun agent pathogène significatif
ne fut identifié; on décida alors d'envoyer à nouveau des
échantillons plus nombreux.
Ce 20 juillet, on envoya des porcelets nouveau-nés chétifs au laboratoire.
Le 24 juillet, on envoya aussi des prises de sang du Site 1 (30 tubes) et le 27
du site de quarantaine (30 tubes). On demanda au laboratoire qu'il nous
confirme
ou infirme la présence du virus SDRP.
Les résultats obtenus furent les suivants :
- Porcelets nouveau-nés chétifs : un échantillon positif
en SDRP selon la technique PCR sur les tissus
- Prises de sang du site 1: 80 % positifs avec le test ELISA IDEXX
- Prises de sang du site quarantaine: 2 positifs sur 30 en ELISA
Il ne faisait donc aucun doute que
l'élevage
était infecté avec le virus SDRP. On demanda au laboratoire
qu'il essaye de séquencer le génome viral mais les résultats
ne pouvaient être disponibles avant 3 semaines.
Préalablement aux résultats mentionnés, l'élevage
effectuait régulièrement un suivi mensuel du SDRP avec les résultats
suivants:
| Ferme
Miranda |
| Date |
Test |
positifs
/ total |
3
avril
|
ELISA SDRP |
0/77 |
| 5
mai |
ELISA
SDRP |
0/30
|
| 2
juin |
ELISA
SDRP |
0/30
|
| 10
juin |
Tissus
- PCR SDRP |
négatif
|
| 30
juin |
ELISA
SDRP |
0/30
|
| 30
juin |
PCR SDRP |
0/30 |
| signes
cliniques |
| 15
juillet |
Avortons
- PCR SDRP |
négatifs
|
| 21
juillet |
Tissus
- PCR SDRP |
1 positif
|
| 24
juillet |
ELISA
SDRP |
41/51
|
| 30
juillet |
Semence
- PCR SDRP |
1 positif |
|
| Ferme
quarantaine |
| Date |
Test |
positifs
/ total |
5
mai
|
ELISA
SDRP |
0/30
|
| 2
juin |
ELISA SDRP |
2/30
IFA négatifs
|
| 9
juin |
ELISA
SDRP |
2/30
IFA négatifs
|
| 16
juin |
ELISA
SDRP |
0/30
|
| 30
juin |
ELISA
SDRP |
0/30
|
| 1
juillet |
ELISA
SDRP |
3/32
IFA négatifs
|
| signes
cliniques |
| 28
juillet |
ELISA
SDRP |
2/30
1 IFA positif |
|
La mortalité avant sevrage continua à augmenter et les momifiés
et les avortements aussi;
La
mortalité au sevrage monta dramatiquement
la troisième semaine de juillet.
Stratégies de contrôle et origines de l'infection
La confirmation de l'infection de l'élevage par le virus du SDRP fut ressentie
comme une douche froide par l'éleveur car l'exploitation venait juste d'être
repeuplée et ce d'autant plus que les animaux devaient être SDRP
négatifs pour pouvoir être vendus.
L'essentiel était alors :
a) d'évaluer les stratégies possibles de contrôle à
court terme pour maintenir la productivité suffisante.
b) d'évaluer les stratégies à moyen terme pour déterminer
si le virus du SDRP peut être éliminer de l'élevage
c) de tenter de trouver l'origine de l'infection
Stratégies de contrôle à
court terme
Les stratégies à court terme furent orientées avec pour seul
objectif de
minimiser la mortalité pré
et post-sevrage.
Assez curieusement, l'épisode épidémique fut assez léger
dans cet élevage et la récupération des niveaux de production
fut assez rapide. A en juger par les signes cliniques, le virus ayant infecté
cet élevage n'était
pas un virus hautement
pathogène.
Stratégies de contrôle à moyen terme
Les stratégies de contrôle à moyen terme dépendaient
de la détermination des sources possibles de l'infection en nous basant
sur les recherches décrites ci-dessous.
Cependant, indépendamment du choix que l'on ferait entre mettre en place
un programme d'éradication ou décider de vivre avec le virus, il
était évident qu'il fallait
s'assurer que
tous les animaux reproducteurs présents dans l'élevage ont séroconvertis
afin d'éviter la possibilité de cohabitations de sous-populations
différentes.
