Description de l'élevage et apparition du cas
Description de l'élevage
Il s'agit d'un
élevage naisseur-engraisseur
de 400 truies.
L'état sanitaire au moment de l'apparition du cas était :
| Maladie |
Statut
|
| Pneumonie enzootique |
+
|
| Gale |
+
|
| Haemophilus
parasuis |
+
|
| Maladie d'Aujeszky |
-
|
| SDRP |
+
|
| Rhinite atrophique |
-
|
| Brachyspira hyodysenteriae |
-
|
Les données sur les
paramètres techniques
étaient les suivantes au moment de l'apparition du cas :
| Retours en
chaleurs |
10,6 % |
|
Sevrés
par portée |
9,2 |
| Fertilité |
78 % |
|
Mortalité
en lactation |
6,8 % |
| Nés
vivants par portée |
9,8 |
|
Mortalité
au post-sevrage |
2,4 % |
| Morts-nés |
8,8 % |
|
Mortalité
en engraissement |
9,7 % |
| Momifiés |
1,8
% |
|
|
|
Une visite sanitaire complète est régulièrement faite, tous
les mois.
Apparition du cas :
Le responsable de l'élevage nous appelle un jour en nous disant que
les
pertes ont globalement augmenté dans l'élevage, au post-sevrage
et en engraissement (passant de 2,4% à 4,6% au sevrage et de 9,7% à
15,7% en engraissement).
Les animaux s'
amaigrissent, présentent
des difficultés respiratoires (
dyspnée),
"perdent leur couleur" (
anémie)
et finissent par
mourir.
De plus, un élevage d'engraissement situé
à
proximité présente les mêmes symptômes.
En autopsiant 3 animaux morts, il a observé : des
ganglions
mésentériques infectieux, de l'oedème pulmonaire,
un oedème mésentérique, un hydrothorax, différents
degrés d'entérite à plusieurs niveaux de l'intestin et des
néphrites .
Première
visite
Malgré toute la confiance que l'on a envers celui qui transmet des données,
il s'avère que celles-ci sont parfois erronées, souvent incomplètes
; il est donc conseillé de vérifier soi-même la véracité
des faits. Il est de toutes façons très difficile, parfois dangereux
de faire un diagnostic téléphonique et rien ne remplace la visite
de l'élevage.
Au cours de la visite, on constate que, cliniquement,
les
animaux les plus touchés se trouvent en post-sevrage.

Les porcelets présentent une légère
fièvre
qui oscille entre 39,5 et 40,5°C. Les animaux ont un
aspect
émacié, leur consommation journalière d'aliment
a baissé et les plus touchés présentent des
difficultés
respiratoires et une altération progressive de leur état
général.
En revanche, on ne constate aucun symptôme permettant de suspecter un processus
infectieux généralisé que ce soit chez les truies gestantes,
les truies allaitantes ou les porcelets en maternité.

A
l'autopsie, on observe un
abondant liquide inflammatoire
dans la cavité abdominale, le thorax et le péricarde ainsi que la
présence importante de
fibrine. Les
ganglions inguinaux et mésentériques sont
légèrement
hypertrophiés et hémorragiques,
les poumons présentent certaines zones indurées (
pneumonie),
le contenu intestinal est rare.
En faisant l'autopsie d'un porcelet sacrifié en post-sevrage, on observe
un abondant oedème du colon et une légère ascite.
Mesures
prises, évolution du cas et seconde visite
Mesures prises
Il nous semble que les lésions observées chez un des animaux puissent
correspondre à des
lésions chroniques de
maladie de Glässer (voir statut sanitaire présenté
au début du cas) alors que sur un autre les lésions indiquent un
processus intestinal type
colibacillose.
Cependant, étant donné que la symptomatologie et les lésions
décrites au cours de l'appel téléphonique initial pouvaient
évoquer un tableau de
M.A.P., nous
avons pris des échantillons de rate, ganglions inguinaux et mésentériques,
poumons et reins.
Il a été décidé de supplémenter l'eau de boisson
avec 200 ppm d'
amoxiciline et 300 ppm d'
aspirine
et d'injecter les porcelets sevrés avec de la vitamine E. Les animaux les
plus touchés sont traités individuellement.
Evolution du cas
Le traitement individuel des porcs les plus touchés a donné de
mauvais
résultats. Cependant les pertes en post-sevrage et en engraissement
se normalisent.
Sur les échantillons envoyés au laboratoire, on a pu détecter
des
lésions dues au Circovirus de type 2
dans les tissus affectés (ganglions).
Seconde visite
Deux mois après la première visite, les
pertes
augmentent à nouveau en post-sevrage alors qu'elles restent
inchangées en engraissement.
Les porcelets au sevrage présentent de la
diarrhée.
A l'autopsie, les porcelets malades au cours de cette période d'élevage
ont tous des
lésions
intestinales typiques de Escherichia coli. Le problème vient
en partie de la maternité puisque les diarrhées provoquent un retard
de croissance considérable qui, avec l'effet négatif de la précocité
du sevrage, peut altérer l'adaptation du porcelet à son nouvel environnement.
Ce processus se complique à la fin de la phase de transition avec ce qui
ressemble à une
poussée de maladie de Glässer
qui entraînera chez quelques porcelets des lésions responsables de
leur mort. C'est sur ces porcelets que sont apparues les lésions les plus
typiques de la
M.A.P..
