Diarrhée épidémique porcine aux Etats-Unis – Actualisation

Alejandro Ramirez
23-Jun-2015 (il y a 10 ans 9 mois 8 jours)

La présence du virus de la diarrhée épidémique porcine (DEP) aux USA a été confirmée le 16 mai 2013. Cette maladie n’avait jamais été diagnostiquée aux USA. Etant une nouvelle maladie, les laboratoires de diagnostic ne disposent pas de tests spécifiques pour la DEP, et préalablement on n’avait effectué aucun suivi du virus. L’analyse d’échantillons de sang envoyés lors de cas précédents a identifié un élevage de porcs d’engraissement en Ohio comme le premier cas connu qui a eu lieu à la mi-avril 2013. En seulement 2 ans, il s’est passé beaucoup de choses et beaucoup d’élevages ont été infectés. L’une des questions est : quand la maladie a-t-elle changé depuis sa première introduction ?

Antécédents

Du 29 avril au 7 Mai 2013 le laboratoire de diagnostic vétérinaire de l’Université de l’état de l’Iowa (ISU-VDL ses initiales en anglais) a reçu 4 cas différents d’élevages infectés qui connaissaient de la diarrhée « explosive » et quelques vomissements sur des truies et des porcelets. Aucune truie n’est morte mais la mortalité chez les porcelets allaitants atteints approchait les 100%. Cette présentation clinique coïncidait avec la gastro-entérite transmissible « classique » (GET). La gastro-entérite transmissible a été présente aux USA pendant des décennies mais sur les 10 dernières années, son incidence clinique dans les élevages de truies était peu fréquente. Les tests diagnostiques pour la GET qui ont été faits à l’ISU-VDL sur ces 4 premiers cas indépendants ont été négatifs. Ce fut un résultat surprenant et compliqué. Les vétérinaires de terrain ont questionné sur la précision des tests de la GET alors qu’à l’ISU-VDL on a cherché ce qu’il s’était passé. Les techniciens de l’ISU-VDL ont observé la classique atrophie sévère des villosités, caractéristique aussi des infections par la GET mais leurs outils courants de diagnostic ne l’ont pas identifié comme de la GET. Après une recherche exhaustive, réalisée en peu de jours, l’ISU-VDL a obtenu des résultats préliminaires qui ont montré qu’en réalité, ce n’était pas de la GET mais probablement de la DEP.

 

Présentation clinique initiale

La présentation clinique initiale était très différente.

Elevage de truies reproductrices

 

Porcelets nouveau-nés (premier jour de vie)

 

Diarrhée sévère, déshydratation et forte mortalité chez les porcelets
Photo 1 : diarrhée sévère, déshydratation et forte mortalité chez les porcelets

 

Porcs de plus de 21 jours

 

Présentation clinique actuelle

Le dernier graphique d’épisodes épidémiologiques du Département de l’Agriculture des USA (USDA) a montré que les épisodes ont une origine ponctuelle avec de nouveaux cas moins fréquents au fur et à mesure que l’on s’approche du climat chaud.

Nombre d’entrées au laboratoire, nombre d’élevages atteints et moyenne mobile des élevages

Figure 1 : nombre d’entrées au laboratoire (chaque entrée comprend les échantillons prélevés dans un seule élevage et sur un seul jour), nombre d’élevages atteints et moyenne mobile des élevages. Source : American Association of Swine Veterinarians (dernière actualisation 30/04/2015)

D’un point de vue clinique, de légers changements se sont produits dans la présentation clinique de la DEP. Le virus a été confirmé dans 31 des 50 états des USA (62%) y compris ceux avec une production porcine significative. On estime que 55-60% des élevages commerciaux de truies reproductrices des USA ont été exposés à la DEP. Ceci est important puisque maintenant la maladie est endémique et, par conséquent, l’immunité globale de la population des élevages de truies reproductrices des USA est significativement différente (différents niveaux d’immunité de l’élevage) de celle qu’il y avait quand elle s’est présentée pour la première fois (100% non exposé). La présentation clinique s’est aussi compliquée par la découverte du deltacoronavirus porcin (PDCov) qu’on peut rencontrer avec la DEP et qui est significativement beaucoup plus léger que la DEP, ainsi qu’au moins 3 « souches » différentes de virus DEP. Il est important de tenir compte du fait qu’on ne connaît pas la protection croisée entre la DEP (genre : Alphacoronavirus), la GET (genre : Alphacoronavirus) et le PDCov (genre : Deltacoronavirus).

Concernant l’identification des « souches » différentes de virus DEP, il est important de se souvenir de ce qui suit :

L’immunité contre le DEPv semble avoir une durée courte, probablement de quelques mois. Actuellement, on n’a pas de bons moyens pour évaluer l’immunité protectrice. Par conséquent, nous entrons dans une période avec beaucoup d’inconnues.

On a beaucoup appris sur la DEP en seulement 2 ans, malheureusement, il y a encore aujourd’hui beaucoup à apprendre. On ne comprend pas encore quels les facteurs de risque font qu’un élevage devient chronique ou lesquels provoquent une réémergence. Ce sont des questions auxquelles on espère pourvoir répondre dans un futur proche.