On choisit donc de
mélanger les animaux pour
répandre le virus dans toutes les zones de l'élevage.
Origine de l'infection
1. Animaux utilisés pour le repeuplement
Les animaux de remplacement provenaient de deux
sources,
négatives en SDRP, contrôlées mensuellement sur
un échantillon représentatif.
Le protocole d'échantillonnage indique que le minimum prélevé
était de 30 échantillons par site avec l'objectif de détecter
au moins un animal positif pour une prévalence minimum de 10 % avec 95%
d'intervalle de confiance. Les élevages d'origine présentent une
fréquence estimée de faux positifs variant entre 0 et 3 %. Ces élevages
d'origine sont restés négatifs jusqu'à cette date.
2. Protocoles de dépeuplement/repeuplement
Avant d'être repeuplé, l'élevage a été
totalement
vidé. Le processus aboutissant à ce vide total fut terminé
en Février 2003 et fut suivi d'un protocole intensif de nettoyage, désinfection
et vide sanitaire de 4 semaines. L'élevage fut inspecté après
ce nettoyage et on considéra qu'il était apte à recevoir
le nouveau cheptel.
3. Circuit des animaux de remplacement
Les premiers groupes de cochettes ont été envoyés
directement
à la Ferme Miranda où on mit en place un programme de management
et d'acclimatation afin de les préparer à la saillie.
En Mai et Juin, le reste des animaux de remplacement ont été envoyés
à une unité de
quarantaine localisée
à 1 km de la Ferme Miranda. Cette unité est conçue pour la
réalisation des saillies et pour garder les animaux pendant 2 mois avant
d'être introduits dans la Ferme Miranda. La semence utilisée pour
ces saillies provenait de la Ferme Miranda.
Le premier groupe de femelles gestantes introduit dans la Ferme Miranda fut transféré
les 26 et 27 Juin.
4. Transport
L'élevage a un système de transport interne dédié
comme suit :
Transport interne dédié (innersactum trailer)
- Pour déplacer les animaux de réforme de l'élevage vers
le camion d'enlèvement comme moyen de transfert
- Pour déplacer les animaux de la quarantaine vers la Ferme Miranda
Cette remorque est lavée dans l'élevage même et est rangée
en plein-air dans l'élevage.
Camion d'enlèvement des truies réformées
- Propriété de l'élevage
- Lavé dans un centre public de lavage
- Parqué chez le propriétaire de l'élevage
- Reçoit les animaux de la remorque de transfert (innersactum trailer)
- Les transferts depuis l'innersactum trailer vers le camion d'enlèvement
des réformes est réalisé à 500 mètres de
la Ferme Miranda.
- Il n'entre pas dans le périmètre du Site 1
Camion pour les engraissements
- Utilisé pour transférer les porcs du sevrage vers l'engraissement
- Nettoyé dans une station de lavage extérieure.
4. Mouvement des animaux
Ramassage
des animaux de réforme:
|
Mouvement des animaux
de la quarantaine
vers le site 1:
|
5. Visiteurs
Le registre des visites a été contrôlé: la
seule personne étrangère entrée dans l'élevage a
été la personne chargée du programme de dératisation
; c'était le 23 Juin et elle n'avait pas été
dans d'autres élevages au cours des 5 jours précédant sa
visite. En revanche, on ne savait pas quel était l'élevage visité.
6. Météorologie
On n'a pas d'information détaillée sur le climat au moment de
la date estimée de l'infection. Cependant, on a observé une tempête
le 3 Juillet; consécutivement, on constata que
beaucoup de femelles étaient piquées par les insectes.
7. Résultats du séquençage du génome viral
Le produit de la PCR positive du 15 juillet fut séquencé. La zone
séquencée fut la ORF-5 (open
reading frame 5). L' ORF-5 code les protéines
virales situées en surface du virus (protéines d'enveloppe
du virus). Cette zone est considérée comme une des plus variables
du génome et on pense que si deux virus sont différents, la différence
doit se trouver sur cette zone.