Evolution
et stratégie thérapeutique
Evolution
Il est clair que les mesures prises n'ont pas donné de résultats
et que malgré l'application de plusieurs antibiotiques et de différentes
règles de conduites d'élevage, tant en maternité qu'en post-sevrage,
rien ne semblait marcher.
L'histoire continua ainsi pendant plusieurs mois supplémentaires avec différents
essais et aucun résultat. De plus les taux de pertes ne cessaient d'empirer
jusqu'à atteindre le niveau de
17 % !
Nous nous trouvions donc bien devant le
syndrome du dépérissement
du porcelet, la M.A.P..
Les autopsies paraissaient être des photocopies les unes des autres :
oedème pulmonaire,
hydrothorax, hydropéricarde, ascite, adénites mésentériques
et inguinales, hépatomégalie et parfois lésions des reins
(néphrites).
Stratégie thérapeutique et
résultats :
Devant l'inquiétude suscitée par l'essai de nouvelles choses, nous
décidâmes de commencer la
sérothérapie
9 mois après avoir constaté la première augmentation de la
mortalité. On réalisa l'opération sur deux groupes de porcelets,
les uns à la première semaine de vie, les autres à l'âge
de 4 semaines. Le sang était prélevé sur un porc ayant survécu
au processus, puis le sérum était séparé et ensuite
injecté aux porcelets par voie intra-péritonéale.
Les résultats de la sérothérapie
furent satisfaisants : sur les 120 animaux ainsi traités, on
ne compta que 2 morts dont 1 était imputable à une bagarre. Lors
de la visite, on put constater que, alors qu'en maternité les ganglions
inguinaux étaient hypertrophiés, surtout la deuxième semaine,
les animaux traités par sérothérapie qui étaient sur
le point d'être sevrés avaient des ganglions de taille inférieure.
Etant donné les résultats constatés, on décida d'appliquer
la
sérothérapie à tous les porcelets
en maternité.
Trois mois après avoir commencé cette utilisation de sérum,
le taux de mortalité sont revenu à leur valeur initiale normale;
De quoi s'agissait-il en
fait ?
C'est la bonne question !
Nous savons, maintenant que la sérothérapie a bien marché,
que, en plus de la
colibacillose des porcelets
et de la
Maladie de Glässer vraisemblablement
présente de façon chronique, il s'agissait de
M.A.P..
Commentaires
:
Nous avions abordé ce cas, lors de l'appel de l'éleveur, en nous
disant que nous pouvions le résoudre par téléphone. Il est
essentiel d'insister sur le fait qu'outre l'aspect déontologiquement inacceptable
de faire des diagnostics téléphoniques, nous aurions fait un mauvais
choix et des erreurs de diagnostic.
En faisant la première visite, nous observâmes que tout semblait
indiquer que nous nous trouvions devant une
"poussée"
de maladie de Glässer due à
H. parasuis. Ce type
de tableau clinique n'était pas nouveau dans l'élevage et il y avait
déjà eu un épisode semblable ayant occasionné un taux
similaire de pertes.
Il y avait une série de facteurs pouvant avoir favorisé l'apparition
de cette poussée:
- Productivité importante et sur-densité
- Humidité ambiante élevée
durant les derniers mois
- Conditions hivernales
- Age de sevrage réduit pour répondre
au besoin des salles de mise-bas.
Le simple fait de constater une certaine normalisation des pertes après
avoir fait la visite nous fit croire que nous avions résolu le problème
ou que nous étions en voie de le résoudre.
Lors de la seconde visite, alors que les pertes augmentaient, on proposa les mesures
suivantes pour normaliser la situation:
Maternité :
Restreindre le nombre de transferts; les
réduire à l'intérieur d'une même salle. Pas de "marche
en arrière"
Améliorer l'hygiène du porcelet
Changer les aiguilles de seringues entre
chaque portée
Injecter des céphalosporines aux porcelets à 1 jour, au 7ème
jour et au sevrage
Avec ce traitement, supprimer l'injection de pénicilline habituellement
pratiquée le 1er jour.
Vérifier la qualité de l'eau
de boisson
Post-sevrage
Supplémenter l'eau de boisson avec de la colistine
Supplémenter l'aliment starter avec 300 ppm d'amoxicilline
pour prévenir l'apparition des poussées de maladie de Glässer
Essayer chez les animaux touchés des produits du type danofloxacine
ou marbofloxacine...etc pour voir si la réponse est meilleure que celle
obtenue actuellement
Nettoyer et désinfecter les salles
de P.S. une à deux fois par jour.
Truies
Maintenir le taux de renouvellement le plus bas possible
Essayer d'augmenter la durée de lactation et d'adapter l'effectif pour
qu'il y ait au moins 21 jours de lactation.
Malgré toutes les mesures prises, les pertes continuèrent et restèrent
élevées. Ce sont les différentes autopsies
réalisées qui nous permirent de conclure que nous nous trouvions
devant un cas de syndrome du dépérissement du porcelet (M.A.P.)
Alors qu'aucun antibiotique ne donnait de résultat, nous avons pensé
que la sérothérapie devait
être tentée et pouvait marcher.
Aujourd'hui, seule la sérothérapie a donné des
résultats tangibles.