Les résultats furent comparés avec les
séquences disponibles au laboratoire et avec les séquences
possibles des élevages de la région. Le tableau suivant montre
les pourcentages d'homologie avec les souches de référence du
laboratoire.
Les vaccins 1,2 et 3 sont des vaccins SDRP commerciaux utilisés aux Etats-Unis.
Le reste, les lettres A, B, C, D, E, F, G, H et I, correspondent à des
isolements du virus SDRP du terrain utilisés comme référence
et fournis par le laboratoire. Ces virus ont des structures génômiques
différentes et avec différents types d'enzymes de restriction.

Conclusions
Quand on effectue des recherches sur l'arrivée d'une nouvelle maladie
dans un élevage, il est difficile de vérifier quand et comment
elle est entrée et d'où elle est venue. Dans le meilleur des cas,
on peut émettre des hypothèses et en écarter certaines
en fonction des informations dont on dispose.
Ce qui n'était pas possible :
Dans le cas décrit ici, on a pu écarter
le transport, les visiteurs et les animaux en se basant sur le calendrier
des mouvements d'animaux et les résultats sérologiques. En effet,
d'une part, les dates ne correspondaient pas mais, de plus, les méthodes
utilisées n'étaient pas compatibles avec ces vecteurs.
Les hypothèses probables :
Où ?
D'après les symptômes et les analyses réalisées,
l'infection commença sur le Site 1 et
non pas sur le site de quarantaine.
Quand ?
On a estimé que l'infection a très probablement eu lieu tout à
la fin du mois de Juin ou au début de la première
semaine de Juillet.
Comment ?
Il est très probable que le virus ait pu entrer par l'intermédiaire
d'insectes dans la mesure où il y
eut, à cette période, une explosion massive de présence
de mouches et moustiques dans l'élevage avec des lésions significatives
sur les animaux.
Par qui ?
Le virus était d'origine vaccinale
avec un type de restriction 2-5-2 et seulement 2,5 % de différence avec
le vaccin commercial. On a aussi trouvé un virus
d'origine vaccinale dans la même zone géographique que
la Ferme Miranda et avec seulement 0,1 % de différence avec le virus
de la Ferme Miranda (cette information ne se trouve pas sur le tableau d'homologie
fourni précédemment).
L'élevage situé dans la même zone en question se trouve
à 30 km de la Ferme Miranda. Bien qu'il soit impossible de certifier
que le virus est originaire de cet élevage,
les résultats du séquençage génétique confortent
l'hypothèse d'une transmission de l'infection par les insectes.
On peut avec certitude écarter le fait que les animaux et le transport
aient joué un rôle significatif.
Les symptômes ont été assez légers
avec une mortalité assez faible en sevrage 3 semaines après avoir
détecté l'infection. On n'observa pas non plus d'avortements massifs
et le nombre de porcelets nés vivants retrouva une
valeur normale assez rapidement.
Et la quarantaine ?
L'unité de quarantaine fut infectée à
partir de la Ferme Miranda par l'intermédiaire de la semence.
Celle-ci était collectée et était envoyée quotidiennement
à l'unité de quarantaine. Curieusement, la cochette qui sortit
positive en IF avait été inséminée avec la semence
du verrat qui sortit positive en PCR.
Et après ?
La
Ferme Miranda a été soumise à un programme
d'éradication basé sur la fermeture temporaire de l'entrée
des animaux de remplacement.
Une révision totale des mesures de biosécurité
a aussi été mise en place et on a décidé de passer
les salles de gestation en ventilation dynamique.
Un programme de contrôle des insectes a
aussi été mis en oeuvre.
Commentaires
Remarques sur la démarche suivie :
Ce cas clinique relate les étapes des recherches mises en oeuvre dans
un élevage présentant des signes cliniques de maladie alors qu'on
en ignorait les causes. Dans ce cas, l'infection était due au virus SDRP.
Il faut souligner que les signes cliniques observés
dans l'élevage ne furent pas typiques d'un épisode
aigu et ne furent pas aussi sévères que ceux observés dans
d'autres élevages. Le diagnostic clinique eut besoin d'être
appuyé par le diagnostic de laboratoire.
L'infection de l'élevage signifiait la perte
de son statut sanitaire "SDRP négatif", ce qui était
très important puisque cet élevage de multiplication avait besoin
d'être négatif en SDRP pour pouvoir vendre des animaux.
Cet élevage venait juste d'être repeuplé pour servir d'élevage
multiplicateur et cette infection fut une très grande déception
pour les propriétaires, et ce à double titre: l'élevage
était infecté et ils ne pouvaient plus vendre.
Afin d'évaluer si l'élevage servirait dans le futur d'élevage
commercial ou d'élevage de multiplication, il était essentiel
de déterminer les sources possibles de l'infection.
Il est généralement difficile de déterminer la source d'infection
d'un élevage à moins qu'il ne se confirme que ce soit les animaux
ou la semence. Dans ce cas, on écarta le transport,
les animaux et les personnes car les périodes où eurent
lieu les mouvements ne cadraient pas avec les diagnostics et le moment estimé
de l'infection. Il était étonnant d'observer
l'apparition des signes cliniques juste quelques jours après avoir vu
une explosion massive d'insectes dans l'élevage. Les animaux
situés dans les salles de gestation étaient très piqués
et touchés.
De plus, le fait que les résultats du séquençage génétique
confirment que le virus était très proche d'un virus vaccinal
isolé dans la même zone géographique renforça l'hypothèse
que l'entrée du virus puisse être par
l'intermédiaire des insectes.
Comme on l'a dit précédemment, les signes cliniques furent légers
par rapport à ceux observés dans d'autres élevages, ce
qui renforce à nouveau l'idée d'une infection pouvant être
due à un virus vaccinal partiellement atténué.
Gestion de l'avenir :
Concernant la stratégie future à suivre, on mis en place un
programme d'éradication basé sur la fermeture temporaire de l'élevage.
Cependant, ce problème supposait une terrible pression économique
pour les propriétaires et un programme d'éradication était
seulement possible s'il était à faible
coût.
La première étape consistait à s'assurer
que tous les animaux de l'élevage, y compris ceux situés dans
la zone de quarantaine soient exposés directement ou indirectement au
virus. Cette étape était recommandée même
si on avait seulement voulu contrôler l'infection sans plan d'éradication.
Il était nécessaire de s'assurer que tous les animaux séroconvertissent
afin de réduire le développement de sous-populations. Lors des
sérologies réalisées à la mi-Septembre, on put confirmer
que plus de 90 % des animaux avaient séroconvertis.
Cet élevage se trouve donc dans des conditions
immunologiques idéales pour que le virus soit éradiqué.
De fait, si les détails du programme se concrétisent, on pense
pouvoir débuter un programme de saillies à l'extérieur
de l'élevage en Janvier afin que les animaux négatifs entrent
dans la Ferme Miranda en Mai. On pense qu'à
cette époque il n'y aura alors pas de virus actif dans la Ferme Miranda.
Il est important, dans un cas comme celui-là, que le programme
de biosécurité soit totalement réévalué
afin de prévenir toute possibilité de réinfection future.
Dans le cas de cet élevage, on a mis en oeuvre un programme
de contrôle des insectes plus rigoureux. Par ailleurs, on n'a
évidemment pas oublié le programme concernant le transport, le
lavage des camions, les animaux, les visiteurs, le personnel...etc.
Une leçon à tirer !
Il est aussi important de souligner que la recherche
de l'origine d'une infection est une recherche approximative mais
non concluante dans la mesure où on ne peut ignorer le fait qu'il est
difficile d'obtenir la totalité de l'information. Ainsi, les recherches
étant rétrospectives, il est difficile
que les salariés de l'élevage se mettent d'accord pour
décrire ce qui s'est passé. C'est pour cela que nous recommandons
de garder des archives sur toutes les activités significatives en tenant
à jour un registre quotidien où
sont notés les activités normales et tous les événements
anormaux. Des activités comme le transfert des animaux de réforme,
l'introduction des animaux de remplacement, le chargement des animaux pour l'abattoir...etc
doivent y être notées afin de pouvoir ensuite être examinées
par la suite si nécessaire.